vapotage

Alors que les cas de maladie pulmonaire liés au vapotage explosent aux États-Unis, des pédiatres canadiens planchent sur un vaste programme de surveillance au pays. Mais il ne faut pas sombrer dans la psychose, avertit notre chroniqueur.

Chronique

Respirons par le nez

Un total de 805 Américains ont été frappés par une maladie pulmonaire qui en a fait aboutir aux soins intensifs.

On dénombre 12 morts dans 10 États.

La plupart des malades sont jeunes. Les photos de certains de ces malades ont circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux, intubés et inconscients, aux soins intensifs. Ce sont des images qui frappent, qui ne laissent personne indifférent.

Depuis, c’est la psychose du vapotage aux États-Unis, dopée par une couverture médiatique qui a trouvé un nouvel épouvantail pour faire peur au monde.

Mais il importe de mettre les choses en perspective. L’organisme fédéral américain Centers for Disease Control (CDC) a pu étudier le profil de vapotage de 771 Américains frappés par cette lésion pulmonaire.

Dans 77 % des cas étudiés, les vapoteurs ont inhalé du THC, le principal composé psychoactif du cannabis. Et ils ont obtenu ces cartouches contenant du THC de sources informelles, loin des boutiques qui vendent des produits accrédités.

Quelle est la cause exacte de ces hospitalisations de vapoteurs ? On l’ignore pour l’instant. Je cite les CDC : 

— L’agent chimique qui cause ces lésions pulmonaires est pour l’instant inconnu.

— On ne peut pas lier un produit ou une substance à toutes les lésions recensées.

— Plus d’information est nécessaire pour découvrir si un ou des vapoteuses, marques, produits ou substances sont responsables de ces hospitalisations.

Les CDC prônent la prudence et recommandent de ne pas vapoter, le temps de l’enquête. Les CDC recommandent aussi de ne pas retourner aux cigarettes, en cas de cessation du vapotage.

Le problème, c’est que la cigarette électronique est une alliée de taille dans le combat contre la cigarette. 

Vapoter n’est pas sans risques pour la santé. Mais dans une optique de lutte contre le tabagisme, c’est toujours une solide solution de rechange à la cigarette : la cigarette est toujours plus nocive pour la santé que la vapoteuse…

Autre mise en garde des CDC : ne vapotez pas de THC et n’achetez pas de produits de vapotage « dans la rue », où on retrouve un marché florissant de produits modifiés ou illégaux : « Ne modifiez pas vos produits de vapotage et ne leur ajoutez aucune substance qui n’est pas partie du produit original. »

Traduction : ne modifiez sous aucun prétexte vos produits de vapotage. Et surtout, ne les utilisez pas pour le THC.

Même avant l’avis émis par les CDC, ces mises en garde étaient connues.

Mais présentement, c’est toute l’industrie du vapotage qui est ciblée par le ressac anti-cigarette électronique. Des États américains ont déjà annoncé des suspensions complètes ou temporaires de ventes de produits de vapotage.

Bien sûr qu’un produit qui rend malade plus de 800 personnes depuis quelques mois doit susciter des questions et inciter à la prudence.

Mais la solution de rechange à la vapoteuse, c’est la cigarette. Nombre d’Américains tués chaque jour par une maladie liée à la bonne vieille cigarette : 1300.

Vous avez bien lu : 1300 Américains sont tués d’une maladie liée à la cigarette, chaque jour. C’est 480 000 morts par année.

C’est dans ce contexte qu’il faut parler de psychose.

Primo, 77 % des Américains hospitalisés ont utilisé la vapoteuse pour inhaler du THC, alors que la vapoteuse doit être utilisée comme solution de rechange à la cigarette, pas pour obtenir un buzz de pot.

Deuzio, la vague de maladies pulmonaires liée au vapotage aurait causé 12 morts depuis la fin de mars. Si on compare aux 1300 Américains tués par la cigarette chaque jour, je pense qu’il faut respirer par le nez sur la dangerosité de la vapoteuse.

Le problème, c’est justement que les vapoteurs effrayés qui vont remiser leur cigarette électronique ne seront pas pour autant libérés de leur dépendance à la nicotine.

Cette psychose de la vapoteuse, rapportée sans trop de contexte par des médias bien heureux – encore – de faire peur au monde, elle va pousser ces vapoteurs à faire quoi, vous pensez ? Eh oui, à fumer la cigarette. Ce qui est pire à long terme pour la santé pour plus de monde.

On peut comprendre les proches de jeunes vapoteurs hospitalisés de faire des mises en garde, de lever des drapeaux rouges. Mais appeler à l’interdiction de vente de produits de vapotage alors que l’interdiction de vente de la cigarette n’est même pas dans le discours public, c’est du délire.

Oui, 800 Américains hospitalisés en quelques mois pour une maladie pulmonaire d’origine inconnue, c’est inquiétant et c’est un problème de santé publique. Ça doit être couvert. Comme les cas au Canada, beaucoup moins nombreux en chiffres absolus et relatifs.

On ignore pour l’heure avec certitude ce qui rend ces vapoteurs malades. Mais les CDC américains sont très doués pour analyser ce genre d’éclosion et faire des recommandations qui sont basées sur des données scientifiques.

Ce qu’on ne peut pas ignorer, c’est que les médias sont à leur pire quand ils font fi du contexte, quand ils tombent dans le sensationnalisme et qu’ils ne relativisent pas. J’ajouterais aussi : quand ils font une fixation sur une nouveauté. Rien n’excite les médias autant que la nouveauté. Ici, cette nouveauté, c’est la vapoteuse. La cigarette ? Bof ! c’est vieux, la cigarette…

Mais je répète, pour le contexte : la cigarette tue 1300 Américains chaque jour. On attend la même couverture haletante de fumeurs intubés aux soins intensifs dans leurs dernières heures.

Maladies et blessures liées au vapotage

Les pédiatres canadiens veulent documenter les cas

Inquiets de voir de plus en plus de cas de maladies pulmonaires graves surgir chez de jeunes adeptes du vapotage, les pédiatres canadiens lanceront d’ici deux semaines un important programme de surveillance afin de documenter la situation.

Pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence et toxicomanie au CHU Sainte-Justine, le Dr Nicholas Chadi explique que cette étude a été « créée en urgence » en réaction aux nombreux cas ayant fait les manchettes dernièrement. « Le programme de surveillance allait se faire. Mais il a été mis en mode accéléré. Et nous y avons ajouté les cas de maladies pulmonaires aiguës », explique-t-il.

Le 18 septembre, les autorités de santé publique de l’Ontario ont rapporté qu’un jeune homme adepte de la cigarette électronique s’était retrouvé aux soins intensifs après avoir développé une maladie pulmonaire grave. Il s’agissait du premier cas du genre à survenir au Canada.

La semaine dernière, c’était au tour du directeur national de santé publique (Québec) de déclarer son premier cas de patient atteint d’une maladie pulmonaire grave liée au vapotage. Il s’agit d’un adulte habitant la région de Montréal. 

Au cours des derniers mois, plus de 800 cas semblables ont été signalés aux États-Unis. De ce nombre, 16 % touchent des jeunes de moins de 18 ans, affirme le Dr Chadi, qui estime que les cas rapportés jusqu’à maintenant au pays ne sont « que la pointe de l’iceberg ».

Croissance à prévoir

D’ici deux semaines, la Société canadienne de pédiatrie, Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada lanceront donc leur programme de surveillance. Le Dr Chadi en sera le chercheur principal. Les pédiatres canadiens seront invités à signaler tout cas de blessure ou de maladie liées au vapotage survenu au cours des 12 derniers mois. Que ce soit par l’ingestion de liquide de vapotage, par l’explosion de produits de vapotage ou par inhalation, explique le Dr Chadi.

Selon lui, plusieurs collègues un peu partout au pays ont noté au cours des derniers mois des « anomalies » pulmonaires chez certains jeunes patients.

« Mais on n’a pas rapporté ces cas. On ne pensait pas nécessairement au vapotage », explique-t-il. Le programme de surveillance des pédiatres canadiens permettra d’avoir un meilleur aperçu de la situation, selon le Dr Chadi.

Il faut dire que les jeunes Canadiens sont de plus en plus nombreux à utiliser la cigarette électronique.

74 %

Hausse du taux d’utilisation de la vapoteuse dans les 30 derniers jours chez les 16 à 19 ans entre 2017 et 2018, selon une étude publiée en mai dernier par le British Medical Journal

Le Dr Chadi explique que la problématique du vapotage était déjà « sur le radar » des pédiatres canadiens. En 2018, une étude publiée dans le Journal canadien de pédiatrie a rapporté que 220 cas de blessures liées au vapotage avaient été rapportés en un an par les pédiatres canadiens. De ce nombre, 135 cas résultaient d’une inhalation, volontaire ou non, de produit.

Dans 85 cas, les jeunes avaient ingéré le produit de façon accidentelle ou non. Les symptômes présentés par ces jeunes allaient du vomissement à la toux, en passant par l’irritation respiratoire. Cette fois, le programme de surveillance ira plus loin et permettra de voir si des cas de maladies pulmonaires graves sont aussi survenus. « On est en train de découvrir quels peuvent être les problèmes liés au vapotage. On s’attend à ce que de plus en plus de médecins rapportent des cas », dit le Dr Chadi.

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