Crise autour de l'oléoduc Trans Mountain

Trudeau fera escale à Ottawa le temps d'une réunion

Ottawa — Après avoir fait l’objet de vives critiques en raison de son départ pour un voyage de neuf jours, alors que la crise s’amplifie autour de l’oléoduc Trans Mountain au Canada, Justin Trudeau a annoncé hier qu’il rentrerait brièvement à Ottawa dimanche.

Le premier ministre devait se rendre directement de Lima – où il participe aujourd’hui et demain au Sommet des Amériques – à Paris et Londres dans le cadre d’une mission économique. Il repassera en fin de compte par la capitale fédérale dimanche pour rencontrer les premiers ministres de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, « afin de discuter des prochaines étapes pour faire avancer le projet d’expansion de Trans Mountain », a indiqué hier une attachée de presse de son cabinet.

La situation s’envenime dans l’Ouest canadien, depuis l’annonce de dimanche dernier par la société texane Kinder Morgan. L’entreprise, qui pilote un projet d’oléoduc de 7,4 milliards de dollars, a suspendu tous ses investissements non essentiels dans l’oléoduc jusqu’à la fin de mai en raison de la forte opposition britanno-colombienne. Elle décidera d’ici là si elle poursuit le projet ou si elle le met au rancart.

Le gouvernement de Justin Trudeau répète depuis le début de la semaine qu’il fera tout en son pouvoir pour permettre au projet d’aller de l’avant. Tant Ottawa que le gouvernement de l’Alberta envisagent d’investir directement dans cette infrastructure jugée d’un intérêt national pour le Canada.

Critiques acerbes

Si ce dossier est tellement crucial, Justin Trudeau devrait simplement annuler sa mission de neuf jours à l’étranger pour se concentrer sur la crise qui frappe son pays, ont dit en gros ses critiques depuis quelques jours. Le leader néo-démocrate Jagmeet Singh a notamment affirmé que M. Trudeau avait la « responsabilité » de rester au pays dans ce contexte.

Le retour temporaire de Justin Trudeau au Canada dimanche semble représenter une forme de compromis à cet égard. Le premier ministre reviendra dès lundi à son itinéraire initial en entamant sa première visite officielle en France. Il rencontrera notamment le président Emmanuel Macron à Paris et prononcera une allocution devant l’Assemblée nationale.

Justin Trudeau se rendra ensuite à Londres. Il rencontrera la reine Élisabeth II et la première ministre Theresa May en plus de participer à un sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth. Il doit rentrer au Canada le 20 avril.

Un mauvais signe, dit Couillard

Même si elle se déroule dans l’ouest du pays, la crise autour de l’oléoduc Trans Mountain a une résonance particulière au Québec. La firme albertaine TransCanada a abandonné l’automne dernier son imposant projet de pipeline Énergie Est, qui devait traverser la province pour se rendre jusqu’au Nouveau-Brunswick.

La mise au rancart d’Énergie Est a évité une crise potentiellement similaire à celle qui est vécue dans l’Ouest, puisque le projet soulevait une vive opposition au Québec. Sans commenter directement le différend entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, le premier ministre Philippe Couillard a laissé entendre hier qu’Ottawa n’envoyait « pas un bon signe pour le fédéralisme » en tentant d’imposer le projet à la province la plus à l’ouest.

« Une chose est sûre : le Québec va toujours assumer pleinement ses juridictions et on va même les pousser le plus loin possible, que personne ne soit surpris, a dit M. Couillard en conférence de presse. Les gens qui vivent sur la terre, ils veulent savoir que les lois et les règlements de leur gouvernement provincial également ont un rôle à jouer et s’appliquent. »

— Avec Martin Croteau, La Presse

Quartier des spectacles

Les investissements publics en immobilier ont été rentables, conclut une étude

Investir des dizaines de millions en argent public dans le Quartier des spectacles a été rentable, conclut une nouvelle étude commandée par la Ville de Montréal. Les 200 millions nécessaires pour refaire ce secteur du centre-ville ont entraîné des retombées de plus de 2 milliards depuis 10 ans.

Montréal a dévoilé hier après-midi les résultats d’une étude du Groupe Altus sur les retombées économiques immobilières du Quartier des spectacles. Les auteurs ont recensé entre 2007 et 2019 pas moins de 60 projets immobiliers dont la construction a représenté des investissements de 1,5 milliard. Le cinquième de ces projets doit être livré en 2018 et en 2019.

Ces investissements ont rapporté gros aux gouvernements, qui ont récolté 228 millions en TPS et en TVQ. La Ville de Montréal n’a pas été en reste puisque ces projets ont généré des revenus en taxes foncières et scolaire de 85 millions supplémentaires. Et à partir de 2019, Altus calcule que les 60 immeubles construits ou rénovés généreront des taxes de plus de 37 millions par an.

Signe de la fièvre immobilière touchant le secteur, les terrains autour du Quartier des spectacles ont vu leur valeur augmenter de 21 %, contre 15 % dans le reste de l’arrondissement de Ville-Marie.

Le Groupe Altus voit un lien direct entre la frénésie immobilière et le projet du Quartier des spectacles. « C’était un secteur déstructuré et s’il n’y avait pas eu ces investissements publics, le privé n’aurait pas suivi », dit Vincent Shirley, du Groupe Altus.

« La Ville de Montréal et ses partenaires ont profité de retombées 10 fois plus importantes que les sommes investies dans l’aménagement du Quartier des spectacles. C’est une excellente nouvelle et c’est un incitatif fort à continuer à investir dans l’industrie culturelle », a réagi Robert Beaudry, responsable du développement économique de l’administration Plante.

Continuer à alimenter la frénésie

Saluant ces retombées, le président du conseil d’administration du Partenariat du Quartier des spectacles, Jacques Primeau, a dit espérer que les créateurs bénéficieront davantage de ces retombées pour continuer à alimenter la frénésie touchant le secteur. « Si la culture est le moteur de ce développement, alors on doit continuer de nourrir la bête. […] C’est démontré que la culture est un facteur de développement économique. Alors ces prochaines années, il faudra se préoccuper un peu plus de ce qu’on met sur les scènes, à l’extérieur comme dans les salles du Quartier. »

La construction immobilière dans le Quartier des spectacles se poursuit, les efforts se concentrant désormais dans la partie est, le Quartier latin, où au moins six projets sont prévus. Quant aux aménagements publics, Montréal doit livrer en 2019 le dernier morceau du Quartier des spectacles, soit l’Esplanade Clark. Le terrain accueillera une place publique où l’on aménagera une patinoire réfrigérée qui sera ouverte de novembre à mars.

SRB Pie-IX

Les coûts augmentent de 1,3 million

La préparation du projet de service rapide par bus (SRB) sur le boulevard Pie-IX exige de nouveaux investissements de la part de la Ville de Montréal et de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). Les partenaires devront ajouter 1,3 million aux 9 millions déjà prévus.

Selon l’ordre du jour de la séance du conseil municipal du 23 avril, la Ville de Montréal demande l’autorisation de verser 623 000 $ relativement aux plans et devis d’ingénierie du projet SRB Pie-IX. Cette somme correspond à la part payable par Montréal, alors que de son côté, l’ARTM devra verser 678 000 $.

Il s’agit d’une modification au contrat accordé conjointement (l’ARTM a remplacé la défunte Agence métropolitaine de transport, ou AMT) à la firme de génie AECOM Consultants en février 2016. La somme totale passe ainsi de 9 à 10,4 millions, taxes comprises, pour le tronçon montréalais.

Cette augmentation des coûts se justifie, selon la Ville, par les 69 changements aux plans et devis demandés depuis deux ans. Ainsi, Montréal doit assumer 48 % des ajustements recommandés pour les plans et devis qui sont, par ailleurs, complétés.

Un projet de 300 millions

Le SRB Pie-IX est un projet de bus express de plus de 300 millions promis pour 2022 sur cette grande artère nord-sud. Il implique l’aménagement de 11 km de voies réservées (9 km à Montréal et 2 km à Laval) et la construction de 17 stations montréalaises et deux sur l’île Jésus. Montréal évalue qu’il sera emprunté quotidiennement par 40 000 à 70 000 personnes.

Le SRB Pie-IX est relié au plan de prolongement de la ligne bleue annoncé la semaine dernière par les gouvernements du Québec et du Canada. En effet, une des cinq stations de métro du nouveau tronçon de la ligne bleue doit être implantée à l’angle de la rue Jean-Talon et du boulevard Pie-IX ; un tunnel piétonnier doit permettre la connexion entre ces deux modes de transports collectifs.

Le conseil municipal aura également à se prononcer sur une hausse de 52 000 $ des coûts d’accompagnement technique au chantier (la part de l’ARTM est de 122 000 $). Cet ajustement est nécessaire en prévision du démarrage des travaux, puisque AECOM, à titre de concepteur des plans et devis, devra assurer la transmission des connaissances du dossier à l’équipe de surveillance du chantier.

Selon les documents annexés à l’ordre du jour, le lancement des appels d’offres pour la construction du SRB Pie-IX doit se faire d’ici la fin du mois d’avril et les travaux devraient commencer en octobre prochain. La facture sera partagée entre Québec, par l’entremise de l’ARTM, et la Ville de Montréal, dans une proportion de 70 % contre 30 %.

Importations de tonnes de haschisch

La GRC a enquêté du Pakistan jusqu'en Italie

Le procès d’un homme accusé d’avoir importé du haschisch en grande quantité lève le voile depuis hier sur une vaste enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui sera pour les jurés un « casse-tête » dont ils devront placer les morceaux un à un, a averti la poursuite dans sa déclaration d’ouverture.

Ce procès est celui d’Alain Charron, 69 ans, accusé d’avoir participé à trois importations de plusieurs tonnes de résine de cannabis en provenance du Pakistan, à l’automne 2010. La procureure de la Couronne fédérale, Me Carly Norris, a expliqué qu’à deux reprises, la drogue est arrivée dans le port de Montréal dans un conteneur maritime, et la troisième fois par train, en provenance des États-Unis.

L’enquêteur principal de ce projet baptisé Celsius, Francis Martin, de la GRC, a témoigné hier et est revenu sur les débuts de l’enquête.

Celle-ci a commencé lorsqu’un policier de la GRC en poste au Pakistan a avisé ses collègues de Montréal qu’un conteneur suspect était destiné à une adresse dans la métropole. Ce conteneur devait quitter le Pakistan pour Gênes, en Italie, où il devait être chargé sur un autre bateau, à destination de Montréal.

Emballages de café et de shampoing

M. Martin et des collègues se sont rendus au port de Gênes en août 2010. Ils ont ouvert le conteneur, de façon à ne pas briser les scellés sur des portes, et ont découvert sept tonnes de résine de cannabis. Les policiers ont remplacé la drogue par du sel et laissé partir le conteneur, non sans auparavant avoir installé des dispositifs d’alarme, de suivi et d’interception de communication dans deux boîtes et dans l’une des portes du conteneur.

Plus tard, après avoir reçu des informations, les policiers se sont rendus au port d’Anvers, en Belgique, et ont trouvé plus de deux tonnes de haschisch caché cette fois dans des boîtes contenant des emballages de café et de shampoing. Ils ont remplacé la drogue par du placoplâtre, installé les mêmes dispositifs de surveillance et laissé le conteneur poursuivre sa route.

En examinant les papiers des deux entreprises qui ont commandé la marchandise, les limiers ont constaté que les numéros de télécopieur étaient ceux de deux hôtels de Montréal. Sur les caméras de surveillance de ces hôtels, les policiers ont identifié deux individus dont les noms apparaissent dans les chefs d’accusation : Brian Forget et George Morton.

Lorsque le premier conteneur, celui arrivé d’Italie, a quitté le port de Montréal à bord d’un camion semi-remorque, les enquêteurs ont filé le conducteur qui a laissé le conteneur dans un stationnement de l’arrondissement de LaSalle.

Lorsqu’ils se sont approchés du conteneur, ils ont réalisé que des autocollants avaient été apposés sur son numéro d’identification de façon à le modifier et que les scellés sur les portes avaient été enlevés. La plaque d’immatriculation de la remorque avait aussi été changée.

En visionnant les images des caméras de surveillance du stationnement, les policiers ont vu entrer et sortir des véhicules qui, croient-ils, étaient utilisés par Morton et Forget.

Le témoin a aussi raconté que durant l’enquête, il s’est rendu à Huntingdon, où du haschich a aussi été retrouvé dans un wagon de train.

En ce premier jour du procès, le nom de M. Charron n’a pas encore été entendu dans la preuve présentée. Le procès, qui doit durer six semaines, est présidé par le juge Guy Cournoyer de la Cour supérieure et se déroule devant un jury composé de 13 personnes, sept hommes et six femmes. Le siège du juré numéro un est inoccupé.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Sources journalistiques

Marie-Maude Denis devra se tourner vers la Cour suprême

La journaliste Marie-Maude Denis, de Radio-Canada, devra se tourner vers la Cour suprême pour contester l’obligation de révéler ses sources. La Cour d’appel a déterminé, hier, qu’elle n’avait pas la compétence pour entendre l’appel d’un jugement qui contraint Mme Denis à témoigner au procès de l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau, de Marc-Yvan Côté et de quatre coaccusés. La Cour supérieure a ordonné à la journaliste de livrer des renseignements au sujet de deux de ses reportages. Ce témoignage a été demandé dans le cadre de la requête des accusés pour arrêt des procédures en raison de fuites médiatiques. Ils disent vouloir entendre Marie-Maude Denis afin de déterminer si ces fuites ont été orchestrées par de hauts dirigeants de l’Unité permanente anticorruption. L’avocat de Mme Denis dispose de 60 jours pour demander une autorisation d’en appeler devant la Cour suprême. — La Presse canadienne

Assemblée nationale

Accrochage au sujet du port d’une kippa

Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée s’est plaint lors de la période de questions que le libéral David Birnbaum ait pu porter une kippa pour commémorer l’holocauste, mercredi, alors que lui-même s’était vu interdire de porter un signe partisan hier au Salon bleu. Selon M. Lisée, tous les députés devraient pouvoir porter les signes religieux ou politiques qu’ils souhaitent. Le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, a demandé hier au chef péquiste de retirer l’épingle du PQ qu’il portait sur son veston, puisque cela n’est pas permis selon les règles établies par le Bureau de l’Assemblée nationale. « Je suis d’accord que le député portait la kippa. Je suis d’accord avec lui, et [je crois] que nous devrions aussi pouvoir afficher nos convictions politiques. C’est ma conviction, l’égalité de droits », a dit le chef péquiste. Le député libéral de D’Arcy-McGee, David Birnbaum, s’est dit « étonné » de la sortie de M. Lisée.

— La Presse

Politique

Martine Ouellet met en demeure Radio-Canada

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, menace de poursuivre Radio-Canada, l’animatrice Catherine Perrin et deux psychologues en raison d’un segment de l’émission Médium large, où, affirme-t-elle, ils auraient laissé entendre qu’elle avait des problèmes de santé mentale. Le 2 mars dernier, les psychologues Hubert Van Gisjeghem et Rose-Marie Charest ont été invités au micro de Catherine Perrin pour discuter de personnes dont la personnalité les amène à penser qu’elles ont toujours raison, peut-on lire dans la sommation formelle d’excuses que l’avocat de Martine Ouellet a acheminée à la société d’État. Selon ce document, le segment de l’émission répondait à « une question qui, de toute évidence, visait notre cliente ». « Ce qu’ils ont fait est très grave et dépasse complètement les limites. Du jamais vu ! Un chef de parti qui se fait diagnostiquer en ondes, c’est un dangereux précédent et une dérive inquiétante », a dit la chef bloquiste. Radio-Canada a rejeté ces allégations. 

— Hugo Pilon-Larose, La Presse

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