CRITIQUE

Douces provocations

Embrasse-moi comme tu m’aimesComédie dramatiqueD’André ForcierAvec Juliette Gosselin, Émile Schneider, Céline Bonnier, Mylène Mackay1 h 463 étoiles et demie

Cinq ans après Coteau rouge, qui lui a valu pas moins de huit sélections au Gala du cinéma québécois (anciennement les Jutra), celui que l’on surnomme toujours « l’enfant terrible du cinéma québécois » est de retour avec un film aussi foisonnant qu’inégal, duquel émergent parfois des moments de grâce.

La grande force du cinéma d’André Forcier repose sur une vision totalement originale et personnelle, de laquelle émane un goût très assumé de la provocation. Cela dit, l’approche du cinéaste n’est jamais agressive. Il aime jongler avec tous les tabous, ça c’est sûr, tout en prenant bien soin d’extirper de ses personnages leur bonne dose d’humanité et de tendresse.

Le récit d’Embrasse-moi comme tu m’aimes, campé dans le Montréal des années 40, est construit autour d’un « couple » particulier. Berthe et Pierre (Juliette Gosselin et Émile Schneider, tous deux excellents) sont jumeaux. Elle est handicapée depuis toujours. Leur mère (Céline Bonnier) ayant du mal à assumer son rôle, Pierre veille sur sa sœur et prend soin d’elle. Maintenant qu’ils sont devenus adultes, le trouble s’installe quand leur attirance mutuelle commence à dépasser le cadre fraternel. Mais en fait, tout n’est pas si simple.

L’un comme l’autre tentera en effet de trouver l’amour ailleurs. Pierre, qui aimerait rejoindre l’armée pour aller au front en Europe, s’amourachera de celle qui était promise à son meilleur ami, une jeune femme (Mylène Mackay) qui n’aurait pas hésité à devenir pilote – si l’armée l’avait permis – pour aller chasser du nazi.

De son côté, Berthe jettera son dévolu sur un homme rencontré par hasard, raffiné, plus mûr (Tony Nardi), professeur d’italien d’un célèbre chanteur d’opéra.

Outre le fait que l’arrivée de cet homme fera aussi beaucoup d’effet auprès de la mère des jumeaux, le problème reste quand même entier. Berthe ne peut ignorer l’amour total qu’elle éprouve pour son frère, et Pierre, qui refuse pourtant cet amour charnel, ne peut se défaire des images qui s’incrustent régulièrement dans ses pensées inavouables.

UNE GALERIE TROP IMPOSANTE

Autour de cette histoire centrale gravite une galerie de personnages – tous très colorés, il va sans dire – dont les petites et grandes perversités évoquent autant de facettes de la nature humaine.

On retrouve évidemment chez Forcier le même sens de la réplique assassine, ainsi que cette façon de créer des scènes très drôles de façon complètement inattendue.

La séquence où deux gars « de construction » traversent inlassablement l’écran d’un sens à un autre en validant les noms de ceux qui ont été « callés » est du plus bel effet. La liaison « clandestine » qu’entretient le personnage qu’incarne Antoine Bertrand aussi…

La présence de si nombreux personnages – on ne compte plus le nombre d’acteurs mentionnés au générique – comporte toutefois un revers. On s’éparpille un peu. Le récit aurait sans doute gagné à être resserré autour des personnages principaux et de quelques personnages périphériques. Cela dit, Embrasse-moi comme tu m’aimes comporte assez de temps forts pour susciter l’adhésion, surtout auprès de ceux qui apprécient déjà l’univers particulier du réalisateur de L’eau chaude, l’eau frette.

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