Chronique

Les turbulentes prémices d’une correction

Comme en témoigne la température maussade persistante des derniers jours, on a la confirmation que le mois d’octobre est bien en selle. Les investisseurs aussi peuvent en témoigner, puisque la turbulence qui afflige les marchés boursiers depuis deux jours nous rappelle combien octobre peut être synonyme de formidables débâcles.

Pour une deuxième journée de suite, les Bourses nord-américaines ont enregistré de forts reculs. Mercredi, le Dow Jones a connu sa pire séance depuis le mois de février en perdant plus de 800 points, ou 3,15 % de sa valeur.

Les indices S&P 500 et NASDAQ ont encaissé des pertes plus importantes encore avec des reculs respectifs de 3,2 % et 4,08 %. La Bourse de Toronto – toujours un peu décalée par rapport à ses semblables nord-américaines – s’en est tirée avec un recul de 2 %.

Bon, après cette séance tumultueuse qui a été rapidement attribuée à la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis, on pensait que les marchés allaient se ressaisir et reprendre un peu de leur allant.

Pas du tout. La forte baisse de mercredi s’est plutôt répercutée durant la nuit sur les Bourses asiatiques, qui ont enregistré des pertes importantes de l’ordre de 4 à 5 %. Les Bourses européennes, déjà fortement en baisse depuis le début de l’année, ont aussi présenté des rendements négatifs.

Hier matin, donc, on pouvait prévoir le pire même si les investisseurs ont tenté de calmer le jeu en rachetant principalement des titres de technologie, qui avaient été fortement touchés la veille. Cette manifestation de bonne volonté a été de courte durée. La morosité d’octobre a finalement pris le dessus, et les indices se sont remis à planter.

Résultats : le Dow Jones a terminé la séance d’hier avec un déficit de 545 points, ou 2,13 %, le S&P 500 a enregistré un recul de 2,06 %, le NASDAQ a encaissé une perte de 1,25 % et notre TSX a perdu 1,29 % de sa valeur.

Mine de rien, les Bourses américaines ont connu hier une sixième séance de recul de suite, la plus longue séquence négative depuis l’élection de Donald Trump.

Et ce n’est pas pour rien que le vindicatif président des États-Unis s’en est pris ouvertement hier à la Réserve fédérale, déclarant que la banque centrale américaine était rien de moins que folle de hausser les taux d’intérêt comme elle a décidé de le faire trois fois depuis le début de l’année.

Depuis près de deux ans, Donald Trump se gargarise de la hausse soutenue des marchés boursiers américains qui témoigne, selon lui, du grand succès de ses politiques économiques protectionnistes.

De voir et de penser que son principal argument électoral risque de s’effondrer a amené Donald Trump à critiquer publiquement la politique monétaire de la Réserve fédérale, ce qu’un président en exercice n’aurait jamais osé faire ouvertement avant lui.

La réalité rattrape Trump

Le président américain, cependant, occulte certaines données dont il tire pourtant largement profit dans sa rhétorique du « Make America Great Again ».

Le taux de croissance de l’économie américaine a progressé de 4,2 % au deuxième trimestre et, selon les économistes, il devrait avoir poursuivi sa progression d’encore 3,7 % au troisième trimestre.

À 3,7 %, le taux de chômage américain est à son plus bas niveau des 50 dernières années. Matthieu Arseneau, économiste en chef adjoint à la Banque Nationale, me signalait hier que les salaires aux États-Unis ont enregistré au cours des trois derniers mois leur plus forte progression des 10 dernières années.

Voilà en bref autant d’éléments qui servent à alimenter l’inflation. Or en septembre, le taux d’inflation a progressé de 2,3 % après avoir atteint 2,7 % en août. Le taux directeur de la Réserve fédérale se situe aujourd’hui à 2,25 %, soit en deçà du taux d’inflation, ce qui laisse encore une marge à la banque centrale pour hausser son taux directeur.

Après neuf ans de croissance économique soutenue et de valorisation boursière quasi ininterrompue, les Bourses nord-américaines sont mûres pour une correction qui, rappelons-le, survient lorsqu’un indice retranche 10 % de sa valeur sur une période continue. Le NASDAQ a connu des pertes de 8 % depuis l’atteinte de son sommet historique en août.

Neuf ans de marché boursier haussier, c’est long. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la durée de vie moyenne des marchés haussiers a été de quatre ans. Le cycle actuel de neuf ans est le deuxième en importance, pour la durée, au cours des 70 dernières années.

Le plus long marché haussier de l’histoire aux États-Unis a été enregistré de 1987 à 2000 et il a coïncidé avec la plus longue phase d’expansion économique américaine, qui a duré 10 ans, de novembre 1991 à septembre 2001.

Petit rappel pour ceux que le mois d’octobre interpelle : le plus long « bull market » de l’histoire a débuté tout juste après le retentissant krach boursier d’octobre 1987. C’est comme ça.

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