Médicaments faits en Chine

La « pression sur les prix » montrée du doigt

C’est la « pression massive des gouvernements sur le prix des médicaments génériques » qui pousse les entreprises pharmaceutiques à s’approvisionner en Chine pour leurs ingrédients actifs, affirme le président et directeur général de Sandoz Canada, Michel Robidoux.

M. Robidoux a réagi à un dossier publié samedi dernier dans La Presse, qui montrait que les ingrédients actifs des médicaments que consomment les Canadiens proviennent de plus en plus de la Chine.

Sandoz est la branche de médicaments génériques du géant suisse Novartis. La division canadienne compte 250 employés, dont 220 au siège social et à l’usine de produits injectables stériles situés à Boucherville.

« Face à la pression croissante sur le prix des médicaments génériques, Sandoz Canada, tout comme d’autres fabricants, a accru son contrôle sur ses coûts de production et a dû diversifier ses sources d’approvisionnement pour inclure des fournisseurs d’ingrédients actifs qualifiés et expérimentés, mais moins onéreux », a dit M. Robidoux à La Presse.

Il pointe notamment les réductions de prix entrées en vigueur en avril 2018, alors que le prix des 70 médicaments les plus consommés au Canada a été réduit de 25 à 40 %. Notons que cette entente avait été élaborée par l’Association canadienne du médicament générique et l’Alliance pancanadienne pharmaceutique, qui regroupe les régimes d’assurance médicaments des provinces et du fédéral.

« J’ai commencé dans le milieu du générique en 2008, dit M. Robidoux. À l’époque, le prix du générique était à 70 % de celui du produit d’origine. Aujourd’hui, le générique, on le vend en moyenne de 16 à 20 % du prix du médicament d’origine. »

« Pas la même culture »

M. Robidoux affirme que la Chine « offre des prix concurrentiels pour certains des ingrédients dont nous avons besoin pour nos médicaments ». Il précise toutefois que moins de 10 % des ingrédients actifs utilisés par Sandoz Canada proviennent de la Chine. Des experts de l’industrie estiment que cette proportion est beaucoup plus élevée dans l’ensemble de l’industrie, pouvant atteindre jusqu’à 80 %.

Pourquoi ce faible pourcentage d’ingrédients chinois chez Sandoz ?

« Les enjeux avec la Chine et l’Inde, c’est que les normes de qualité, les normes de conformité, les normes d’intégrité de gestion des données… Ils n’ont pas la même culture que nous », répond M. Robidoux.

« Si on fait affaire avec des fabricants de la Chine ou de l’Inde, il faut redoubler de vigilance au niveau de la qualité et de la conformité. »

— Michel Robidoux, président et directeur général de Sandoz Canada

Il assure toutefois qu’il existe de « très bons fournisseurs en Chine, tout comme il existe de très mauvais fournisseurs aux États-Unis et en Europe », et rappelle que tous les fournisseurs qui font affaire avec des entreprises canadiennes doivent respecter les exigences de Santé Canada.

Un rappel « qui coûte cher »

Sandoz, comme d’autres entreprises, a été touchée en 2018 par un important rappel de valsartan, un médicament contre l’hypertension. Une contamination par un produit potentiellement cancérigène avait été découverte dans l’ingrédient actif. Celui-ci provenait du fournisseur chinois Zhejiang Huahai Pharmaceutical.

Sandoz Canada explique que l’impureté n’a pas été détectée immédiatement, parce qu’elle « n’en est pas une attendue dans l’ingrédient actif pharmaceutique et n’a donc pas fait l’objet d’essais courants […] ». C’est une analyse de la maison mère Novartis, qui voulait élargir l’usage de cet ingrédient et l’a donc testé sous toutes ses coutures, qui a révélé le problème.

Sandoz Canada a aussitôt cessé de s’approvisionner au site problématique de l’entreprise Huahai. À la fin de l’année 2018, Santé Canada a interdit d’importer les produits provenant de cette usine à l’ensemble des fabricants canadiens.

« Ça coûte cher d’avoir une problématique de qualité comme celle-là », a commenté Michel Robidoux. Sandoz Canada a commencé à « évaluer l’ensemble de son portefeuille de produits en ce qui concerne la formation potentielle de nitrosamines », mais M. Robidoux précise que « cela prendra du temps, car [ils doivent] évaluer un portefeuille complet de produits et d’ingrédients pharmaceutiques actifs comprenant un grand nombre de molécules ».

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