Éditorial Paul Journet

Le cosmos selon Trump

Donald Trump ne fait pas seulement peur sur la planète Terre. On s’inquiète également de son influence dans le cosmos, car il aimerait laisser sa marque là-aussi.

Un passage dans son dernier budget étonne. Le président américain veut cesser plus tôt que prévu de financer la Station spatiale internationale (SSI). Et il veut que le privé prenne le relais. Il prévoit injecter 150 millions de dollars l’année prochaine pour que l’industrie se prépare à mener des recherches et développer des technologies en basse orbite.

M. Trump privatise-t-il l’espace?  Pas immensément plus que ses prédécesseurs.

En fait, la réponse dépend du sens donné à l’expression « privatiser ».

Elle désigne trois choses en même temps : recourir au privé pour les volets techniques des missions ; céder au privé de la science de ces missions ; et enfin commercialiser les ressources de l’espace, comme les minerais d’un astéroïde.

Le premier volet n’a rien de neuf, et n’est pas forcément mauvais. Ce second volet inquiète plus avec M. Trump. Quant au troisième, il reste pour l’instant théorique.

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Mais la principale inquiétude ne vient pas de ce qu’il céderait au privé. Elle vient plutôt de ce qu’il renoncerait à faire avec l’État, soit promouvoir la recherche fondamentale et la science climatique.

Après l’explosion de la navette Columbia en 2003, les États-Unis ont décidé de mettre progressivement fin à leur programme de navettes. Depuis 2011, il faut désormais utiliser les capsules russes pour envoyer un astronaute dans l’espace. C’est ainsi qu’en novembre prochain, le Québécois David Saint-Jacques se rendra à la SSI à bord d'un Soyouz russe. Cela blesse l'orgueil américain.

Bien sûr, le nouveau projet Orion de la NASA pourrait relancer le programme, mais il a souvent été reporté et modifié. En attendant, une autre solution émerge: recourir aux fusées et navettes de Space X (Elon Musk) ou de Blue Origin (Jeff Bezos). Ces entreprises n’offrent qu’un taxi vers l’espace – d’ailleurs, elles y font déjà du ravitaillement. L’important est ce qu’on fait une fois là-haut.

Ce recours au privé pourrait même être positif. Les États-Unis pourraient en profiter pour concentrer leurs investissements dans les missions scientifiques – la recherche fondamentale.

Malheureusement, le contraire s’observe. Depuis le début des années 90, le budget de la NASA baisse de façon lente, mais constante. 

Certes, personne ne s’attend à un investissement comparable à celui de la course vers l’espace. Mais on assiste à un rapetissement de la NASA, pendant que le budget de la défense, lui, s’obésifie encore. On ne peut promettre la Lune en grattant les sous.

Car comme les président W. Bush et Obama, M. Trump promet bel et bien la Lune, et plus... Le mois dernier, il a repris leurs objectifs en annonçant que des astronautes y retourneraient durant la prochaine décennie, puis iraient sur Mars après 2030. Tant mieux si l’ambition revient à la NASA. Mais pour l’instant, les moyens ne sont pas à la hauteur des ambitions.

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L’annonce de M. Trump qui étonne davantage est son intention de céder la SSI au privé. Difficile toutefois de comprendre ce que cela implique. Comme l’explique Robert Lamontagne, coordonnateur du Centre de recherche en astrophysique du Québec, la SSI atteindra bientôt sa fin de vie utile. Elle se situe à environ 450 km de la Terre, en basse orbite. Il faut périodiquement allumer les moteurs pour l’empêcher de perdre de l’altitude, ce qui coûte cher. De plus, l’essentiel des expériences scientifiques dans cette zone a été réalisé. Elle devient donc à la fois plus coûteuse et moins nécessaire. Il est normal de passer à la prochaine étape, les missions habitées en zone plus éloignée.

Mais la SSI reste un investissement public de nombreux pays, y compris le Canada. Elle n’a pas à être bradée à des entreprises qui visent d’abord à enrichir leurs actionnaires.

Est-ce que ce sera le cas? Qui payerait pour quoi? Les vagues intentions du budget ne permettent pas de le savoir.  

Pour l’instant, ce n’est pas du privé qu’il faut se méfier. C’est de l’État ! M. Trump veut nommer à la tête de la NASA Jim Bridenstine, un républicain climatosceptique. Il veut aussi supprimer les programmes de l’agence qui mesurent le réchauffement climatique, comme le radiomètre RBI et les projets Plankton, Aerosol, Ocean et Cloud. Et il veut réduire les dépenses en recherche fondamentale, entre autres en éliminant le projet de télescope infrarouge WFIRST, qui aiderait à répondre à des questions oisives, comme celle sur l’essence de l’univers…

Le président a choisi sa priorité : parler de projets qui font flotter le drapeau américain en gros plan. En se préoccupant plus de leur dévoilement en conférence de presse que de leur réalisation.

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