La beauté brute du béton

Alors que le béton est généralement perçu comme une matière strictement utilitaire, l’entrepreneur Frédéric Tremblay y a découvert un matériau d’une grande noblesse. Fondateur d’AtelierB, cet artisan a passé près de deux décennies à perfectionner ses recettes et ses techniques pour élever le travail du béton en véritable art.

Le béton et les arts culinaires

«  Le béton se rapproche beaucoup de la cuisine, explique M. Tremblay. Il y a deux grands volets : les recettes et les techniques. On améliore continuellement nos recettes en cherchant de nouveaux ingrédients et on perfectionne nos techniques en les pratiquant, encore et encore.  »

Au fil des ans, AtelierB a ainsi développé un éventail de mélanges et de méthodes de travail pour répondre aux défis créatifs lancés par les designers et les architectes. «  Seul le béton est capable d’obtenir certaines formes. Le fait de maîtriser les recettes et les techniques, ça ouvre des mondes incroyables.  »

Des comptoirs de cuisine aux tables de ping-pong

Au début des années 2000, les comptoirs de béton deviennent de plus en plus répandus, mais M. Tremblay n’aime pas ce qu’il voit. «  C’était brut, on dénaturait le produit en l’emprisonnant dans un scellant plastique à l’époxy, explique-t-il. J’avais envie d’amener à la matière ce qu’elle mérite, soit l’authenticité, la sobriété et le souci du travail bien fait.  »

AtelierB développe alors des produits plus denses, minces et hautement résistants, avec une surface finement polie. Les artisans ont déjà même livré un comptoir de béton faisant 20 pi de large et 5 pi de profond coulé en une seule pièce – il a fallu près de vingt personnes pour sa livraison et son installation.

Le chauffage radiant gagne lui aussi en popularité à cette époque, entraînant du même coup une croissance pour les planchers de béton comme produits finis. Cependant, beaucoup d’entrepreneurs accordent peu de considération à la matière et à sa finition, ce qui conduit à des résultats décevants. AtelierB a bâti sa réputation grâce à une approche différente. «  On travaille une étape à la fois, lentement et en s’appliquant, en communication constante avec le client pour éviter toute surprise, poursuit M. Tremblay. Nous prenons tout en charge, de la recette du béton au scellant final, en passant par le placement du béton au polissage diamantaire. La matière est complexe et nous tentons de contrôler autant de variables que possible. »

L’artiste nourrit un intérêt grandissant pour le mobilier, développant des concepts inusités en collaboration avec des firmes de design – comme une superbe table de ping-pong éternelle, finement travaillée et durable, tant pour l’intérieur que l’extérieur.

« Notre intention est de favoriser une pérennité de l’objet dans le temps et la sobriété des pièces dessinées et fabriquées : une obsolescence déprogrammée, en quelque sorte », ajoute M. Tremblay. AtelierB produit également d’élégants panneaux décoratifs de béton aux motifs hypnotiques, lauréats d’un Grand Prix du design en 2017.

Pas de gaspillage  !

À la fin de chaque coulée, tout excédent de béton est récupéré pour former divers objets décoratifs : des bols, des plateaux de présentation, des bancs, et même des crochets muraux.

L’évolution du béton

Selon M. Tremblay, le béton commence à être accepté comme matière recherchée et respectée dans le milieu du design. «  On voit aussi que les propriétaires sont prêts à investir dans des aménagements extérieurs plus élaborés, même architecturaux, poursuit l’entrepreneur. C’est là qu’on voit évoluer le béton.  »

L’artiste observe également un retour en force du terrazzo, une recette de béton particulière constituée en grande partie d’agrégats et qui se travaille de la même façon que le marbre. «  C’est un art avec une technique incroyable qui demande beaucoup d’ajustements sur place pour obtenir un résultat uniforme et contrôlé.  »

Mais au-delà des tendances, AtelierB croit que le béton grandit surtout grâce à l’étroite collaboration des architectes et des designers. «  Travailler avec des gens stimulants qui nous lancent des défis, c’est ça qui nous pousse à continuer. C’est comme ça qu’on fait évoluer la ligne, la matière, la technique.  »

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