CRITIQUE

Coït maléfique interrompu

Blair Witch(V.F. : La légende Blair)Film d’horreurD’Adam WingardAvec James Allen McCune, Callie Hernandez, Valorie Curry1 h 292 étoiles

La salle de cinéma était remplie de gagnants de concours ayant obtenu le privilège de voir en primeur Blair Witch, sorte de suite du film-révélation en found footage qui avait révolutionné le genre à la fin du XXe siècle.

Il fallait d’abord endurer l’employée de la promotion venue égrener la liste des commanditaires, grâce à qui le visionnement du film deux jours avant le commun des mortels était possible.

Mais qu’importe, puisque les attentes semblaient élevées, notamment en raison du mystère enveloppant la sortie de ce film surprise, rappelant J.J. Abrams qui a récemment sorti un deuxième Cloverfield de son chapeau après avoir prétendu travailler sur un film baptisé The Cellar.

Le réalisateur Adam Wingard (The Guess) l’a imité en annonçant au cours de l’été, au Comic-Con de San Diego, que son The Woods en chantier était en réalité une nouvelle suite à The Blair Witch Project.

On chuchotait même que l’équipe du film avait été tenue au plus grand secret et que le scénario s’inscrivait dans la même veine que celui du film original, faisant totalement abstraction de la suite désastreuse de 2000, qui avait récolté des millions de Razzie Awards.

Tout ça pour dire que l’action du nouvel opus reprend là où le premier nous avait laissés, soit avec les bandes vidéo retrouvées dans la forêt de Black Hill, sur lesquelles trois jeunes cinéastes documentant le mythe de la sorcière de Blair se volatilisaient mystérieusement.

Déterminé à retrouver sa sœur disparue dans le premier film (celle terrifiée qui se filmait de proche), James Donahue (James Allen McCune) relance donc une expédition au cœur de la forêt maudite du Maryland.

Le jeune homme, charismatique comme une roche volcanique, recrute quelques amis, dont une cinéaste en herbe motivée, mais aussi un couple de l’endroit un peu bizarroïde qui affirme avoir découvert les bandes vidéo et propose de servir de guide.

Tout ce beau monde se retrouve donc à camper dans le bois et réalise en une nuit que la légende de Blair est aussi réelle que l’imminente paternité de Mick Jagger.

LA MÊME RECETTE, SANS L’EFFET DE SURPRISE

Et c’est malheureusement à partir de là que tout s’écroule. Le film suit la même recette que le premier, dépouillé de l’effet de surprise. Les personnages ne cessent de s’empêtrer dans tous les pièges à cons possibles – aller chercher du bois tout seul dans une forêt maléfique, c’est non ! –, si bien qu’on se met à espérer que la sorcière les trucide de façon sadique et pleinement méritée.

On étire la sauce technologique jusqu’à plus soif, pour nous faire comprendre qu’on est au XXIe siècle. GoPro, caméras de toutes sortes, GPS, drone : les joujoux prennent toute la place, ce qui n’empêche pas les satanées piles des lampes de poche de tomber à plat toutes les cinq minutes. L’effet de la sorcellerie, sans doute.

Les dialogues sont minces et les personnages aussi subtils qu’un participant de Célibataires et nus. Ça riait souvent dans la salle, ce qui est mauvais signe.

Par chance, vous agripperez le bras de votre voisin à quelques reprises. Le réalisateur s’est lâché lousse dans le sursaut, l’angoissant travelling dans la forêt à la lampe de poche, les bruits inquiétants, les cris d’effroi et même les trucs qui bougent sous la peau. Un bon condensé de tout ce qui donne la frousse, quoi !

Mais si tous les morceaux sont en place, il manque la colle pour justifier cette suite, que personne ne réclamait d’ailleurs vraiment.

Comme dans le premier film, la sombre randonnée pédestre culmine vers cette maison perdue dans la forêt, où se déroulent quelques moments forts du film.

Pas de grimoire, de pentacle ou de chapeau-lune, mais on en apprendra un peu plus sur la sorcière de Blair.

Mais comme l’idée de la peur est plus terrifiante que la peur elle-même, on reste malheureusement sur notre faim en sortant de la salle.

À voir si on n’a jamais vu le premier ou ce type de faux documentaire.

Et si, d’aventure, l’envie prenait à quelqu’un de ressusciter à nouveau la sorcière de Blair, de grâce, faites-le en 3D. Tant qu’à se taper un mauvais film d’horreur, aussi bien le faire de proche.

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