CRITIQUE

Un portrait sans nuances

SnowdenDrame biographique D’Oliver StoneAvec Joseph Gordon-Levitt, Shailene Woodley, Nicolas Cage2 h 142 étoiles

Edward Snowden, ancien crack informatique de la CIA, a révélé en 2013 à des journalistes que le gouvernement des États-Unis surveillait non seulement les appels, courriels et fréquentations numériques de dizaines de millions d’Américains, mais aussi les activités d’entreprises telles Apple, Google ou Facebook.

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe médiatico-politique, mettant l’administration Obama dans l’embarras. L’histoire de la rencontre entre la documentariste Laura Poitras, le journaliste Glenn Greenwald et Edward Snowden, traqué depuis par la justice américaine et contraint de vivre comme un fugitif en Russie, a déjà fait l’objet d’un film, Citizenfour, Oscar du meilleur documentaire en 2015.

Un an plus tard, Oliver Stone a tiré de cet épisode une fiction, intitulée Snowden. Alors que le documentaire de Laura Poitras était aussi efficace qu’un thriller de John le Carré, le film d’Oliver Stone, qui reconstitue plusieurs scènes de Citizenfour, n’en est malheureusement qu’une bien pâle copie.

Une histoire en or, réduite au « tout blanc, tout noir ».

Il faut dire que depuis Platoon, Wall Street et Born on the Fourth of July à la fin des années 80, Stone, qui a eu 70 ans hier, n’a guère eu la main heureuse. Ce n’est pas avec Snowden qu’il risque de redorer son blason, même s’il trouve là le sujet idéal pour confirmer les théories du complot qui l’obsèdent depuis des décennies.

S’il fait écho à un scandale irréfutable, le nouveau film biographique du cinéaste de Nixon, W. et Alexander reste manichéen à souhait, donnant sans nuances le beau rôle à Edward Snowden (interprété de manière mécanique par Joseph Gordon-Levitt), que Laura Poitras, malgré un regard bienveillant, présentait de manière autrement plus complexe. Délateur narcissique ou héros des temps modernes ? Oliver Stone ne se donne même pas la peine – ni, du reste, la possibilité au public – de se poser la question.

Le scénario de Kieran Fitzgerald accorde beaucoup d’importance à la relation de couple de Snowden, pourtant d’un intérêt discutable. Et le film donne l’impression d’avoir été tourné dans les années 90, tant sa réalisation est datée et ses idées de mise en scène, défraîchies. Snowden est un mélange de drame sentimental et de thriller cybernétique, dans un enrobage orwellien caricatural (le patron de la CIA semble tout droit sorti de 1984).

On ne s’étonne pas, d’ailleurs, d’apprendre qu’Edward Snowden, qui a une apparition éclair (cameo) dans le film, a eu un certain droit de regard sur ce portrait très flatteur. L’histoire de celui qui a levé le voile sur le vaste programme clandestin de surveillance électronique orchestré par la National Security Agency (NSA) méritait mieux qu’une hagiographie aussi peu nuancée.

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