LA PLANÈTE ÉCONOMIQUE

Brexit doux ou dur, le Royaume-Uni souffre déjà beaucoup

L’heure de vérité approche pour Theresa May. À moins d’un imprévu, c’est demain que le Parlement britannique votera sur le projet de Brexit de la première ministre britannique. 

Les députés ont adopté la semaine dernière un amendement forçant le gouvernement à revenir rapidement devant eux s’ils devaient rejeter, comme c’est probable, l’accord de divorce conclu fin novembre avec l’Union européenne (UE).

Mme May n’aura alors que trois jours pour leur soumettre un plan B. Très peu de temps, donc, pour obtenir de nouvelles concessions de Bruxelles.

Sinon ce sera un Brexit dur, donc sans accord de libre-échange, à la date butoir du 29 mars. Ou peut-être un nouveau référendum, alors que l’option du « Remain » (ou rester dans l’UE) a une avance de 4 à 6 points dans les sondages.

Quoi qu’il advienne, le feuilleton du Brexit a déjà fait des dégâts énormes dans presque tous les secteurs de l’économie britannique.

La City saigne

D’abord, les cerveaux et l’argent continuent de fuir la City, le cœur financier de Londres.

TransferWise, important groupe de fintech (technologie financière), a annoncé la semaine dernière l’établissement d’un bureau à Bruxelles pour faire face au Brexit.

Compte tenu de la taille de la firme – 1400 employés dans le monde, dont environ 200 à Londres –, la décision est presque marginale. Mais l’accumulation de déménagements fait de plus en plus mal.

Selon le tout nouveau décompte du cabinet EY, qui sonde chaque trimestre 222 entreprises de la City, 7000 emplois ont été ou vont être déplacés « à court terme » du centre financier londonien vers l’Union européenne.

S’ajoutent à cela 2000 personnes que ces sociétés ont recrutées dans différents pays de l’UE.

En tout, c’est donc 9000 emplois bien payés que la City a perdus.

Or, le Brexit coûterait jusqu’à 12 000 emplois financiers au pays de Sa Majesté, a prévenu la semaine dernière un haut responsable de la City.

C’est sans compter qu’EY évalue qu’environ 800 milliards de livres (1360 milliards CAN) d’actifs ont été transférés vers le reste de l’UE depuis le vote de juin 2016.

L’automobile passe en marche arrière

Les dégâts dans le secteur industriel sont aussi très importants, en particulier dans l’automobile.

Encore jeudi dernier, le groupe Jaguar Land Rover a annoncé la suppression de 4500 emplois, soit plus de 10 % de ses effectifs, face à une activité déprimée par la crise sur le diesel, la Chine, mais aussi par les incertitudes dues au Brexit, dit-il. Le lendemain, Ford annonçait l’élimination de 1150 emplois au « UK » dans le cadre de sa vaste restructuration en Europe.

Jaguar avait menacé l’été dernier de réduire ses dépenses dans le pays en cas de Brexit sans accord, qui réduirait ses profits de 1,2 milliard de livres par an.

Or, tous les constructeurs actifs au Royaume-Uni, dont Toyota et BMW (Mini), ont prévenu qu’un Brexit dur les forcerait à revoir leurs plans.

« Nous serions alors forcés de construire aux Pays-Bas », a prévenu Harald Krüger, patron de BMW, au Mondial de Paris l’automne dernier. Par prudence, l’usine britannique de Mini fermera d’ailleurs en avril pour laisser passer la tempête.

Depuis des mois, les constructeurs présents au Royaume-Uni peaufinent leur plan de secours. On redoute d’autres soubresauts de la livre, qui a déjà perdu plus de 10 % face au dollar américain, et le retour des droits de douane entre le continent européen et l’archipel britannique. 

Faute d’accord, l’import-export de véhicules sera taxé à hauteur de 10 % en vertu des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Selon le lobby industriel SMMT, 186 000 travailleurs dépendent directement du secteur automobile au Royaume-Uni, et plus de 850 000 indirectement.

Immobilier : la bulle se dégonfle

L’immobilier, un des secteurs les plus « hot » de l’économie britannique depuis 10 ans, est aussi en train de se dégonfler, alors que les prix des maisons ont enregistré en novembre leur plus forte baisse en six ans.

Selon Rightmove, un portail immobilier, les prix des maisons ont baissé en moyenne de 1,7 % sur un mois. Concrètement, cela se traduit par un manque à gagner d’environ 5000 livres pour les propriétaires.

Rightmove soutient que la baisse des prix reflète avant tout les effets du Brexit. Les propriétaires auraient décidé d’ajuster leurs prix pour séduire des acheteurs plus jeunes qui s’inquiètent des effets du divorce UK-Europe.

Pour sa part, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, entrevoit rien de moins qu’une catastrophe. Il a récemment prévenu que les prix de l’immobilier baisseraient de 25 à 35 % en trois ans en cas de Brexit sans accord.

Dans certains quartiers de Londres, les prix ont déjà reculé de 15 à 20 %, selon le quotidien The Guardian.

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