#LigueDuLOL

Des journalistes français accusés de harcèlement en ligne

Une vague de témoignages de personnes disant avoir été victimes de harcèlement sur l’internet au cours des années 2010 a déferlé sur Twitter le week-end dernier. Ces personnes montrent toutes du doigt les membres d’un groupe Facebook français baptisé la « Ligue du LOL », qui compte une trentaine de membres, dont deux journalistes du quotidien Libération et le rédacteur en chef web du magazine Les Inrockuptibles, mis à pied hier par leurs directions respectives.

Le déclencheur

L’affaire a éclaté la semaine dernière alors que le mot-clic #LigueDuLOL a fait son apparition sur Twitter, dénonçant un groupe privé du même nom actif sur Facebook entre 2009 et 2012, composé notamment de journalistes parisiens, aujourd’hui accusés d’avoir principalement harcelé des femmes. Vendredi dernier, le quotidien Libération, dont deux journalistes sont mis en cause dans l’affaire, a publié un article pour faire le point sur la situation, incluant des témoignages de dénonciatrices ainsi que de leurs présumés harceleurs.

pluie de témoignages

Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient et font état de canulars téléphoniques, de photomontages dégradants et d’insultes anonymes, principalement destinés à des journalistes de la gent féminine, blogueuses et sympathisantes féministes. Vidéaste spécialisée dans la vulgarisation scientifique, Florence Porcel explique dans les pages de Libération avoir été victime d’un canular téléphonique de la part de David Doucet, rédacteur en chef web des Inrockuptibles, qui n’a pas nié les faits, mais assure avoir quitté le groupe « il y a bientôt six ans ». Une autre journaliste, Nora Bouazzouni, a elle aussi raconté son expérience. « Je me suis aussi fait harceler, avec des insultes, des photomontages, des gifs animés avec des trucs pornos avec ma tête dessus, des mails d’insultes anonymes », précise-t-elle. Une de ses consœurs a vécu la même réalité et se questionne aujourd’hui : « Quand je propose des piges sur le féminisme aux Inrocks, à Slate, à Libération, où ces personnes occupent désormais des postes à responsabilité, c’est un peu surréaliste », ajoute-t-elle. La plupart des personnes disant avoir été harcelées n’ont pas conservé les messages qu’elles ont reçus à l’époque.

Qui sont les membres de #LigueDuLOL ?

Qualifiée dans les médias français de « boys club ultra-sexiste organisé à la manière des fraternités américaines », la Ligue du LOL a, selon Libération, été créée par un de ses pigistes, Vincent Glad, à la fin des années 2000. « Y ont figuré, et y figurent encore, une trentaine de personnes pour la plupart issues de nombreuses rédactions parisiennes, du monde de la publicité ou de la communication », précise le quotidien. Glad a été mis à pied hier par Libération « à titre conservatoire », ainsi que le responsable web du quotidien, Alexandre Hervaud. Une enquête interne a été ouverte.

Les réactions

Plusieurs membres de la Ligue du LOL ont publié des excuses sur les réseaux sociaux au cours des derniers jours. Vincent Glad, journaliste, a pour sa part reconnu : « En créant ce groupe, j’ai créé un monstre qui m’a totalement échappé. » David Doucet, rédacteur en chef web aux Inrocks, s’est dit « désolé ». « Cette libération de la parole m’a surtout fait prendre conscience que je comptais parmi les bourreaux. » Alexandre Hervaud, aussi journaliste à Libération, a confié que les témoignages qui ont émergé sur Twitter lui avaient « littéralement tordu le bide », tout en présentant ses excuses aux victimes. Ils ont tous les trois été mis à pied. D’autres membres du groupe montrés du doigt ont perdu leurs collaborations dans divers podcasts et magazines. La secrétaire d’État française chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlene Schiappa, a également réagi à la polémique sur Twitter. « Tout mon soutien et ma solidarité aux blogueuses et journalistes qui ont eu à subir le harcèlement sexiste de la Ligue du LOL. »

D’autres médias français touchés

L’Express a révélé qu’un groupe de journalistes de Vice, dont deux ont été licenciés, échangeaient des messages sexistes, racistes et homophobes à propos de leurs collègues dans un contexte de harcèlement et d’insultes. Libération a, de son côté, révélé qu’un tel groupe a également existé au site d’information Huffington Post où trois employés ont été licenciés. 

— Avec l’Agence France-Presse

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