ALAIN DUBUC

« Lettre à mes combattants »

Le nom de l’auteure du texte « Lettre à mes combattants », publié hier, est Émilie Corbeil et non Émilie Gobeil.

Nos excuses.

Le gouvernement qui n’apprenait pas

C’est comme si l’histoire se répétait. Le débat provoqué par la fermeture du centre de désintoxication Mélaric, parce que Québec aurait réduit le montant du chèque d’aide sociale pour les prestataires hébergés dans l’établissement, ressemble étrangement à d’autres débats que nous avons connus depuis quelques mois, comme celui qui portait sur les compressions dans les garderies ou la réduction de services importants dans les commissions scolaires.

Dans tous les cas, il s’agit de commandes de coupes venues d’en haut qui ont des impacts indésirables sur le terrain, ce qui suscite un vent de réactions négatives auquel le gouvernement Couillard réagit avec maladresse, comme s’il était incapable d’apprendre de ses erreurs.

Depuis le début, j’appuie la politique budgétaire du gouvernement libéral de retour rapide à l’équilibre, parce que je trouve que c’est la meilleure façon de redonner à l’État sa marge de manœuvre et de lui permettre de repartir sur une nouvelle base.

Mais il faut être conscient qu’une telle politique de rigueur peut, dans certains cas, mener à des dérapages quand on coupe de façon paramétrique sans tenir compte des problèmes et des besoins de ceux qui sont affectés, quand les commandes venues d’en haut sont appliquées sans discernement ou quand les compressions ont des effets malheureux que l’on n’avait pas prévus.

Un gouvernement qui se lance dans une vaste opération de redressement budgétaire, comme l’a fait celui de M. Couillard, devrait se doter de mécanismes pour réagir rapidement quand le plan de match connaît des ratés, qu’il fait des victimes innocentes ou qu’il a des effets contraires aux objectifs. Il devrait aussi compter en son sein des gens qui ont des aptitudes à l’empathie et à l’écoute pour éviter les dérapages, pour alerter la machine aveugle quand elle s’emballe.

Ces mécanismes ne semblent pas exister au sein de la machine gouvernementale. Et quand ça ne va pas, au lieu d’écouter, de faire une pause, peut-être de corriger le tir, on fonce, sans doute pour ne pas donner l’impression que le gouvernement recule devant les pressions et les contestations.

Quand la fermeté devient de l’insensibilité, c’est inacceptable sur le plan des principes. C’est contreproductif sur le plan politique.

Il est clair que les politiques de rigueur suscitent de la résistance. Elles ont engendré un mouvement d’opposition qui attend le gouvernement avec une brique et un fanal, qui attend les erreurs pour les monter en épingle. Le gouvernement Couillard, quand il donne prise aux critiques, affaiblit sa propre cause.

Le cas des centres de désintoxication semble typique. Le ministre François Blais, il y a un an, alors titulaire du portefeuille de l’Emploi et de la Sécurité sociale, avait annoncé des mesures de rationalisation à l’aide sociale pour mettre fin à certaines anomalies. L’une d’entre elles consistait à remplacer le chèque d’aide sociale, actuellement de 623 $ par mois pour un adulte seul, par une allocation mensuelle de 200 $ pour les prestataires qui suivaient une cure de désintoxication, parce que ceux-ci étaient logés et nourris par les établissements.

Cette mesure, pas illogique sur papier, a pu avoir deux effets négatifs. D’abord, décourager des gens de suivre une cure par peur de se faire couper leur chèque. Et surtout, pénaliser des centres plus en marge du réseau, qui comptaient sur le chèque d’aide sociale de leurs résidants pour se financer. C’est cela qui, selon ses dirigeants, a poussé le centre Mélaric (120 lits) à fermer ses portes et, entre autres, à retourner en prison 43 de ses clients provenant du milieu carcéral.

C’est illogique sur le plan financier, parce que la prise en charge de ces clients coûtera beaucoup plus cher que les 423 $ d’aide sociale que l’on voulait économiser.

Les choses sont certainement plus compliquées que cela. La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, qui a défendu très maladroitement la décision – comme c’est invariablement le cas dans ces dossiers – , explique que le centre était mal géré. Il y a peut-être aussi des jeux politiques, du chantage, comme c’est souvent le cas quand des organismes luttent contre des compressions. Mais le résultat final, c’est un centre qui ferme et des victimes qui, encore une fois, sont des gens « poqués ».

Dans le cas des compressions à l’éducation, les victimes étaient souvent les clientèles vulnérables. La réduction des subventions aux garderies pour que leur niveau de dépenses s’ajuste à celui du « tiers performant » risque aussi de pénaliser les CPE dont les clientèles ont de plus grands besoins.

Cela me donne une idée pour le remaniement ministériel que le premier ministre Philippe Couillard devrait faire dans les prochains jours : la création d’un nouveau poste, celui de ministre à la Compassion.

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