En bref

Les employés de Molson acceptent les offres patronales

Les travailleurs de l’usine Molson de Montréal, affiliés au syndicat des Teamsters, se sont prononcés hier pour les offres contractuelles patronales. Un porte-parole du syndicat, Stéphane Lacroix, a indiqué que les offres avaient été acceptées dans une proportion de 55 %. Pas moins de 438 des quelque 550 salariés ont participé au vote. Les principaux enjeux du nouveau contrat de travail à l’usine de la rue Notre-Dame étaient le régime de retraite, les assurances collectives, la sous-traitance et les salaires. Le résultat favorable à l’issue du vote d’hier a permis aux travailleurs de l’usine Molson d’éviter le déclenchement d’une grève.

— La Presse canadienne

La planète économique

Les inégalités se creusent (encore) aux États-Unis

C’est bien connu, la baisse des taux d’intérêt et l’injection massive de liquidités par les banques centrales ont sauvé l’industrie financière de la catastrophe en 2008.

S’ensuivirent une reprise progressive de l’économie mondiale et une hausse spectaculaire des profits des entreprises et des Bourses. Mais les travailleurs de la classe moyenne n’ont toujours pas de quoi célébrer avec des salaires « réels » (en soustrayant l’inflation) quasi stagnants depuis des années dans plusieurs pays, indiquent plusieurs sources.

Or, ce déséquilibre entraîne un accroissement des inégalités dans le monde, affirme le plus récent rapport du World Wealth & Income Database (WWID). Un phénomène particulièrement rapide et inquiétant aux États-Unis.

Europe et États-Unis : « radicalement différents »

L’Europe de l’Ouest et les États-Unis avaient pourtant des niveaux d’inégalité comparables en 1980. Ils se trouvent aujourd’hui dans des situations « radicalement différentes », souligne l’étude du WWID, qui a été réalisée par une centaine de chercheurs de 70 pays.

En 1980, la part du revenu national revenant aux 50 % des contribuables les plus pauvres était quasiment identique : 24 % en Europe et 21 % aux États-Unis. Depuis, ce taux s’est stabilisé à 22 % du côté européen, alors qu’il est tombé à 13 % chez les Américains.

Malgré une solide reprise économique, cet écart risque de s’accroître au pays de Donald Trump, laissent présager de nouvelles données.

Toujours plus de dettes

La dette des ménages américains, par exemple, a enflé en 2017 pour la cinquième année d’affilée, vient-on d’apprendre.

Au total, l’endettement des ménages a atteint 13 150 milliards US, en hausse de 2,3 % sur un an, selon la Réserve fédérale (Fed). La banque centrale américaine note que les prêts étudiants, les prêts automobiles et l’utilisation des cartes de crédit ont enregistré les plus fortes progressions, soit de 9,3 %, 2,3 % et 4,6 % respectivement.

Statistique plus alarmante, les soldes impayés sur les cartes de crédit – un problème touchant surtout les plus pauvres – sont à un sommet de sept ans, souligne la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC).

Selon cet organisme, les consommateurs en retard de plus de trois mois dans leurs paiements cumulaient une dette de 11,9 milliards US à la fin de 2017, ce qui représente un bond de 11,5 % en seulement trois mois.

Dans une note financière, le réputé économiste David Rosenberg, de la firme Gluskin Sheff, qualifie d’« épique » l’usage des cartes de crédit ces temps-ci aux États-Unis.

Certes, la valeur nette des Américains est actuellement à un niveau record, souligne la Fed, mais cette situation est surtout attribuable à la hausse des Bourses et de l’immobilier, deux secteurs qui profitent surtout aux plus nantis. D’ailleurs, comme on l’a vu vendredi, la première économie mondiale crée des emplois en masse, mais les salaires ne suivent pas.

Les entreprises, pour leur part, bénéficient d’une embellie financière, alors que leurs prêts « délinquants » sont en baisse de 8,5 %. Autrement dit, le bilan de l’industrie, qui a fait le plein de liquidités depuis 2008, s’améliore tandis que celui de beaucoup de travailleurs se détériore.

Les rachats d’actions en folie

Que font les sociétés américaines de l’argent de la reprise ? Investissements en technologies, développement de nouveaux marchés, embauche de personnel ?

Pas tellement. Du moins, pas assez au vu de la vague spectaculaire de rachats d’actions – les buybacks – qui balaie America Inc. 

Selon la firme Birinyi Associates, les entreprises américaines ont dépensé 5100 milliards US depuis 2008 pour racheter leurs propres actions – une manœuvre qui vise à retirer une partie de leurs titres du marché boursier, donc de réduire l’offre – afin d’en augmenter le prix.

Cette tactique, qui ne contribue guère à l’essor de l’économie, prend même de l’ampleur. Selon Trim Tabs, les entreprises ont profité des largesses de la réforme fiscale de Donald Trump pour racheter 214 milliards US de leurs titres depuis le 1er janvier.

La banque JP Morgan va plus loin : elle prédit que les entreprises de l’indice S&P 500 vont racheter 800 milliards US de leurs actions en 2018 – un record et un bond de 50 % en un an.

Bref, un joli cadeau pour ceux qui ont la chance de détenir des actions, mais une stratégie qui aide très peu les travailleurs, déplorent des économistes.

« Les buybacks concentrent la richesse dans les mains des ménages fortunés, mais réduisent les occasions d’emploi pour la classe moyenne », a affirmé la semaine dernière à CNN William Lazonick, professeur à l’Université du Massachusetts et spécialiste des rachats d’actions.

Endettement et stagnation des salaires des travailleurs. Enrichissement pour les plus riches… C’est un terreau fertile pour les inégalités.

La Fed brosse d’ailleurs un sombre portait de la situation : le fameux « 1 % » des plus fortunés détenait 38,6 % de la richesse aux États-Unis en 2016. C’est presque deux fois la part des 90 % moins fortunés. 

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