La Presse au Royaume-Uni

Nouvel épisode de terreur à Londres

Une attaque au couteau sur le London Bridge fait deux morts et trois blessés

Londres — De l’intérieur de la chambre froide où il s’était réfugié avec des collègues et des clients, Mike Finnerty entendait les cris d’effroi des Londoniens qui fuyaient le danger.

« Cinq dans un petit frigo à entendre hurler à travers la porte », a-t-il relaté à La Presse, deux heures plus tard. « Surréaliste. »

Comme chaque jour, il vendait du fromage à son étal du Borough Market lorsqu’un terroriste armé d’un couteau a tué deux personnes et en a blessé trois autres sur le London Bridge, situé tout près. M. Finnerty est le morning man montréalais de la CBC, mais il a pris une année sabbatique et travaille actuellement comme fromager.

« Nous avons vu des gens courir en criant », a-t-il décrit, encore sous le choc, racontant les premières secondes de l’événement. Les cris ont continué une fois dans la chambre froide. Si persistants qu’il croyait possible que des attaquants soient juste de l’autre côté de la porte.

L’attaque se produisait en réalité sur le pont, près de son autre extrémité, sur la rive nord de la Tamise.

Dans l’urgence, des passants à proximité immédiate du meurtrier ont su résister à l’instinct de fuite. Des images diffusées par les médias britanniques montrent un passant tenant le couteau de l’assaillant du bout des doigts, pendant qu’un autre se débat avec le suspect. Des policiers semblent demander à ce dernier de lâcher son emprise avant d’ouvrir le feu et de tuer l’assaillant.

L’héroïsme des passants est d’autant plus célébré dans les médias britanniques que l’attaquant portait une fausse ceinture explosive – qui lui a sûrement coûté la vie.

L’homme derrière l’attaque a été identifié hier soir. Il s’agit d’Usman Khan, 28 ans, condamné pour des infractions liées au terrorisme en 2012 et libéré l’an dernier. Il était connu de la police pour ses liens avec des « groupes terroristes islamistes », affirmait hier soir la Press Association, grande agence de presse britannique. Il aurait récemment été libéré de prison et aurait été obligé de porter un bracelet électronique. 

Selon l’édition du Times de samedi, il était l’invité d’une conférence portant sur la réhabilitation des détenus, organisée par l’Université de Cambridge dans un bâtiment attenant au pont. L’homme aurait menacé de faire exploser l’immeuble avant d’en sortir et de lancer son attaque.

Meurtres sous le soleil

La journée était belle : les Londoniens étaient sortis en grand nombre, sous un soleil pourtant rare en novembre, afin de profiter des soldes.

Le Black Friday, ou le Vendredi fou, n’aura finalement jamais autant mérité son nom.

« Nous étions dans un restaurant, nous buvions des verres quand nous avons vu des gens fuir et crier. Des gens se sont réfugiés à l’intérieur du local », a expliqué Charles Fisher, un jeune homme rencontré près du cordon de police. « Ils ont rapidement baissé le rideau de fer du restaurant. Nous avons attendu là pendant une heure et demie. »

« La police criait que des balles avaient été tirées et qu’il fallait fuir les lieux », a quant à lui raconté Brad Garber, qui se trouvait dans un petit restaurant pour commander un repas à emporter. Vilmr Varbiro, qui travaille dans un tel établissement, a dit avoir « eu peur » en voyant la foule s’éloigner précipitamment du pont et s’est réfugiée dans le restaurant avec ses collègues.

De grandes zones de cette partie du centre-ville de Londres étaient complètement bloquées par la police, hier, alors qu’un hélicoptère vrombissait au-dessus de la scène de crime. Partout dans les rues, des autobus à impériale avaient subitement interrompu leur parcours, abandonnés en file indienne sur le bitume.

Des milliers de travailleurs se sont vu interdire de quitter leur gratte-ciel pendant de longues heures, alors que d’autres étaient coincés sans manteau à l’extérieur. Des cordons de police étaient tirés de part en part de dizaines de petites ruelles et allées qui partent des artères pour se rendre vers la Tamise.

« Ils sont les meilleurs d’entre nous »

Le premier ministre Boris Johnson a interrompu sa campagne électorale pour revenir au 10, Downing Street et participer à une réunion de crise.

Il s’est dit « attristé » par la mort de deux victimes. « Mais je crois qu’il est très important qu’en démocratie, nous ne soyons pas soumis ni intimidés par le terrorisme et que nous allions de l’avant avec le processus électoral normal – et c’est ce que nous ferons. »

Selon The Guardian, il n’a d’ailleurs pas tardé à faire valoir ses idées, disant croire « depuis longtemps » que le Royaume-Uni « fait fausse route en libérant de façon trop rapide des criminels dangereux, qu’il faut abandonner cette mauvaise habitude et garder ces gens derrière les barreaux aussi longtemps qu’il le faut, surtout les terroristes ».

Cressida Dick, grande patronne de Scotland Yard, a souligné l’intervention rapide de ses hommes. « La police a été appelée à 13 h 58 et à 14 h 03 des policiers avaient courageusement affronté le suspect – cinq minutes plus tard seulement », a-t-elle dit. Dans la capitale britannique, la plupart des policiers ne sont pas armés.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a rendu hommage à ses concitoyens. « Ce qui est remarquable dans les images que nous avons vues, c’est l’héroïsme démontré par des gens qui ont couru vers le danger, a-t-il dit. Ces gens ne savaient pas que la ceinture explosive était fausse. Ils sont les meilleurs d’entre nous. »

Le tabloïd The Sun cite des témoins ayant vu l’homme qui a maîtrisé le suspect « sprinter en traversant le pont » à travers la circulation automobile pour le rejoindre.

Une ville attaquée à répétition

C’est loin d’être la première fois qu’un présumé terroriste islamiste tue dans les rues de Londres. Alors que d’autres grandes villes ont été épargnées dans les dernières années, la capitale britannique semble continuer à être prise pour cible.

22 mai 2013

Lee Rigby, un soldat de 25 ans, est tué par deux terroristes d’origine nigériane pour venger « les musulmans tués par les militaires britanniques ». L’acharnement des meurtriers – qui ont tenté de décapiter leur victime – choque la population.

22 mars 2017

Alors qu’une vague d’attaques au camion-bélier frappe toute l’Europe, un terroriste fonce sur les passants sur le pont de Westminster, à un jet de pierre du parlement britannique. Il sort ensuite du véhicule et continue son carnage au couteau, tuant un total de cinq victimes avant d’être abattu.

3 juin 2017

Nouvel attentat au camion-bélier suivi d’une attaque au couteau, cette fois sur le London Bridge. Les terroristes sont au nombre de trois et réussissent à tuer huit personnes avant d’être neutralisés. Une dizaine de jours auparavant, un terroriste s’était fait exploser avec une ceinture explosive dans un concert d’Ariana Grande, tuant 22 personnes – surtout de jeunes filles.

15 septembre 2017

Une bombe explose dans une station du métro de Londres et fait 30 blessés. Le groupe armé État islamique revendique l’attaque.

29 novembre 2019

Deux personnes sont tuées par un forcené armé d’un couteau sur le London Bridge. Selon les médias britanniques, il s’agit d’un individu connu des autorités pour ses liens avec l’islam radical.

— Philippe Teisceira-Lessard, La Presse

Pays-Bas

Un assaillant poignarde trois personnes à La Haye

Un assaillant a poignardé trois personnes, vendredi soir, dans un secteur commercial achalandé de La Haye, aux Pays-Bas. La police disait être toujours à la recherche d’un suspect en fin de journée, sans s’avancer sur ses possibles motifs. À La Haye, une porte-parole policière a indiqué à l’Associated Press que les autorités néerlandaises n’en savaient pas assez actuellement pour décréter qu’il s’agissait d’un acte terroriste. Les victimes – toutes d’âge mineur – ont obtenu leur congé de l’hôpital le jour même. Il reste à déterminer si leurs blessures ont pu être causées dans un mouvement de panique de la foule. « Nous n’écartons aucun scénario », a déclaré la porte-parole Marije Kuiper. L’attaque est survenue vers 19 h 45, heure locale, dans un secteur bondé de passants, en pleine frénésie du magasinage des Fêtes. Les Pays-Bas ont déjà été ébranlés par une attaque au couteau « de motif terroriste » il y a un an, à Amsterdam. Deux Américains avaient été blessés dans cet attentat. — Associated Press

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.