Entrevue

Valérie Plante, le style et la politique

Depuis son élection, nous avions remarqué le style discret et élégant de la mairesse de Montréal Valérie Plante. Un détail superficiel ? Oh que non. La tenue vestimentaire des élus, particulièrement celle des femmes, est constamment scrutée à la loupe. Discussion autour de la question avec la mairesse, dans son bureau de l’hôtel de ville.

Elle porte une jupe droite noire, un fin corsage à larges rayures et des escarpins. Valérie Plante confie d’emblée qu’elle aime beaucoup parler de mode, car c’est une façon d’exprimer sa personnalité. C’est aussi la volonté de projeter une image, mais attention, elle ne souhaite pas juger qui que ce soit sur les apparences.

« J’ai un rapport ambigu avec les vêtements, car on juge tellement plus durement les personnalités publiques féminines sur leur apparence que les personnalités masculines », constate-t-elle. 

« Je suis féministe, il y a cette idée qu’on ne veut pas être jugée sur ce qu’on porte, mais depuis que je suis toute petite, la façon dont je m’habille a toujours été pour moi une façon d’exprimer qui je suis. »

— Valérie Plante

 « C’est donc tout naturellement que mon style s’est adapté à mon mode de vie et à mes obligations. Je ne juge pas ce que portent Catherine Dorion ou Safia Nolin. Ce n’est pas moi qui vais dire aux gens ce qu’ils doivent porter. »

Elle se rappelle les commentaires publiés à son sujet sur les médias sociaux pendant la course à la mairie : « Vos cheveux sont trop foncés, vous avez l’air sévère, pourquoi avoir mis telle chose, ou vous riez trop. » « Le jugement est différent quand on est une femme. Ça me fait plaisir de bien me vêtir, mais quand je regarde mes collègues masculins qui doivent peut-être s’acheter deux ou trois costumes par année, quelques cravates et chemises, moi, ça n’a vraiment rien à voir », dit-elle, ajoutant que pour les femmes, c’est beaucoup plus complexe.

Lors de sa campagne pour la mairie de Montréal, parce qu’elle voulait avant tout qu’on se concentre sur son message et non pas sur ce qu’elle portait, Valérie Plante a mis surtout des tailleurs. Elle a décidé de travailler avec une styliste, dont elle a retenu les conseils, car la mairesse s’occupe seule du choix et de l’achat de toutes ses tenues vestimentaires (à noter qu’il n’y a pas de budget alloué pour ses tenues).

La styliste lui a conseillé d’éliminer les chaussures de fantaisie, d’opter pour la simplicité et d’intégrer les couleurs dans sa garde-robe comme le vert et le bleu. « Ça me va très bien, les couleurs, car avant, je mettais vraiment beaucoup de noir », confie la mairesse. D’ailleurs, la robe qu’elle portait le jour de sa victoire le 5 novembre 2017, est une robe verte achetée chez Éditions de robes. « Je suis allée magasiner quelques jours avant avec Marie Plourde [conseillère d’arrondissement du district Mile End] qui est une fashionista, et quand j’ai essayé cette robe verte très bien coupée, faite avec un tissu qui tombe bien, on s’est dit : “C’est une vraie robe de mairesse”, et je le suis devenue ! »

La robe bleue (Éditions de robes) portée lors de sa prestation de serment est devenue « sacrée » dit-elle, comme une robe de mariée. « Je n’ose plus la remettre, mais elle est tellement magnifique ! Je me souviens, j’ai hésité avec la même en rose, mais on se disait : “Oh, c’est trop évident, avec la ligne rose.” Finalement, je l’ai prise en bleu, et quand je suis arrivée sur le tapis rouge en robe bleue, c’était parfait ! Je ne l’ai remise qu’une seule fois à Marrakech lors d’une mission, j’étais à l’étranger, alors ce n’était pas pareil, mais sinon, je ne pense plus la porter. »

Depuis, elle continue de porter les créations de la marque montréalaise Éditions de robes, car les robes constituent pour elle des incontournables, été comme hiver. « Mon style est assez épuré, moderne, intemporel, et je me permets quelques petites touches un peu plus funky. Je porte aussi beaucoup de robes et tailleurs de Judith & Charles, une autre marque d’ici. Ça va parfaitement bien avec ma silhouette, je ne suis pas grande, j’ai des courbes, et les lignes épurées me vont très bien », observe-t-elle. « J’ai aussi une robe magnifique signée Denis Gagnon et une autre UNTTLD que j’ai portée lors d’un gala. Je me gâte beaucoup ! », avoue-t-elle.

Certains tailleurs qu’elle porte ont été faits sur mesure par Gamache Tailleur, une boutique de la Plaza St-Hubert, située près de chez elle. Dans la même rue, elle fréquente aussi la boutique Belle & Rebelle, où elle y trouve ses tenues décontractées du week-end (de marques québécoises) ainsi que des bijoux de créateurs locaux. Elle apprécie également les bijoux de L’Atelier Épure, des bagues et boucles d’oreilles discrètes, des joaillières du Mile End.

Elle tente, le plus possible, de porter des vêtements de créateurs et de marques d’ici.

« À titre de première mairesse de Montréal, ce que je porte est important. Je veux évidemment que ça me mette en valeur, mais aussi qu’on remarque le travail des designers d’ici. Je les porte fièrement et c’est une belle façon de les faire voyager, quand je suis à l’étranger. »

— Valérie Plante

Elle aime bien magasiner, c’est, pour elle, un moment de détente. Elle se déplace avec son chauffeur-garde du corps qui apprécie la mode aussi. « Il a beaucoup de goût ! On fait une très bonne équipe, car il me fait des remarques très pertinentes ! »

Et le confort dans tout ça ? « Comme femme et féministe, j’ai toujours revendiqué mes chaussures à talons dans mon identité. Quand je trouve une paire de talons qui est confortable, je peux en acheter trois paires d’un coup ! »

On a d’ailleurs découvert que dans l’armoire de son bureau se cachent quelques paires de chaussures. La mairesse affirme qu’elle a aussi des tenues de rechange dans une penderie, dans une petite pièce à côté de son bureau.

Dans une journée, elle peut avoir de cinq à dix événements différents, une conférence de presse, une rencontre avec un ministre ou des groupes communautaires, des visites sur le terrain, il faut qu’elle soit prête à tout. « Je pense que les gens veulent avoir une mairesse qui est toujours chic, élégante et souriante, et c’est tout à fait normal. » 

Elle ne peut plus se déplacer à vélo entre deux rendez-vous, comme elle le faisait avant. « J’étais très équipée, j’avais un tailleur et en dessous des leggings, mes talons étaient dans mon panier, derrière sur mon vélo », raconte-t-elle. « C’est ce que je trouve beau à Montréal, les femmes qui font du BIXI en talons et les hommes en veston-cravate ! »

La fin de semaine, elle s’accorde un certain relâchement. « Je vais être en mou ! s’exclame-t-elle. Mon fils me dit : “Maman, ne ris pas, on va te reconnaître !” Pas besoin de rire, je vais sortir sans être coiffée ni maquillée et les gens me reconnaissent ! »

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