Prendre le flambeau

Shea Weber est prêt à s’inspirer du passé pour jouer son rôle et conduire les Canadiens vers l’avenir.

Le 1er octobre 2018, Shea Weber a ajouté son nom à une liste très spéciale qui inclut des membres du Temple de la renommée, des joueurs légendaires du Tricolore et des champions de la coupe Stanley. Seulement 30 athlètes avec Weber ont officiellement porté le « C » dans la glorieuse histoire des Canadiens.

Quand vous faites partie d’un groupe aussi restreint, il peut être difficile de trouver quelqu’un à qui parler qui comprend exactement ce que vous vivez. Heureusement pour Weber, discuter avec un ancien capitaine des Canadiens était déjà dans sa routine au moment d’être nommé à ce poste.

« Quand on s’arrête et qu’on y pense bien, chaque capitaine des Canadiens a suivi un tracé différent », explique l’actuel entraîneur associé Kirk Muller, qui a été capitaine de l’équipe en 1994-1995 après avoir remporté la coupe Stanley comme assistant-capitaine en 1993. « Il n’existe pas qu’une seule façon d’être capitaine des Canadiens de Montréal. »

« On pense à Jean Béliveau et toute la grâce qu’il déployait ou à Bob Gainey qui était un meneur discret et qui était à son affaire », poursuit Muller. « Puis vous avez un gars comme Yvan Cournoyer qui déployait beaucoup d’énergie et d’enthousiasme et un autre comme Carbo [Guy Carbonneau], qui brillait par son jeu dans les deux sens de la patinoire. En fin de compte, tout le monde est différent, mais pour être capitaine, il est surtout important de montrer l’exemple. Il faut être un modèle sur la patinoire et à l’extérieur, en jouant et en se préparant de la bonne façon. »

Le séjour de Muller dans ce poste a été bref, mais après avoir joué le même rôle pendant quatre ans chez les Devils du New Jersey avant d’arriver à Montréal, il possédait beaucoup d’expérience de leadership dans la LNH pour effectuer cette transition dans l’uniforme bleu, blanc et rouge sans aucune complication.

« Vous pensez au départ que vous allez tout résoudre, que ce soit votre propre jeu ou celui des autres, comme si vous étiez un Superman. Éventuellement, j’ai réalisé que ce que je devais vraiment faire était de jouer de la bonne façon et d’être un modèle », explique Muller qui n’était âgé que de 21 ans quand il a été nommé capitaine des Devils. « Vous devez être axé sur l’équipe en tout temps. Vous devez être l’ancre de l’équipe. »

« C’est un élément où Webby excelle », dit-il. « Il peut avoir un effet calmant pour que les gars reprennent leur souffle et regardent leurs situations sans être perturbés par les émotions. »

Weber n’est peut-être pas le gars le plus émotif dans le vestiaire du Tricolore, mais il arborait certainement un très large sourire après avoir enfilé son chandail où un « C » était brodé pour la première fois.

« C’est tellement un grand honneur. Je vois les gars à qui je succède et il y a des noms plutôt spéciaux dans cette liste », convient Weber. « Il y a tellement d’histoire au sein de cette organisation qu’il est difficile de trouver les mots pour exprimer comment je me sens de me retrouver dans ce rôle. C’est un sentiment à la fois spécial et significatif. »

Chaque capitaine de l’histoire des Canadiens a mené ses troupes à sa façon unique, mais le sentiment auquel Weber faisait référence est familier pour tous ceux qui ont eu le privilège d’occuper le poste de capitaine à Montréal au cours du dernier siècle.

« Je crois que le dénominateur commun pour tous les gars qui ont été capitaines à Montréal est la fierté qu’on ressent de succéder à des athlètes aussi illustres », souligne Muller. « Tu veux honorer ces joueurs et poursuivre cette tradition. La chose que nous avons tous en commun est une passion à pratiquer ce sport et nous soutirions tous une grande fierté de jouer pour les Canadiens de Montréal. »

Yvan Cournoyer, qui a occupé le poste une quinzaine d’années avant Muller a soulevé la coupe Stanley au terme de ses quatre saisons comme capitaine des Canadiens. Non seulement sait-il ce qu’il faut pour être un leader, il sait aussi ce qu’il faut pour gagner et c’est quelque chose qu’il a déjà vu du 30e capitaine de l’histoire du club.

« Être le capitaine va au-delà de ce que les gens voient sur la patinoire », confirme Cournoyer, gagnant de 10 titres de la coupe Stanley en 16 saisons dans la LNH, en plus d’un trophée Conn-Smythe après avoir été élu joueur par excellence des séries éliminatoires en 1973. « Vous devez montrer l’exemple en tout temps. J’ai eu l’occasion de parler avec Shea et on voit qu’il est un gars que les autres écoutent quand il parle. La façon qu’il parle et qu’il se comporte me fait dire qu’il a les outils pour réussir dans ce poste. »

« Je crois qu’il y a plus d’importance liée au rôle de capitaine à Montréal. Il y a beaucoup de pression sur le capitaine des Canadiens pour aider l’équipe à gagner », dit-il. « Par contre, le capitaine n’est pas le seul meneur au sein d’une équipe. Il est important d’avoir un bon groupe de leaders. Tout le monde doit travailler dans la même direction. Sans quoi, il sera difficile de gagner. »

Le légendaire membre du Temple de la renommée a fait son apprentissage tôt dans sa carrière dans la LNH, observant un de plus grands capitaines de l’histoire du Tricolore.

« Jean Béliveau a été mon premier capitaine à Montréal. J’ai appris plus de lui que de quiconque parce que nous partagions nos chambres d’hôtel sur la route et j’étais assis à côté de lui dans le vestiaire. Nous avons donc souvent eu l’occasion de parler ensemble », explique Cournoyer. « J’ai appris seulement en regardant la façon qu’il se comportait sur la patinoire et à l’extérieur. »

« La première chose que Jean nous disait était que si nous avions un problème, qu’on devait lui en parler tout de suite et de ne pas attendre, car il était là pour nous », confie Cournoyer à propos du grand numéro 4. « Vous devez bâtir ce lien de confiance. Parfois, la chose la plus importante qu’un capitaine peut faire est de réunir l’équipe sur la route. C’est une longue saison et vous passez plus de temps avec vos coéquipiers qu’avec votre femme et votre famille en cours de saison. Il est donc très important que les gars aiment se retrouver ensemble. »

Cet aspect est plutôt naturel pour Weber qui a uni le groupe malgré son absence du jeu depuis le début de la saison en raison d’une blessure au genou. Que ce soit en invitant les recrues à la maison pour des repas qu’il a préparés ou en participant à l’organisation de sorties de groupe.

« Ce n’est pas quelque chose qui me demande de m’arrêter pour y penser. Je le fais naturellement », raconte Weber qui a aussi été capitaine des Predators de Nashville, de 2010 à 2016. « Peut-être parce que c’est comme ça que les vétérans ont été à mon endroit au début de ma carrière. Je ne sais pas. C’est un sport d’équipe et mon désir est que tous les joueurs ressentent autant que possible qu’ils font partie de l’équipe. »

Affectueusement surnommé ‘Dad’ (Papa) dans le vestiaire des Canadiens, le récipiendaire du Prix de leadership Mark Messier en 2016 reconnait l’influence de plusieurs de ses anciens coéquipiers, que ce soit ses capitaines dans les rangs juniors à Kelowna, les leaders de qui il a appris à Nashville ou les étoiles d’Équipe Canada avec qui il a évolué sur la scène internationale. Chacun a façonné son style de leadership.

« J’étais jeune quand j’ai été nommé capitaine à Nashville. C’était un apprentissage dès le départ et j’ai un peu appris sur le tas », admet Weber, qui est devenu le cinquième capitaine de l’histoire des Predators quelque mois avant de célébrer son 25e anniversaire de naissance. « Autant tu peux croire que tu es prêt à vivre quelque chose comme cela, tu en apprends beaucoup dans le feu de l’action. J’étais chanceux d’être entouré par une bonne équipe et un groupe de gars qui m’offraient un bon soutien et qui m’ont beaucoup aidé dans le processus. J’ai joué aux côtés de plusieurs grands leaders à Nashville et de grands capitaines. Tu dois être authentique, mais tu peux aussi tirer un peu de chacun. »

Weber peut être plus âgé et plus sage maintenant qu’au moment de devenir capitaine pour la première fois dans la LNH, mais son approche pour rallier les troupes reste la même.

« Ce qui importe le plus est d’impliquer tout le monde autant que possible », confie-t-il. « Tout le monde au sein de l’équipe est aussi important que le voisin. Peu importe si tu joues deux minutes ou 20, tu as un rôle et tu es une des raisons pourquoi nous allons connaître du succès. C’est l’attente de tout le monde ici. »

Loin d’être une tâche individuelle, le leadership sera une tâche partagée par tous les membres de la formation, à l’invitation de Weber. Des assistants-capitaines Brendan Gallagher et Paul Byron à la jeune recrue Jesperi Kotkaniemi, chaque joueur dans le vestiaire a un rôle à jouer dans la vision de leadership de Weber.

« Il y a tellement de leaders dans ce vestiaire qui pourraient porter une lettre sur leur chandail », assure Weber. « Être un leader ne se limite pas à une lettre. Ce qui compte, c’est ce que tu fais sur une base quotidienne pour aider l’équipe à gagner. »

Le participant à six Matchs des étoiles de la LNH et double médaillé d’or olympique a toujours préféré laisser son jeu faire sa promotion. Même sur la plus importante scène du hockey, il est calme face à la pression et quand les caméras sont braquées vers lui, le spectateur verra un gars solide et discret et non quelqu’un qui cherche à se mettre en valeur.

« J’ai beaucoup entendu parler de Shea comme étant un leader discret, mais je le comparerais plutôt à un Bob Gainey », indique Muller. « Ce n’est pas la quantité de mots que tu utilises qui fait la différence, mais plutôt le poids des mots. Quand Webby parle, je peux vous dire que ça compte. »

« Ses paroles sont importantes puisqu’il saute ensuite sur la patinoire et joue de la bonne façon. Il est dur, il est robuste et il est respecté, non seulement par les gars de notre équipe, mais aussi à travers la ligue », conclut Muller. « C’est un gars qui pourrait être capitaine d’Équipe Canada. Il offre cette présence quand il est sur la patinoire, dans le vestiaire ou en ville. Il est né pour être capitaine. »

Un texte de Shauna Denis

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