Gilles Lacasse

Les petits deuils d'un marathonien

À bientôt 73 ans et avec presque 100 marathons au compteur, Gilles Lacasse court toujours. Le calendrier 2019 de cet ancien vétérinaire comprendra quatre épreuves, dont celle de Boston, où il l’a emporté dans sa catégorie d’âge en 2011 et en 2016.

« À 40 ans, si on m’avait demandé si j’allais courir encore à 70 ans, j’aurais dit : “Voyons, oublie ça !” Maintenant, je ne sais pas quand je vais arrêter », lance-t-il en entrevue.

Selon les données 2018 du site marathoncanada.com, Lacasse possède deux des trois meilleurs temps au Québec (3 h 40 min 2 s et 3 h 40 min 22 s) et le deuxième à l’échelle du Canada chez les 70-79 ans. Et encore, il aurait amélioré sa position sans une erreur de balisage de 213 m au marathon de Reykjavik, qu’il a conclu en 3 h 37 min 37 s.

La non-homologation de ce temps ne le dérange finalement pas trop. Pour le commun des mortels, un marathon n’est pas autant une course contre les autres qu’une épreuve physique et mentale contre soi-même. Dans le cas de Lacasse, comme dans celui des coureurs de longue date, la question est de savoir comment s’ajuster aux années qui défilent.

« Ce sont des deuils à faire. Je dis toujours aux coureurs qui vieillissent : “Vous allez avoir des petits deuils, ne regardez pas trop en arrière.” Même si on essaie de modifier son entraînement ou de mieux s’entraîner, les effets du vieillissement se font sentir », convient le septuagénaire de Cap-Santé, dans la région de Québec.

« Le VO2 max [débit d’oxygène maximal que l’organisme absorbe lors d’un effort] est moins bon et on a moins de force musculaire. Je vais au gym deux fois par semaine, mais c’est biologique. »

« Les muscles diminuent pareil et, comme tu es moins fort des jambes, l’impulsion est moins grande. Tu ne peux pas faire les mêmes temps, c’est impossible. »

— Gilles Lacasse

« La course mythique » de Boston

Sur l’épreuve de 42,195 km, Lacasse a établi son meilleur temps (2 h 52 min) au début de la quarantaine, lors du marathon de Montréal. C’est d’ailleurs dans la métropole qu’il a couru son premier marathon, en 1980. Comme tant d’autres, il venait de succomber à la vague de course à pied qui avait déferlé sur le Québec à la fin de la décennie 70. « On s’entraînait trois ou quatre gars. Il n’y avait pas d’intervalles et de longues sorties comme on fait maintenant. Ce n’était pas encadré, mais il reste qu’on était plus jeunes. On se motivait les uns les autres. »

Depuis, il a effectué 94 marathons au Québec, en Ontario, aux États-Unis ou encore en Europe. Son meilleur souvenir : « la course mythique » de Boston le jour de son 65e anniversaire, en 2011. « Je m’étais mis pas mal de pression en souhaitant arriver premier dans mon groupe d’âge. Je l’ai fait en finissant avec un temps extraordinaire à mon âge (3 h 4 min 52 s). C’était une consécration, et c’est de loin ma victoire la plus marquante. Ça a ensuite adonné que j’ai été le meilleur en 2016, quand j’avais 70 ans, mais mon temps n’était pas bon (3 h 34 min 22 s). »

On comprend que les critères de Gilles Lacasse sont encore très élevés. Cela se voit également à travers son entraînement très rigoureux, qu’il a logiquement adapté au fil des années. L’aîné du club La Foulée, à Québec, diminue fortement son volume d’entraînement jusqu’à un mois et demi avant une course. Il s’accorde également deux journées de repos chaque semaine.

« Il ne faudrait pas que je dépasse cinq jours d’entraînement par semaine. Je suis chanceux, je n’ai pas de problèmes musculo-squelettiques, mais je dois faire attention, puisque je cours depuis plus de 40 ans. D’ailleurs, je dis toujours que j’ai eu toutes les blessures : les ischios, les quadriceps, les fractures de stress, les fasciites plantaires, les shin-splints [blessures au tibia]… Mais j’ai toujours réussi à faire au moins un marathon par année malgré ça. »

Cette année, il ira donc à Boston avant de se rendre à Ottawa et à Québec. Il devait encore s’inscrire au marathon de Rimouski au moment de l’entrevue. Et le 100e marathon, y pense-t-il souvent ? « Faut pas faire trop de projections en vieillissant. Il faut prendre les courses les unes après les autres, répond-il. Ça fait 41 ans que je fais de la course. C’est comme une vieille automobile. Tu as beau la faire réparer, il faut quand même faire attention quand elle est rendue à 400 000 kilomètres. »

Sous les trois heures

Le Canadien Ed Whitlock, disparu il y a deux ans, détient le record chez les plus de 70 ans avec un temps de 2 h 54 min 48 s établi à Toronto en 2004. En décembre dernier, l’Américain Gene Dykes pensait bien avoir battu cette marque (2 h 54 min 23 s), mais le marathon de Jacksonville, théâtre de cette performance, n’était pas sanctionné par la Fédération d’athlétisme américaine. Dykes, bientôt 71 ans, a établi un calendrier impressionnant pour 2019 avec 5 marathons, 13 ultramarathons et 17 autres courses.

Sports

Ces athlètes qui défient les années

Qu’ils pratiquent le tennis, le baseball, le hockey ou la gymnastique, ces athlètes professionnels ont su déjouer le temps pour rester au sommet. Tour d’horizon non exhaustif.

Numéro un 

En juin 2018, Roger Federer est devenu le plus vieux numéro un mondial à l’âge de 36 ans et 10 mois. « Être numéro un mondial, c’est l’aboutissement suprême dans notre sport. C’est fou. C’est un rêve devenu réalité », indiquait Federer à l’époque. Andre Agassi détenait auparavant cet honneur. Chez les femmes, Serena Williams a occupé le premier rang en mars 2017, à l’âge de 35 ans et 6 mois.

Les joueurs actifs les plus âgés

NFL  Adam Vinatieri (Colts d’Indianapolis)  28 décembre 1972

MLB Bartolo Colón (Rangers du Texas)  24 mai 1973

LNH Matt Cullen (Penguins de Pittsburgh)  2 novembre 1976

NBA  Vince Carter (Hawks d’Atlanta)  26 janvier 1977

MLS  Tim Howard (Rapids du Colorado)  6 mars 1979

La gymnaste quadragénaire

Dans une discipline aussi exigeante que la gymnastique, où les carrières prennent souvent fin au début de la vingtaine, Oksana Chusovitina fait figure d’incroyable exception. À l’âge de 43 ans, l’Ouzbèke continue d’écumer la planète pour exercer sa passion. Son parcours, entrepris au début des années 90, comprend 7 Jeux olympiques (2 médailles) et 16 Championnats du monde (11 podiums). En guise de comparaison, son fils Alisher, né en 1999, est dans la même fourchette d’âge que ses concurrentes. La spécialiste au saut à cheval a remporté la médaille d’argent aux derniers Jeux asiatiques en 2018.

Au Canada

40 ans

L’attaquante de hockey Danielle Goyette est la médaillée d’or canadienne la plus âgée grâce au titre remporté à Turin.

50 ans

Russ Howard est monté sur la plus haute marche du podium lors de l’épreuve de curling des Jeux olympiques de Turin. Son âge : 50 ans et 5 jours.

51 ans

Réserviste pour l’équipe canadienne de curling, Cheryl Bernard était l’athlète la plus âgée des Jeux de PyeongChang en 2018.

56 ans

La barreuse canadienne du huit de pointe Lesley Thompson-Willie affichait 56 bougies lors des Jeux de Rio, il y a trois ans. Elle a disputé huit Jeux olympiques depuis 1984.

Insolite

Le Britannique John Copley avait 73 ans lorsqu’il a remporté une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Londres en 1948. Sa catégorie ? Gravure et arts graphiques dans le concours d’art et littérature. Cette compétition a été retirée des Jeux après la quinzaine londonienne.

64 ans et 280 jours

Âge du Suédois Oscar Swahn lorsqu’il a remporté la médaille d’or à une épreuve de tir lors des Jeux olympiques d’été de 1912 à Stockholm.

L’expérimenté pharaon

Le gardien égyptien Essam El-Hadary est devenu le joueur le plus âgé à disputer un match de Coupe du monde, l’été dernier, en Russie. Il avait 45 ans, 5 mois et 10 jours lorsqu’il a participé à un match de la phase de groupes contre l’Arabie saoudite.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.