Musique

Authentique Voyou

Le chanteur français Voyou est né avec une trompette dans les mains, a commencé à écrire des chansons vers la mi-vingtaine, s’inspire autant de la bossa-nova que de la variété française et son premier album, Les bruits de la ville, propose une pop mélodique et colorée. Nous avons rencontré l’artiste de 29 ans cette semaine, alors qu’il était de passage pour donner des spectacles à Québec et à Montréal.

Voyou – Thibaud Vanhooland de son vrai nom – n’en est pas à son premier séjour au Québec. Il y a passé trois mois il y a quelques années, pendant lesquels il a fui religieusement tous les Français résidant dans le Plateau Mont-Royal, a fait le plein de rencontres amicales et est allé se promener en Gaspésie – un « beau terrain d’imagination », dit-il.

« J’ai voulu rencontrer un maximum de gens pour me connecter à une culture différente, nous raconte-t-il doucement. Des gens qui parlent la même langue, oui, mais qui, malgré la mondialisation des esprits, ont d’autres vies, d’autres préoccupations. À quoi bon voyager si c’est pour se retrouver avec des gens qui sont exactement pareils ? »

Certaines des chansons qui figurent sur Les bruits de la ville ont d’ailleurs été composées ici. Qu’est-ce qui l’animait particulièrement ? « D’abord, être loin des gens avec qui je travaillais depuis des années et qui me disaient à quoi devait ressembler ma musique. Aussi, on a vachement repoussé le français dans la pop en France. Au Québec, j’étais avec des gens qui étaient très décomplexés d’écrire en français, et ça m’a beaucoup inspiré. »

Connexion

L’an dernier, Voyou a aussi donné deux spectacles aux Francos, dont une première partie pour Pierre Lapointe. Il apprécie d’ailleurs que le chanteur québécois, qui a fait un duo avec Clara Luciani au printemps, soit à ce point lié à la scène française.

« Pendant un moment, les deux scènes se sont boudées. Mais en ce moment, la nouvelle génération connecte naturellement. On a tous des influences de partout, on est plus ouverts, on se comprend plus grâce à ça. »

— Voyou

Voyou, en tout cas, se nourrit de tout. Fils de trompettiste, il s’est dirigé naturellement vers cet instrument dès son plus jeune âge – sauf à l’adolescence, pour « faire chier un peu » son père. « Ça m’a permis de jouer d’autres instruments, d’autres styles que le classique et le jazz qui étaient les siens. »

Écoutez un extrait d’À nos jeunesses

Plus tard, quand il a fait partie de divers groupes, dont Elephanz, il est devenu le bassiste attitré, mais aussi le multi-instrumentiste de service – claviers, batterie électronique, guitare, il joue de tout.

« Être bassiste m’a beaucoup amusé. Je pouvais faire tout ce que je voulais et tout le monde s’en foutait, alors je pouvais m’approprier l’espace scénique. Encore aujourd’hui, même si je suis le frontman, dans ma tête, je me considère comme étant un des musiciens. »

Savoir raconter

Voyou n’aime pas beaucoup le statut de chanteur – trop « libidineux », trop « égocentrique » – et cultive une humilité sympathique. Le pseudo, par exemple, lui permet de rester en contact avec lui-même, de « rester les deux pieds sur terre ». « J’ai besoin de ne pas avoir l’impression d’être un chanteur ! »

Il pourrait se permettre de se donner plus d’importance, avec ses petits bijoux pop irrésistibles où ses talents de mélodiste se font sentir.

« C’est à cause de la trompette, qui est un instrument très, très mélodique, explique-t-il. On me dit souvent que j’écris mes lignes de chant comme des lignes de trompette. Mais il y a aussi le fait que j’ai beaucoup écouté de musique mélodique comme la bossa-nova, et que j’ai toujours davantage vu la voix comme un instrument plutôt qu’un outil d’expression. »

Pourtant, il s’est mis à écrire des paroles, lui qui n’avait jamais vraiment écrit de sa vie – ni carnets ni journaux intimes, seulement quelques tentatives de chansons à l’adolescence. Résultat pour une première expérience : des textes aux images très fortes, bien construits. Comme s’il avait fait ça toute sa vie !

Écoutez un extrait de Seul sur ton tandem

« Je ne suis pas un grand lecteur, mais j’ai toujours aimé parler et écouter les gens parler. J’ai également regardé beaucoup de films, j’ai observé comment la parole était construite, comment elle pouvait être au service de l’histoire. Mais j’ai écrit en me disant : on verra bien. »

Pendant l’écriture, il a d’ailleurs replongé dans la variété française qui a bercé son enfance, et réécouté « avec tendresse et nostalgie » Dutronc, Dassin, Polnareff. Des chanteurs enfouis dans sa mémoire et qui « savaient raconter des histoires ».

« J’écoute aussi beaucoup de rap, mais je me sens moins légitime de faire ça. Je n’ai pas envie de prétendre être quelqu’un que je ne suis pas », dit le chanteur, qui estime que des artistes comme La Femme et Flavien Berger font la preuve que la chanson française peut être innovatrice et être accompagnée par autre chose qu’une guitare ou un piano.

« Il est possible de chanter en français sur une musique intéressante et différente. On peut faire ce qu’on veut. »

Sa pop classique et son univers joyeux distillent ainsi beaucoup de joie dans la morosité ambiante. Voyou est conscient d’être à contre-courant, mais encore là, il tient à rester lui-même – une simple question de sincérité.

Voyez un extrait des Bruits de la ville

« Ce n’est pas une mission, mais on est tellement entourés de choses déprimantes. Et déjà qu’on a le journal télévisé pour nous rappeler que plein de choses déconnent, il me semble que les artistes ont ce rôle de raconter les choses qui sont belles. J’ai besoin moi-même de faire ces chansons, pour reconnecter avec tous ces détails qui font qu’on est quand même sur un bateau qui est magnifique, quoi ! Ça me fait du bien, et ça me fait du bien d’entendre les gens me dire que ça leur fait du bien. »

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