Dorian

Au cœur de la tempête

Les îles de la Madeleine et la Nouvelle-Écosse n'ont pas échappé à la violence de Dorian. Les vents puissants et les pluies torrentielles ont causé des dommages, hier, et le bilan pourrait s'alourdir dans l'archipel madelinot, aujourd'hui.

Dorian

Une nuit dans la tourmente pour les Madelinots

Cap-aux-Meules — Un quai emporté par les vagues à la marina de Cap-aux-Meules. Des bateaux qui s’entrechoquent. Des routes inondées et des toitures arrachées par le vent. Les îles de la Madeleine n’ont pas échappé à la violence de Dorian.

Au moment de publier, tard dans la nuit, les vents de 150 km/h et les fortes pluies – susceptibles d’atteindre 100 mm – avaient déjà causé des dommages. Le bilan pourrait s’alourdir aujourd’hui.

À Havre-aux-Maisons, la mer avait rejoint les bâtiments voisins de la marina et menaçait la capitainerie, de même que la poissonnerie Fruits de Mer Madeleine.

La circulation était perturbée dans certains secteurs. La Grave était fermée à la circulation, ainsi qu’une section du Havre-aux-Basques, seul lien qui relie l’île du Havre Aubert à l’île centrale. La municipalité a aussi dû fermer une section de son réseau, à Gros-Cap, non loin du poste de la Sûreté du Québec.

La nuit s’annonçait difficile pour les Madelinots. « On ne sait pas de quoi notre chalet a l’air en ce moment et on ne pourra pas rentrer ce soir. On va aller dormir chez des amis », a confié à La Presse peu avant minuit Romane Lemay, une infirmière à l’hôpital de Cap-aux-Meules.

« La mer est rendue assez haute et le routes sont pas mal toutes fermées. Ce sont les roulottes et les bateaux qui en prennent un coup, il y a des vitres de pétées. »

Démentant les prévisions, Dorian n’a pas faibli en entrant en zone d’eau froide. « Dans ce cas-ci, l’affaiblissement n’est pas aussi rapide que ça l’est habituellement », a expliqué hier après-midi Bob Robichaud, météorologue de sensibilisation aux alertes au Centre canadien de prévision des ouragans.

Toute la journée, les services d’urgence ont été sur le qui-vive. La municipalité des Îles-de-la-Madeleine maintenait d’ailleurs son hôtel de ville accessible afin d’intervenir rapidement en cas de besoin. 

« Depuis la tempête de novembre 2018, les câbles optiques sous-marins sont très fragiles. Le gouvernement devait les réparer ou les remplacer. À ce jour, rien n’a été fait », a commenté le maire Jonathan Lapierre.

« On se croise les doigts afin que les câbles tiennent le coup lors de cette tempête afin d’éviter d’être à nouveau plongés dans le noir sur le plan des télécommunications. »

— Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine

Hydro-Québec a pour sa part déployé des renforts dans l’archipel. Ce sont 24 monteurs, 2 mécaniciens et du personnel de soutien qui sont venus du continent vendredi afin d’aider à sécuriser le réseau.

« Des travaux de protection ont été faits plus tôt [hier], mais le gros du travail sera fait une fois que les vents se seront calmés », a indiqué en soirée Francis Labbé, porte-parole chez Hydro-Québec.

« Les dommages ne sont pas si mal pour le moment mais ce sont les prochaines heures qui vont faire foi de tout », a-t-il ajouté, peu avant minuit.

En novembre 2018, une trentaine de poteaux avaient été endommagés et 4000 abonnés avaient été privés de courant.

Madelinots sur un pied d’alerte

Qui connaît les Madelinots connaît aussi leur solidarité. Et celle-ci s’est manifestée de nouveau pendant cette tempête parmi les plus importantes en sol insulaire.

Les utilisateurs Facebook madelinots ont été nombreux hier à offrir le gîte aux visiteurs qui n’avaient pas trouvé de solution de rechange à leur hébergement en camping.

Les publications identifiant le secteur et le nombre de chambres disponibles étaient nombreuses en cours de journée et pendant la soirée, hier. Ainsi, de nombreux visiteurs ont profité de cet élan de solidarité.

Certains propriétaires de terrains de camping ont sécurisé des salles communautaires pour accueillir les clients.

Ceux qui sont en caravane ou autre type d’hébergement motorisé se sont vu conseiller d’aller se mettre à l’abri dans les secteurs boisés. C’est le cas de Pierre, de sa conjointe Geneviève et de leur fils de 9 mois, le petit Hubert, qui sont allés se stationner au parc des Buck, avec leurs amis Charles et Audrey.

Un autre visiteur, Pierre, dit avoir mis du temps à trouver un stationnement sécuritaire. « La tempête ne m’inquiète pas, mais je voulais éviter d’être sur la trajectoire de débris potentiels ou de poteaux électriques cassés », a confié ce touriste originaire de la Bretagne.

Pour Dean, un Ontarien qui séjourne aux îles de la Madeleine pour la deuxième fois, l’inconvénient de ramasser sa tente et de s’installer en chambre au camping du Gros-Cap est compensé par la perspective d’observer des oiseaux peu communs après le passage de Dorian. Cet ornithologue amateur s’attend en effet à apercevoir des espèces plus communes au sud.

Au moment de publier, tard hier soir, les îles étaient toujours reliées au reste du monde, en dépit de nombreuses pannes d’électricité. Les câbles de fibres optiques, comme le réseau cellulaire, avaient résisté à Dorian. La tempête de novembre 2018 avait provoqué l’interruption de ces services essentiels entre l’archipel et le reste du monde.

— Avec Thomas Dufour, La Presse

Dorian

Vents destructeurs et pluies torrentielles en Nouvelle-Écosse

Arbres déracinés, fils électriques arrachés, grue tombée sur un bâtiment, plusieurs centaines de milliers de personnes privées d’électricité : dure nuit pour la Nouvelle-Écosse, qui a dû affronter, hier soir, la pire tempête à frapper son territoire depuis l’ouragan Juan, en 2003.

Des pluies torrentielles, des vagues déferlantes et de puissantes rafales allant jusqu’à 150 km/h ont été rapportées au début de la soirée dans la région d’Halifax. En Nouvelle-Écosse, près de 380 000 personnes étaient privées d’électricité en soirée hier. 

Du côté de l’Île-du-Prince-Édouard, près de 35 000 foyers et entreprises étaient sans électricité, tout comme 20 000 autres au Nouveau-Brunswick.

Dorian, ouragan désormais devenu une puissante tempête post-tropicale, a touché terre à Sambro Creek, dans la région d’Halifax, à 18 h 15, hier. 

Au début de la soirée, des taux de précipitations de 100 mm et plus avaient été enregistrés dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, selon Environnement Canada.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient qu’une imposante grue avait basculé à Halifax et s’était effondrée sur le bâtiment voisin près de la rue South Park. Aucun blessé n’a été signalé dans l’immédiat.

Dans le sud de la ville, le toit d’un immeuble résidentiel a été arraché. D’autres images montraient de nombreux arbres déracinés, des rues inondées, des débris projetés dans les airs et une promenade riveraine gravement endommagée.

La Ville d’Halifax a demandé à ses citoyens de ne pas utiliser le réseau routier en raison de la force des vents qui balayaient la région hier. 

« Dorian continuera à traverser les Maritimes en propageant des vents destructeurs et de la pluie forte ce soir », écrivait Environnement Canada hier soir.

D’importants dégâts

La tempête a causé de sérieux dégâts dans la région d’Halifax. « J’ai vu cinq arbres déracinés, certains étaient tombés sur des voitures », explique Jodi Heartz, qui se trouve à Halifax pour un court séjour. « Il y avait aussi des fils électriques arrachés. »

Un ami de Mme Heartz a vu le toit de sa maison s’envoler au-dessus de lui. « Le vent est vraiment puissant », raconte la femme originaire d’Halifax.

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent la puissance de la tempête. Une vidéo mise en ligne par CTV montrait des arbres déracinés par le vent à Porters Lake, près de la capitale néo-écossaise. 

Les autorités de la région d’Halifax ont appelé à une évacuation volontaire des résidences et des entreprises situées le long du littoral atlantique de la ville d’Halifax.

Les communautés côtières de faible altitude risquent d’être inondées puisque les prévisions annoncent une onde de tempête importante et des vagues d’une hauteur de 15 m entraînées par le vent.

La Croix-Rouge canadienne a ouvert trois abris d’urgence dans la région d’Halifax.

De l’aide d’Ottawa

Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada, Ralph Goodale, a affirmé dans un communiqué, hier, avoir reçu et accepté une demande d’aide de la Nouvelle-Écosse pour rétablir les services essentiels et assurer le bien-être du public. 

« Des membres du personnel du Centre des opérations du gouvernement coordonneront l’intervention fédérale en Nouvelle-Écosse, a-t-il dit. Les représentants travaillent étroitement avec les partenaires fédéraux et provinciaux pour planifier les détails de l’aide, y compris du soutien des Forces armées canadiennes. Le gouvernement fédéral fournira des services nécessaires pour remettre de l’aide et pour aider avec les évacuations, si nécessaire. »

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré sur Twitter que le gouvernement fédéral était prêt à aider le Canada atlantique.

— Avec La Presse canadienne

Bahamas

Les habitants d’Abaco fuient leur île dévastée

Marsh Harbour, — Bahamas — « Ici, nous allons mourir » : comme des centaines d’autres habitants, Miralda Smith tente de quitter l’île d’Abaco dévastée, près d’une semaine après le passage de l’ouragan Dorian sur les Bahamas.

Cette Haïtienne, qui vit depuis trois ans à Abaco, dans le nord de l’archipel, est arrivée hier avant l’aube au port de commerce de Marsh Harbour, principale ville de l’île. Depuis, elle attend son tour avec plusieurs centaines de personnes, après avoir passé les inspections de l’armée qui sécurise le site.

« Je veux juste quitter l’île. On n’a pas d’eau, pas d’électricité. On est en train de mourir, c’est vraiment catastrophique », souffle-t-elle, dans l’espoir de retrouver son mari bahaméen à Nassau, la capitale du pays des Caraïbes.

Assis sur leurs valises ou à même le sol, certains se protègent du soleil avec des draps ou des toiles de plastique. Ils font la queue depuis un hangar au toit arraché jusque sur le quai, où leurs bagages sont passés au crible par les militaires, puis chargés en palettes entourées de film plastique.

Ensuite, c’est encore l’attente jusqu’à ce qu’un navire accoste. Un traversier est parti pour Nassau hier matin avec 200 personnes pour une traversée de sept heures. Un autre, plus gros, devait suivre dans l’après-midi. Des bateaux de croisière touristiques servent aussi à évacuer les rescapés.

The Mudd

Ceux qui fuient sont en majorité des Haïtiens qui habitaient le bidonville tout proche surnommé The Mudd, totalement balayé par les vents.

Les maisons de tôle ont été soufflées, les voitures retournées et plusieurs dizaines de conteneurs maritimes gisent éventrés ou pliés par la force de Dorian, qui les a emportés sur plusieurs centaines de mètres.

Ilfraed Othello contemple de loin les débris de sa maison. « Je ne veux pas marcher par là-bas, il y a des morts partout », explique cet homme de 61 ans, qui s’est réfugié chez des amis pendant l’ouragan, n’emportant que son passeport et sa bible. « J’espère partir par bateau ou par avion, ça n’a pas de sens de rester ici. »

À l’aéroport aussi, c’est la cohue.

Une centaine de personnes attendent, dans des conditions difficiles, de s’enregistrer à l’intérieur du terminal, pour pouvoir prendre l’un des vols d’évacuation pour Nassau opérés par la compagnie nationale. Ils dorment par terre, sur des chaises ou dans des fauteuils, tandis que les enfants jouent.

À l’extérieur, il y a au moins autant de monde.

« Nous allons faire partir tout le monde de cette île, mais nous devons coopérer, cela va bien se passer », assure un responsable de l’aéroport en distribuant des bouteilles d’eau.

« Nous devons reconstruire »

Les femmes seules avec enfants, les personnes âgées, les blessés ou encore les malades sont prioritaires.

Arrivée tôt hier matin avec son mari et leur fils de 8 ans, Tanya McDermott se dit prête à « attendre toute la journée s’il le faut ». « La situation est critique », assure cette femme d’une trentaine d’années dont la maison a subi les dégâts de l’ouragan et n’a plus d’eau courante.

« Cela fait près d’une semaine et les gens sont toujours là, sans nourriture, sans eau. Ce n’est pas juste », déplore aussi Chamika Durosier, une autre jeune femme qui attend de s’envoler à bord d’un avion privé. « Il y a encore des cadavres, les conditions sanitaires ne sont pas réunies pour rester ici. »

La piste d’aéroport est praticable, mais les bâtiments ont souffert et plusieurs hangars ont été soufflés. Sur le stationnement, des voitures sont garées au milieu des palmiers déracinés et des mares d’eau croupie.

Tout le monde ne veut toutefois pas quitter Marsh Harbour.

Située en face du bidonville The Mudd, la maison de Kelly Louis-Pierre, en béton, a été relativement épargnée. Il veut donc rester avec sa femme et leurs sept enfants.

« Après l’ouragan, nous avons besoin de travailler, de recommencer à zéro. J’ai une maison où vivre et nous devons reconstruire cet endroit », dit ce maçon de 54 ans.

Pour lui, c’est l’occasion de tourner une page. « Je pense que The Mudd va disparaître. Il faudra tout nettoyer pour que les promoteurs investissent », lance-t-il avec un peu d’espoir.

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