Musique

Le retour de Gorillaz, raconté par Damon Albarn

Blur, The Good, The Bad & The Queen, Africa Express, Rocket Juice… Gorillaz. Ubiquiste, hyperactif, bourreau de travail… Damon Albarn.

Âgé de 50 ans, l’infatigable Britannique a piloté l’enregistrement de deux albums de Gorillaz depuis 2017 : Humanz et The Now Now, dont la matière sera au menu principal du spectacle alliant groupe réel et groupe virtuel, gracieuseté du bédéiste, infographiste et cinéaste d’animation Jamie Hewlett.

Six albums de Gorillaz ont été lancés depuis 2001, Damon Albarn a imaginé plusieurs dizaines de chansons exécutées en temps réel tout en demeurant en relation directe avec les personnages créés par Jamie Hewlett.

« Je ne sais pas si les gens viennent entendre seulement le groupe réel ou vivre l’expérience complète, mais… notre proposition artistique est honnête. De plusieurs façons, nous avons fait évoluer l’imaginaire visuel de Gorillaz. Les nouvelles technologies nous permettent une incessante expansion virtuelle tout en maintenant une connexion sensible avec l’auditoire », explique Damon Albarn, joint au téléphone il y a quelques jours.

« Notre intention demeure : faire se croiser les personnages fictifs et les artistes réels. C’est vrai que nous devons faire évoluer les choses. La récente vidéo de la chanson Tranz, par exemple, traduit bien l’esprit du spectacle : faire en sorte que la partie virtuelle rejoigne la partie réelle. Offrir deux performances en une seule. »

Ce croisement, souligne en outre notre interviewé, a aussi pour objet de refléter artistiquement le contexte de l’activité humaine durant la période de création.

« Il y a toujours une relation entre l’actualité et ce que Gorillaz exprime. Nous traversons une période où règne le déni de la réalité, où réémergent l’intolérance et le radicalisme douteux. Nous devons ainsi témoigner de cette grande renaissance [rire ironique], en transmettre l’atmosphère, en exprimer l’émotion. »

— Damon Albarn

Depuis deux décennies, Gorillaz est considéré comme le projet le plus fédérateur de Damon Albarn, enfin depuis les grandes années de Blur.

« C’est le plus imprégné de culture américaine, en tout cas. J’y ai réalisé ma connexion avec l’Amérique, c’est ma contribution avec plusieurs artistes américains, de feu Bobby Womack à George Benson. Cela dit, nous avons déjà eu un orchestre syrien en complément, une vaste section d’instruments à vent, un chœur, ce qui a diversifié la donne. Cette fois, c’est moins considérable, mais ce groupe sur scène est redoutable, de calibre assurément international. »

Cultures croisées

Prolifique à souhait, Damon Albarn continue de privilégier ces projets de cultures croisées.

Africa Express, notamment, invite des musiciens du Royaume-Uni, d’Europe et des États-Unis à collaborer avec des artistes africains et du Moyen-Orient dans le cadre de spectacles, d’événements et d’enregistrements d’albums.

En 2015, la superbe exécution d’In C, classique de la musique contemporaine signé Terry Riley, a réuni Albarn, Brian Eno, des musiciens occidentaux et africains (essentiellement maliens).

Ces expériences, cependant, ne se font pas toujours sans heurts. En février dernier, l’artiste sud-africain Petite Noir a évoqué l’exploitation des musiciens africains par un projet mené par des visages pâles, ce à quoi l’organisation Africa Express a rétorqué que cette initiative était sans but lucratif et que personne n’était là pour s’enrichir.

tout un cortège

Damon Albarn souhaite néanmoins poursuivre ce genre de démarche, et Gorillaz fait partie de ce grand ensemble d’hybridations. Au minimum, le spectacle qui s’amène au Centre Bell réunit une dizaine de musiciens, des invités se joignent au cortège, d’une ville à l’autre. Grand pionnier de la house, Jamie Principle devrait participer à la représentation montréalaise.

Hormis Jamie Hewlett à la coordination des effets visuels et Damon Albarn au chant et à la direction musicale, Mike Smith et Jesse Hackett officieront aux claviers, Seye Adelekan à la basse, Jeff Wotton aux guitares, Gabriel Wallace à la batterie, Karl Vanden-Bossche aux percussions, Rebecca Freckleton et Ade Omatayo aux chœurs.

Ces humains en chair et en os cohabiteront donc avec les artistes visuels de Gorillaz : 2D (voix et claviers), Murdoc Niccals (basse), Noodle (guitare et claviers), Russel Hobbs (batterie).

« Nous avons établi une grande connexion avec l’auditoire, affirme Damon Albarn. Le son du groupe a passablement évolué depuis le début de la tournée, ils sont plus funky, ils sont épiques ! Ensemble, nous avons atteint des sommets et… lorsqu’on se trouve au sommet, il faut savoir s’arrêter et viser d’autres cimes. Il faut tuer la chose avant qu’elle ne décline. »

La tournée de Gorillaz tire à sa fin, Damon Albarn passera très bientôt à un autre dossier.

« Un nouvel album de The Good, The Bad & The Queen est prêt à sortir, je repars en tournée dès novembre. Je compte ensuite écrire d’autres chansons fondées sur une longue méditation sur l’état actuel de la Grande-Bretagne. »

On imagine déjà les couleurs de cette fresque post-Brexit…

Au Centre Bell, demain, 19 h 30. The Internet assure la première partie de Gorillaz.

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