Meghan et Harry

Leur bonheur d’être parents

Pour leur fils, ils ont tout décidé eux-mêmes. Il est 7e dans l’ordre de succession mais c’est déjà une star.

Jusqu’au bout ils auront voulu préserver leur intimité… et fait durer le suspense. Attendue fin avril, la naissance du premier enfant de la duchesse et du duc de Sussex, un garçon de 3,26 kilos, aura finalement eu lieu lundi 6 mai, à 6 h 26 du matin, mais n’aura été annoncée officiellement qu’en milieu d’après-midi. Quelques heures volées dans un endroit volontairement tenu secret, pour profiter de ce miracle bouleversant qu’est l’arrivée d’un bébé. Avant de regagner leur demeure de Frogmore, à Windsor, où Doria, la mère de Meghan, les a rejoints, Harry a confié : « Ça a été la plus incroyable expérience que je puisse imaginer. Je suis tellement fier de ma femme. Ce bébé est craquant ».

La royauté repose sur un principe simple, il faut le voir pour y croire. Meghan et Harry n’en ont cure. Le visage de leur premier enfant ne sera pas dévoilé avant plusieurs jours, dans le calme, loin des flashs des photographes. 

Ils en ont le droit, son fils n’est pas l’héritier du trône britannique mais un personnage secondaire, septième dans l’ordre de succession. Et le bambin ne sera pas estampillé prince à moins que la Reine ne lui accorde le titre d’altesse royale. 

Meghan aurait glissé qu’elle se sentait « désolée » pour Kate, qui a dû poser tout sourire sur les marches de l’hôpital quelques heures à peine après ses accouchements. C’est ne pas comprendre le rôle de la monarchie que de se plaindre de ce genre d’obligations, mais Meghan Markle entend jouer sa partition, encouragée par Harry. Loin d’eux l’envie de brûler l’orchestre, ils écoutent des conseils uniquement si ceux-ci émanent d’Élisabeth II ou du prince Charles. « Aucun autre membre de leur famille ne guide leurs décisions », révèle un de leurs proches cité par « Harper’s Bazaar ». 

Ce désir de préserver leur intimité dans un cadre contraignant résume l’attitude ambivalente de Harry et Meghan. Personnages royaux ou célébrités ? On se dirige vers un mélange, un couple hybride qui essaierait de combiner le meilleur des deux mondes, des châteaux et des charités, mais aussi des dîners mondains chics et discrets en compagnie de leurs nouveaux amis stars, les Clooney, Oprah Winfrey, Serena Williams… 

C’est à la fois clinquant et teinté de mystère, une existence à l’opposé de celle que mènera son frère William, futur roi d’Angleterre, qui ne peut pas, lui, s’éloigner du palais de Kensington, des obligations et des rumeurs dégoupillées par quelques courtisans agacés. Le duc et la duchesse de Sussex devaient pourtant, après leur mariage, s’installer dans un recoin de ce même palais, à un jet de pierre précieuse de Kate et William et de plusieurs cousins. Un immense appartement rénové leur était destiné et puis… Non. Les voilà à Windsor, ville de province proprette et sans éclat si ce n’est la magnificence de son château ancestral. 

De l’autre côté de la Tamise s’étire la jolie bourgade d’Eton, où les frères ont été pensionnaires à l’adolescence au sein du plus prestigieux lycée du royaume. Mais ni la nostalgie d’une époque révolue ni l’envie d’un rapprochement de la Reine, qui dort tous les week-ends à Windsor, ne gouvernent ce choix bucolique du duc et de la duchesse de Sussex.

L’union des deux fils de Charles, scellée par l’image de leur marche derrière le cercueil de Diana, a vécu. L’installation au cottage Frogmore entérine l’émancipation du prince Harry. « La séparation aurait dû intervenir plus tôt », suppute un journaliste spécialiste de la chose royale pour qui « la relation entre William et Harry est meilleure aujourd’hui qu’il y a quelques mois, car chacun trouve son espace. Le tourbillon des débuts, lorsque Harry se montrait subjugué par Meghan, paraît surmonté ». 

Chacun sa route, chacun sa famille et chacun son mode de fonctionnement. Il s’est raconté ici et là les frictions, les fâcheries entre les Cambridge et les Sussex, ô combien Harry en voulait à William de l’avoir enjoint à ne pas précipiter son mariage avec Meghan. On peut comprendre ses réserves, lui aura dû attendre dix ans avant de convoler. Charles aussi aurait émis des commentaires peu amènes, cette fille est formidable certes, mais c’est du « tungstène », aurait-il confié en privé, soit un métal lourd et résistant.

Un homme changé

Harry est un homme impulsif, fragile, qui a longtemps pensé que l’institution faisait fuir ses petites amies. Depuis sa rencontre avec Meghan, ses perspectives se sont multipliées, son monde a changé. Et il n’est plus le même. Le nouvel Harry apparaît « distant » et moins drôle, d’après le témoignage d’un grand connaisseur de la famille, le photographe du Sun sir Arthur Edwards qui fréquente le prince roux depuis sa naissance. « Il se contrôle comme un chef d’État dorénavant, vous ne le verrez plus taper dans un ballon ou s’amuser avec Usain Bolt. » 

Les nombreuses critiques à l’encontre de Meghan publiées par quantité de journaux outre-Manche viennent peut-être d’un fait simple : ni Harry ni Meghan ne s’adressent aux journalistes chargés de commenter leurs faits et gestes. Jamais. Une nouveauté. « Aucun de nous n’a pu discuter en off ne serait-ce que cinq minutes avec Meghan. L’intérêt d’accompagner des « royals » pendant de longs voyages à l’étranger est pourtant de les côtoyer, de pouvoir les aborder. J’étais en Australie et en Nouvelle-Zélande avec eux et elle ne nous a pas adressé un mot », se lamente un « royal watcher » expérimenté. 

Ce n’est pas exact. Vers la fin du séjour, après la complainte d’un reporter devant tant de froideur, la duchesse de Sussex s’est déplacée depuis l’avant de l’avion royal vers les scribouillards pour les remercier. « Vous serez bientôt de retour chez vous pour déguster votre poulet du dimanche », a-t-elle plaisanté. Phrase interprétée comme une marque de condescendance et de mépris. Ce qui explique le décalage entre le succès de cette visite – des hordes de jeunes Australiens se bousculaient pour apercevoir la nouvelle star Meghan et le si cool prince Harry – et les commentaires plus réservés de la presse. 

Un fossé est en train de se creuser parce que Meghan l’Américaine préfère distiller des informations de l’autre côté de l’Atlantique. Mais peut-être aussi que ces chers correspondants royaux regrettent le bon vieux temps du Harry rigolard, fêtard, joyeux drille jamais couché avant l’aube, guère intellectuel mais authentique, moins raide que son frère. Meghan leur a piqué leur Royal’s préféré. Harry a été dilué par l’amour. Il paraît qu’il ne voit plus trop ses copains de bamboche, surtout les aristocrates et autres gens bien nés qui ont osé ne pas aimer Meghan d’emblée. Eux ont été écartés. Bye Bye Tom Inskip, dit « Skippy », ami d’enfance banni du premier cercle. Non pas que Meghan l’empêche ou lui interdise quoi que ce soit, mais ils forment une équipe, l’un ne va pas sans l’autre. 

La position particulière de Harry – il ne régnera pas, sauf catastrophe majeure – autorise une certaine liberté. À leur lecture, on devine que lui et Meghan écrivent eux-mêmes ou valident les textes mis en ligne sur leur compte Instagram. Quel moyen de communication parfait, on donne au peuple l’illusion de la proximité sans le filtre du commentaire médiatique ! Une pratique impensable du côté de Kate et William. 

Meghan secoue la monarchie de par son histoire, sa présence, ses goûts, elle rend la vieille « firme » moderne, ouverte. Elle les rafraîchit… ou les menace. La frontière semble parfois floue. Aujourd’hui, Megan incarne ce qu’elle n’a jamais été en tant qu’actrice : une star. Mais attention à ne pas éclipser les autres, ceux qui vont grimper sur ce fichu trône. 

Les conseillers de la Reine, du prince Charles et du prince William débattent régulièrement de la place à accorder à ce couple-là, atout explosif de la monarchie. Les journaux ont annoncé un départ prochain des Sussex en Afrique pour plusieurs années. Il est vrai que Harry et Meghan s’y plaisent et qu’ils pourraient y renforcer l’aura du royaume. On a également évoqué un poste au Canada, avant de l’écarter, de peur de créer une famille régnante parallèle. Ce qui se dessine pour ces ambassadeurs de la jeunesse du Commonwealth : des missions humanitaires à l’étranger, des voyages, de l’exotisme. Ils ne croupiront pas sous le brouillard de la perfide Albion, ils brilleront au service de Sa Majesté certes, mais sous un soleil lointain. 

La dernière rumeur veut que Meghan et Harry cherchent une maison à Los Angeles pour se rapprocher de Doria, la mère de Meghan, qui y réside. Cela n’étonne pas ce reporter qui suit Harry depuis dix ans : « Il a envie de s’effacer, de mettre sa femme au premier plan. Pour Meghan, cela aurait du sens. Ici, elle n’est qu’une duchesse, là-bas elle serait la reine du show-business. » 

Avant de s’emballer et de spéculer sur le fait de savoir si les couches de bébé seront bio et lavables, la principale question des mois à venir concerne les agendas de tous ces princes coincés dans les couloirs de l’Histoire. Harry est le plus populaire parce que récent père. Quelques jours avant la naissance, Charles avait exigé d’annuler le déplacement de son cadet prévu à Amsterdam, de peur que celui-ci fasse de l’ombre à sa visite officielle en Allemagne. Raté !… Mais comment en vouloir à un bébé, son quatrième petit-enfant, de lui voler la vedette ? 

À l’avenir, la Firme va devoir gérer d’autres situations de « deconflicting », comme on dit chez les conseillers en communication. Où l’art de déminer les problèmes potentiels. D’après plusieurs sources, les quatre maisons, Buckingham Palace, Clarence House, Kensington Palace et celle de Sussex, pas encore nommée, auraient du mal à s’accorder. Il le faudra pourtant afin que ces princes et princesses que l’on envoie saluer les foules du monde entier comme on déplace des pions sur un échiquier ne se marchent pas sur les pieds. 

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