Environnement

Jugée plus écologique, la plume regagne ses lettres de noblesse

De nombreux jeunes Québécois semblent bouder les stylos à bille en plastique pour jeter leur dévolu sur les stylos à plume rechargeables, qui bénéficient ainsi d’un nouveau souffle.

La guerre contre les pailles a été officiellement déclarée l’an dernier. Non recyclables et très superflues, ces nouvelles ennemies du peuple (après les sacs en plastique) polluent nos océans et menacent la faune marine, ce qui leur a valu d’être bannies dans plusieurs villes du monde. Et les stylos en plastique, eux ?

On n’en consomme pas comme on consomme des pailles (les Canadiens utilisent environ 57 millions de pailles par jour, selon Greenpeace), mais le petit tube de plastique et sa réserve interne d’encre, auxquels s’ajoutent parfois un petit ressort et un bouton-poussoir, ne sont généralement pas recyclables. Après avoir été mâchouillés, avoir perdu leur bouchon et avoir été vidés de leur encre, ces outils souvent faits de plastique non biodégradable n’ont pas d’autre destinée que la poubelle – si nous ne les avons pas égarés entre-temps.

D’un point de vue écologique, il semble tout à fait justifié de ne pas utiliser de stylo à bille en plastique, selon Barb Hetherington, représentante de Zéro déchet Canada. Et puisque cesser complètement d’écrire à la main n’est pas vraiment une option possible ou souhaitable, une solution de rechange au stylo à bille semble se frayer une place dans les habitudes de certains Québécois : le stylo à plume.

« On voit un renouvellement de l’intérêt pour les plumes-fontaines, primordialement pour des raisons écologiques, auprès des étudiants surtout. »

— Russell Hemsworth, propriétaire de la papeterie Nota Bene, située sur l’avenue du Parc, à Montréal

Ce type de stylo, breveté au XIXe siècle, a plusieurs avantages, mais c’est surtout le désir d’être le plus écologiquement responsable possible qui motive les jeunes clients, assure M. Hemsworth.

« On peut le remplir avec une cartouche d’encre, qui peut être recyclée », explique- t-il. 

Tendance en plein essor

Même son de cloche à la papeterie Baltic Club, boulevard Saint-Laurent, où le copropriétaire Brice Salmon soutient qu’il y a « définitivement une hausse » des ventes de stylos à plume dans sa boutique. « C’est flagrant », souligne-t-il.

Baltic Club a ouvert il y a une année et demie et M. Salmon estime vendre environ cinq fois plus de ces fournitures depuis un an. Certains de ces clients n’ont que 16 ans.

De l’autre côté de la frontière, nos voisins américains sont tout aussi friands de ces stylos longtemps oubliés, comme en témoignent les ventes en ligne du magasin. « On en vend autant là-bas qu’ici », affirme Brice Salmon, qui croit que l’écriture manuscrite est en train de se tailler une place, notamment auprès de ceux qui n’ont connu que l’ordinateur. Il observe aussi que de plus en plus d’influenceurs parlent de cet outil, ce qui alimente beaucoup l’intérêt chez les jeunes.

Impact environnemental réduit

Si l’on souhaite faire un geste environnemental, « il est certain que nous devons utiliser des produits ayant une durée de vie plus longue », dit Barb Hetherington, de Zéro déchet Canada. 

Selon une étude de World Watch, menée en 2006, « utiliser des stylos rechargeables de qualité, qui peuvent durer des années, réduit clairement l’impact [environnemental] ».

Les stylos à bille finissent dans les décharges ou les incinérateurs après utilisation, ajoute Mme Hetherington, et nous utilisons ensuite plus de ressources pour fabriquer plus de stylos. 

Mais les stylos à bille n’ont pas dit leur dernier mot. Barb Hetherington soulève que l’entreprise de stylos Bic à elle seule a vendu 100 milliards de stylos jetables depuis les années 50. « Selon l’entreprise, qui a fait fortune avec des objets jetables, ce serait assez pour faire 40 fois la distance entre la Terre et la Lune si on alignait bout à bout tous ces stylos, ou pour remplir 23 fois l’Arc de Triomphe », illustre Mme Hetherington.

Même le célèbre Bic suit le mouvement

Bic, comme pour assurer sa rédemption, a joint ses forces à TerraCycle en 2011 pour créer un programme de recyclage d’instruments d’écriture. Le programme permet d’envoyer gratuitement des déchets tels des stylos, surligneurs, marqueurs ou liquides correcteurs usagés (de n’importe quelle marque) dans les entrepôts TerraCycle, où ils seront transformés en mobilier d’extérieur 100 % recyclé et recyclable. 

La chaîne Bureau en gros a signé le même partenariat avec TerraCycle, ce qui permet aux Canadiens d’apporter leurs marqueurs permanents, crayons à mine, stylos et autres dans plus de 300 succursales pour qu’ils soient recyclés. Plus de 2 millions d’instruments d’écriture auraient échappé aux terrains d’enfouissement par cette initiative.

Bic se vante aussi d’être plus écologique parce qu’il permet d’écrire sur 2 km avant de se vider.

Mais ce n’est que de la poudre aux yeux, selon Barb Hetherington, qui affirme que tant qu’il n’est pas rechargeable, le fait qu’on puisse utiliser le stylo plus longtemps qu’un autre n’empêche pas qu’il ait une inévitable fin de vie relativement rapide, comme les autres.

Toutefois, chez Baltic Club, face aux stylos à plume qui plaisent de plus en plus, les autres sortes de stylos trouvent toujours acheteur et n’ont pas vraiment perdu en popularité, indique Brice Salmon.

Ce dernier croit cependant que l’ampleur du phénomène ne fera qu’augmenter.

« L’aspect durable du remplacement des cartouches, c’est quelque chose qui touche les gens de plus en plus, alors je pense que c’est vers ça que ça va aller, dit-il. Ce n’est que le début. »

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