Opinion Hassan Serraji

ÉTATS-UNIS
Face à la haine

L’Amérique de Trump semble sombrer dans l’obscurantisme de la haine et du racisme nourri par la colère et la division, au point de faire craindre à plusieurs un retour au monde d’avant les deux guerres mondiales qui ont failli détruire l’humanité.

À ce sujet, le réputé historien américain Jon Meacham a été l’invité du brillant et inimitable Bill Maher sur le plateau de son émission Real Time with Bill Maher, diffusé par HBO, pour faire la promotion de son récent livre The Soul Of America : The Battle for Our Better Angels.

Pour ceux qui suivent le débat politique à la télévision américaine, Jon Meacham est une tête d’affiche respectée, même parmi ses détracteurs. Devant le pessimisme d’un Bill Maher campant magistralement le rôle du rabat-joie de service, le lauréat d’un Pulitzer et collaborateur, entre autres, du New York Times a eu l’occasion de rappeler une vérité : ce qui représente l’âme américaine ne comprend pas seulement le meilleur, car l’âme des États-Unis inclut Martin Luther King, mais aussi le Ku Klux Klan.

Bill Maher n’en démordait pas moins, car si le livre de son invité parle de l’âme de l’Amérique, lui doutait que son pays en ait encore une. Tout au long de cette conversation soutenue, l’animateur vedette et critique acharné de Trump et des républicains n’a eu de cesse de répéter que, si par le passé son pays a su faire face à des heures plus sombres sur le plan des valeurs de démocratie et d’égalité, le KKK n’était pas aussi proche de la Maison-Blanche qu’aujourd’hui.

C’est pour cette raison que l’animateur de Real Time revendique un pessimisme total contre l’administration actuelle dirigée, selon ses dires, par un animal blessé, mais qui résiste en brandissant l’étendard des fake news pour déstabiliser les médias, au point où sa cote de popularité est en hausse malgré ses déclarations folles.

Pour la vedette de HBO, l’Amérique est mal barrée avec du jamais vu : un président qui crache sur sa propre administration et son parti. D’après lui, le plus inquiétant, malgré le chaos quotidien dans lequel l’actuel occupant de la Maison-Blanche a plongé les allées du pouvoir, ses électeurs l’adorent. Et les républicains jaloux de l’emprise qu’il a fini par avoir sur leur électorat cautionnent de plus en plus ses dérives.

Jon Meacham a alors énuméré quelques faits historiques, un concentré de son livre, pour rappeler que l’histoire regorge de moments où la haine a pris le dessus sur le pouvoir aux États-Unis. À titre d’exemple, juste après la Première Guerre mondiale, il a rappelé que le président américain de l’époque, Woodrow Wilson, a rétabli la ségrégation, attaqué 400 publications en désaccord avec lui et envoyé son procureur général faire des descentes illégales à travers tout le pays.

Aussi, en 1925, 50 000 membres du KKK ont défilé à Washington sans leurs masques. Ou encore, en 1924, la convention nationale démocrate comptait 347 délégués membres du KKK. On parle ici du parti qui a fini par porter Barack Obama à la Maison-Blanche en 2008.

Jon Meacham a admis que des idées réactionnaires reflétaient l’opinion publique de l’époque, mais aussi la remontée de la peur des bouleversements économiques, culturels, démographiques et de l’immigration. 

Comme Trump aujourd’hui, dans ces années 20, le gouverneur de Géorgie, un membre du KKK, voulait construire un mur d’acier pour empêcher l’immigration, a précisé l’invité spécial de Bill Maher, avant d’ajouter qu’à chaque étape de l’histoire de l’Amérique, la résistance paraissait faible quand les réactionnaires semblaient avoir le vent dans les voiles. 

Mais ce n’était qu’une question de temps. Il a fallu quatre ans aux Américains avant de jeter le maccarthysme dans la poubelle de l’histoire, après avoir terrorisé les États-Unis dans les années 50 avec le soutien des médias, notamment les journaux du Hearst Newspapers, l’équivalent de l’actuel Fox News, a affirmé ce lauréat d’un Pulitzer.

Pour Jon Meacham, même si l’Amérique semble succomber à l’obscurantisme, les choses finissent par évoluer dans le bon sens de l’histoire, comme ce fut le cas pour le vote des femmes ou les droits civiques. Pour cet historien spécialiste des présidents, l’Amérique est toujours allée de l’avant par petits à-coups, grâce à la résistance des citoyens qui ont toujours clamé : « On ne veut pas d’un pays qui tourne le dos à ses citoyens, mais plutôt qui leur ouvre les bras. »

L’histoire tranchera !

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