politique fédérale

Résumé des nouvelles du jour sur la scène politique fédérale

Première rencontre des élus libéraux

Un lieutenant politique pour le Québec au cœur des discussions

OTTAWA — L’idée de rétablir le poste de lieutenant politique au Québec fait son petit bonhomme de chemin dans l’entourage du premier ministre Justin Trudeau. L’équipe de proches collaborateurs qui est chargée d’assurer la transition depuis la victoire des libéraux aux élections du 21 octobre est arrivée à un constat : ce poste serait d’une grande utilité pour contrer la montée du Bloc québécois, qui détient désormais 32 des 78 sièges au Québec.

Chose certaine, le rétablissement de ce poste fait quasi l’unanimité chez les députés libéraux qui ont été réélus ou élus au dernier scrutin, selon des informations obtenues par La Presse.

Avant de rencontrer ses troupes jeudi pour la première fois depuis qu’il a été reporté au pouvoir pour un second mandat, mais à la tête d’un gouvernement minoritaire, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué qu’il poursuivait sa réflexion sur cette question. Il a expliqué qu’il ferait connaître sa décision lorsqu’il dévoilerait la composition de son cabinet, le 20 novembre, à Ottawa.

« Cela fait partie des réflexions qu’on est en train d’avoir. Comme vous le savez, on est en train de prendre un moment de réflexion pour bien entendre ce que les Canadiens nous ont envoyé comme message, mais aussi pour s’assurer que l’on puisse avancer de la bonne façon. […] »

« C’est une responsabilité que l’on prend très au sérieux. On n’a pas pris de décision précise encore. Mais vous allez tout savoir évidemment le 20 novembre. »

— Justin Trudeau

Si cette décision n’est pas encore arrêtée, plusieurs ministres et députés libéraux du Québec ont laissé entendre que les résultats des dernières élections démontraient la nécessité d’un poste de lieutenant politique.

« On va certainement analyser ce qui s’est passé au Québec. Je pense que l’on peut dire qu’on a été surpris par la montée du Bloc dans les quatre derniers mois. Alors, il y a lieu de faire certains constats, de mieux faire la prochaine fois. C’est certainement des choses que l’on doit examiner. Nous avions 40 députés, dont plusieurs ministres s’occupaient du Québec. Mais le fait est que dans les quatre derniers mois, le Bloc a monté et a remporté 32 sièges », a dit le ministre des Transports, Marc Garneau.

« Le premier ministre, évidemment, va faire ses choix. Nous avons beaucoup confiance en M. Trudeau pour faire les choix qui s’imposent », a affirmé le député libéral de Gatineau, Steven MacKinnon, qui pourrait accéder au cabinet en devenant le leader du gouvernement à la Chambre des communes pour aider le premier ministre à naviguer dans les eaux périlleuses que représente un gouvernement minoritaire.

Revoir la stratégie

Dans les rangs libéraux, il n’y a donc aucun doute : il faut revoir la stratégie au Québec. Avec 40 députés libéraux au Québec à la dissolution du Parlement, dont plusieurs ministres ayant des responsabilités importantes, la formation de Justin Trudeau – lui-même élu de Papineau à Montréal – a été chauffée presque partout par les candidats du Bloc québécois.

« C’est clair […], il faut renforcer la présence de Québécois ici à Ottawa et dans les cercles décisionnels », a lancé le ministre sortant du Patrimoine, Pablo Rodriguez, à son arrivée à la rencontre.

« [Il faut] plus de Québécois dans l’ensemble. Des Québécois bien implantés dans leur milieu, qui connaissent non seulement les grandes villes, mais aussi les régions du Québec, qui sont capables de donner le pouls de ce qui se passe. »

— Pablo Rodriguez

La vague bloquiste a d’ailleurs fait particulièrement mal aux députés libéraux sortants dans les régions, si bien que le PLC n’est que peu visible à l’extérieur de l’île de Montréal. « C’est un constat évident et on doit prendre acte de ça. C’est un rôle important que je dois jouer, étant une représentante d’une région », a affirmé la ministre de l’Agriculture sortante, Marie-Claude Bibeau.

« Il faut trouver une façon pour que les Québécois, qui viennent des régions, se sentent bien représentés par le caucus libéral et le gouvernement », a ajouté l’élue de Compton–Stanstead. Sans se prononcer pour ou contre la nomination d’un lieutenant québécois, elle soutient que « c’est quelque chose qui [lui] est souvent demandé ». « C’est certainement une option à considérer sérieusement », a-t-elle soutenu.

« L’idée que ça prend un lieutenant du Québec a fait son chemin jusqu’au bureau du premier ministre », a confié une source libérale qui a requis l’anonymat pour s’exprimer plus librement.

Une autre source au sein des rangs libéraux a aussi fait valoir que la nomination d’un lieutenant pour le Québec risquait de créer davantage de divisions. « Si on fait ça, on fait quoi pour l’Ouest ? », a-t-elle confié. Elle croit aussi que cela pourrait « créer des luttes internes » pour l’obtention du poste.

Par ailleurs, Justin Trudeau a indiqué jeudi qu’il n’avait pas encore pris de décision quant à la date de reprise des travaux parlementaires. Ces travaux seront lancés par la présentation d’un discours du trône, qui présente les grandes intentions du gouvernement et fait l’objet d’un vote de confiance à la Chambre des communes. La date sera fixée à la lumière des discussions qu’il aura à compter de la semaine prochaine avec chacun des chefs des partis de l’opposition.

Analyse de la campagne du Parti conservateur

Alain Rayes salue la nomination de John Baird

OTTAWA — Le lieutenant politique d’Andrew Scheer au Québec, le député Alain Rayes, salue la décision de son chef de confier à l’ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Harper, John Baird, le mandat de mener un examen approfondi des ratés et des succès de la dernière campagne électorale des conservateurs.

M. Baird est la personne toute désignée, selon lui, pour mener à bien un tel exercice, d’autant qu’il n’a pas été impliqué dans la planification et l’organisation de la campagne nationale des troupes d’Andrew Scheer.

M. Baird, qui connaît par ailleurs très bien le mouvement conservateur de l’Ontario, où il a aussi été ministre dans l’ancien gouvernement provincial de Mike Harris, a d’ailleurs déjà communiqué avec M. Rayes afin d’obtenir sa lecture du déroulement de la campagne au Québec. Au débat, les conservateurs avaient manifesté beaucoup d’espoir de faire des gains dans la Belle Province, qui compte 78 sièges à la Chambre des communes. Mais le jour des élections, le Parti conservateur a terminé la soirée avec 10 sièges seulement, soit un de moins que lors de la dissolution du Parlement.

Une rencontre entre les deux hommes devrait avoir lieu dès la semaine prochaine, a indiqué M. Rayes au cours d’une entrevue avec La Presse. La décision de faire appel aux services de John Baird a été annoncée par M. Scheer mercredi soir au terme d’une réunion du caucus conservateur, la première depuis la défaite électorale.

« Ç’a été une rencontre très constructive qui a duré sept heures. Cela indique que les gens avaient des choses à dire. Ils ont pu s’exprimer en toute liberté. La nomination de John Baird est un pas dans la bonne direction. »

« Cela va permettre d’avoir les discussions qui s’imposent afin que notre chef puisse avoir la bonne lecture du terrain pour préparer la prochaine élection et qu’il puisse faire des gestes aussi d’ici là. »

— Alain Rayes

« Je suis très heureux de sa nomination pour deux raisons. D’abord, sa crédibilité dans le mouvement conservateur n’est plus à faire. L’autre raison, c’est qu’il n’a été impliqué d’aucune façon dans la campagne électorale. Il va avoir un regard objectif sur la situation. Il n’est pas entaché. Il n’a de lien particulier avec personne. Je suis certain qu’il va donner la meilleure lecture au chef pour l’aider à prendre les meilleures décisions. »

M. Baird a visiblement pris son mandat au sérieux. Dès mercredi en fin de journée, il a communiqué avec M. Rayes pour fixer rapidement une première rencontre.

« Cartes sur table »

Depuis la défaite électorale, M. Rayes s’est montré des plus discrets, préférant n’accorder aucune entrevue aux médias avant la tenue de la réunion du caucus de mercredi. Il a toutefois profité de cette période pour discuter de lacunes de la dernière campagne avec plusieurs des candidats qui ont porté la bannière du Parti conservateur au Québec.

« Je vais jouer cartes sur table quand je vais rencontrer M. Baird. C’est ce que j’ai toujours fait depuis que je suis en politique. Si on veut faire les bons gestes et faire le bon constat, il faut être honnête. Le chef nous a mis dans ces conditions-là [mercredi] durant la rencontre. Il y a une belle phrase que la vie m’a apprise. On détermine les vrais leaders non pas par les échecs qu’ils essuient, mais par la façon dont ils se relèvent quand ils tombent. C’est notre défi à nous, d’entendre la population et de faire des gestes en conséquence, si on veut avoir le privilège de gouverner », a-t-il dit.

M. Rayes a affirmé avoir toujours confiance en son chef.

« Je suis un gars d’équipe. Les premières étapes qui ont été adoptées me réconfortent. Cela me dit qu’on a la latitude pour exprimer nos opinions. »

— Alain Rayes

Pour le moment, M. Rayes demeure en poste en tant que lieutenant politique. Mais il a expliqué que son travail ferait l’objet d’une évaluation, comme celui de tous ceux qui ont travaillé sur la campagne électorale.

« Je fais partie, comme tout le monde, de l’analyse qui sera faite. Je veux laisser le temps aux gens de faire leur propre évaluation par rapport à cela. Le chef l’a dit : “Tout le monde fait l’objet d’une évaluation. J’ai aussi une introspection à faire.” »

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