Avalanche c. Canadien, 19 h, à TVA Sports

Le danger de l’animal blessé

La scène a fait le tour de la planète hockey. On y voit Nathan MacKinnon assis au banc de son équipe se tourner et engueuler son entraîneur Jared Bednar, qui, lui, reste stoïque. On croit lire sur les lèvres « Fais ton travail », dans un enrobage plus coloré, il va sans dire. MacKinnon couronne le tout en projetant une gourde.

La cause de cette spectaculaire saute d’humeur ? MacKinnon en voulait à Bednar d’avoir retiré le gardien. L’Avalanche avait réduit l’écart à un seul but avec 38 secondes à faire, puis les Flames ont fait 5-3 dans un filet désert. Mais au fond, la raison précise est anecdotique. Tous les entraîneurs l’auraient fait. Bednar le referait probablement sans sourciller. C’est le contexte qui explique l’incident. 

L’Avalanche vit en ce moment une spectaculaire traversée du désert. Les chiffres sont ahurissants. Le club était premier dans l’Ouest le 7 décembre dernier. Il a maintenant perdu huit de ses neuf derniers matchs (fiche de 1-6-2) et la déroute est complète. En excluant les matchs d’hier, il était à deux points d’une exclusion des séries. 

Cette défaite contre les Flames a été celle de trop pour MacKinnon, un jeune leader de 23 ans qui a encore frais à la mémoire la honteuse saison de 48 points en 2016-2017. On n’efface pas si facilement les cicatrices de la pire campagne dans la LNH depuis l’année d’expansion des Thrashers d’Atlanta, en 1999-2000.

Hier, MacKinnon a fait amende honorable. Tout est de sa faute pour la confrontation captée par les caméras, il le sait, et il doit faire mieux. 

« C’est inacceptable de ma part. Je ne peux pas faire ça. J’étais frustré, on a perdu huit de nos neuf derniers matchs. Ils ont marqué dans un filet désert. Mais j’aime jouer pour Jared Bednar, tout le monde aime jouer pour lui. C’est de ma faute et je prends mes responsabilités. »

— Nathan MacKinnon

Le reste du point de presse a été une déclinaison sur le thème du mea culpa. Du genre : « Tout le monde ici veut gagner autant que moi, mais les autres ont mieux géré leur colère. » Ou de la profession de foi envers l’entraîneur, dont les journalistes qui suivent les activités de l’Avalanche reconnaissent en effet que sa relation avec les joueurs semble saine.

« Nous sommes très proches, Jared et moi, a expliqué MacKinnon. C’est un peu pour ça que j’ai l’impression que je peux m’exprimer. Pas comme ça, toutefois. Je dois le faire calmement, dans le respect. Bednar pense aux joueurs. Tout le monde l’aime, c’est facile de l’aimer, et j’aime jouer pour lui. »

Apprendre

MacKinnon n’a pas décoléré en arrivant à la chambre d’hôtel à Calgary après ce fameux match. De son propre aveu, il a eu l’air d’un idiot à force de crier de rage. Évidemment, MacKinnon et Bednar se sont reparlé dans de meilleures dispositions. Le ton avait déjà baissé en marchant vers le vestiaire. Vingt minutes plus tard, c’était réglé, jure l’attaquant vedette.

« Je n’ai pas l’épiderme sensible, a dit Bednar. C’est ce que j’aime chez Nathan et certains autres joueurs : c’est le feu, la passion avec lesquels ils jouent. Tu en as besoin dans ce sport. Voilà ce qui le rend si bon. Je ne voudrais jamais éteindre ça. Mon travail est de m’assurer qu’on utilise cette passion et cette énergie de manière positive. C’est ce qui mène à des victoires. »

Justement, comment l’Avalanche a-t-il pu vivre pareille descente aux enfers ? Le trio Gabriel Landeskog, Mikko Rantanen et MacKinnon est pourtant sensationnel. Rantanen a 68 points, MacKinnon 66, Landeskog 51. Sur 44 matchs cette saison, il est arrivé seulement trois fois qu’aucun membre du trio ne s’inscrive au tableau. Et c’est arrivé une seule fois dans les 15 derniers matchs, qui marquent pourtant leur glissade au classement.

La raison se situe beaucoup devant le filet. MacKinnon a beau dire qu’ils distribuent allègrement les occasions de marquer, reste que… Semyon Varlamov et Phillip Grubauer ont une efficacité de ,865 sur le dernier mois. Varlamov était à ,930 après 18 matchs, il est à ,849 depuis. Grubauer est à peine meilleur, à ,884. Il y a aussi que Bednar semble s’être résigné au fait que l’Avalanche est le club d’un trio, pour le meilleur et pour le pire.

Concrètement maintenant, il faut voir comment les jeunes membres du noyau de l’Avalanche se sortiront de l’impasse actuelle. Le capitaine Landeskog, vétéran à 26 ans, aura son mot à dire. 

« Il y a des joueurs moins expérimentés dans ce vestiaire. Tu ignores comment ils réagiront devant l’adversité. Mais ce n’est pas plus facile pour les vétérans. Nous devons rester positifs et solidaires. Nous savons que nous méritons mieux. »

Landeskog s’est lui-même impliqué dans l’altercation Bednar-MacKinnon, mais à la manière d’un capitaine. Il a saisi son coéquipier pour le calmer, puis l’a relevé après que la colère l’eut fait tomber du banc. Il croit que MacKinnon sortira grandi de tout ça.

« Comme je l’ai entendu dire, c’est inacceptable et il n’avait pas à agir de la sorte. Mais nous sommes humains. Je peux comprendre sa réaction. Quand tu vis un passage à vide, tu te fâches plus rapidement. En même temps, c’est un mauvais message au reste de l’équipe quand tu perds patience. Je sais qu’il apprendra. »

Quel est l’adage déjà ? Rien n’est plus dangereux qu’une bête blessée ? On verra ce soir contre le Canadien.

1

Liste des blessés

Avalanche

Conor Timmins (tête)

Mark Barberio (haut du corps)

Vladislav Kamenev (épaule)

Nikita Zadorov (bas du corps)

Colin Wilson (épaule) 

Canadien 

Andrew Shaw (cou)

185

Nombre de points du trio Landeskog–MacKinnon–Rantanen (223 pour le reste de l’équipe)

12,8%

Taux de succès du Canadien en avantage numérique. C’est le pire pourcentage dans l’histoire de l’équipe, depuis que la statistique est compilée (1977).

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