Vanessa Paradis

Vive la mariée !

Tableau d’un bonheur simple et bucolique… à des milliers de kilomètres d’une scène hollywoodienne. C’est dans un village de Seine-et-Marne que Vanessa Paradis, qui vit toujours entre Los Angeles et la France, et le réalisateur Samuel Benchetrit ont choisi de s’unir. Ils ne sont plus des jeunes premiers, mais des artistes au passé tumultueux qui ont décidé de convoler en petit comité autour de valeurs sûres : la famille et les vrais amis. 

Vanessa Paradis manquerait-elle de patriotisme ? Les Argentins et les Français disputaient un match de Coupe du monde, ce 30 juin ; la tension était palpable dans tous les bistrots du pays. Au même moment, l’oiseau de Paradis roucoulait sans angoisse de défaite et disait « oui » pour la première fois de sa vie.

Il fait très chaud en cette journée estivale, à la mairie-école de Saint-Siméon. Un village de 900 âmes en Seine-et-Marne, cela peut sembler incongru quand on a vadrouillé à Los Angeles et New York, d’un domaine de la Côte d’Azur à une île privée des Bahamas… Mais Vanessa a des attaches ici. Son père, André, avait acheté, dans les années 90, une ancienne usine de pâte à papier dotée de 5 hectares de terrain. Il y avait créé Les Sources, un piano-bar restaurant et location de salles. 

André est mort l’an dernier mais sa femme, Corinne, la mère de Vanessa, a gardé les lieux, dont la grande bâtisse nommée « la Vacherie ». Cela faisait quelques mois que Vanessa préparait son union secrète, de virées shopping – afin de dénicher une montre ancienne pour son promis – aux ultimes essayages à Paris, mi-juin. Rien de grandiose ni de spectaculaire au programme, si ce n’est des barrières de sécurité disposées dans la bourgade et des hommes en uniforme qui surveillent du coin de l’œil les curieux.

En ce jour de fête, il n’y a guère plus de cinquante invités. Des proches de madame, tel son témoin et meilleure amie depuis vingt-cinq ans, Charlotte Betaillole, l’actrice et sculptrice Florence Thomassin, croisée et jamais quittée depuis le film Elisa, le coiffeur en spartiates John Nollet, le photographe Jean-Baptiste Mondino, qu’elle connaît depuis ses 14 ans, Matthieu Chedid… 

Du côté de monsieur, le témoin était le chanteur Raphael, venu avec sa compagne, Mélanie Thierry, et leurs fils. Les amis se nommaient Dan Franck ou Olivier Nora, le patron de Grasset, la maison d’édition de Samuel… Après vingt minutes de cérémonie, tous se sont retrouvés pour dîner et danser à la Vacherie. Le brunch du lendemain y sera également servi. 

Simple et à la bonne franquette, pas prétentieux, émouvant, ce mariage dessine un portrait en creux de Vanessa Paradis, femme qui a une place particulière dans le paysage, à l’image de celles qui ont débuté très jeunes, Charlotte Gainsbourg ou Sophie Marceau, notamment. Un attachement, forgé parfois dans la douleur, s’est noué avec le public. Vanessa, ses dents écartées, L’école des fans, Joe le taxi, les huées, la chance Gainsbourg, les cafouillages aux César, Lenny et les autres… 

Les gens l’aiment comme une cousine éloignée dont il est plaisant d’avoir des nouvelles, accessible comme une vieille copine et mystérieuse comme une star. 

Telle est Vanessa, qui tend aux quadragénaires un miroir agréable parce qu’elle semble solide et solaire, amoureuse et pas niaise, cool et pas baba, ferme et libre, riche mais pas ostentatoire. Elle a su, ou pu, se séparer de ses amants célèbres avant qu’ils ne deviennent des caricatures d’eux-mêmes, de Florent Pagny à Lenny Kravitz, en passant par le père de ses enfants, Johnny Depp. Après elle, le chaos… 

Samuel Benchetrit et elle ont le même âge, 45 ans. Ils viennent du même milieu. Lui a grandi à Champigny ; elle, non loin, dans le Val-de-Marne. Ils ont quitté l’école très tôt, sans bac mais pas sans cervelle. Ils auront mis quarante-trois ans à se trouver. 

Le rapprochement s’est opéré à l’été 2016, pendant le tournage de Chien, que Samuel réalisait. Si la propension nette de Vanessa pour le type chanteur, acteur, brun, débraillé, mal rasé, tatoué, fumeur à la coiffure douteuse se vérifie encore avec Benchetrit, c’est en tout cas avec lui qu’elle a choisi de convoler. 

Quand on le titillait sur la question, Johnny Depp répondait qu’il ne souhaitait pas ôter le beau nom de Paradis à Vanessa. Après leur séparation, lui avait épousé dans son île des Caraïbes la jeune donzelle Amber Heard. Vanessa leur aurait offert un grille-pain en guise de cadeau. Depuis, les tartines sont cramées pour Johnny. Perclus de dettes, dépressif, en procès avec ses anciens managers et gardes du corps, accusé un temps de violences conjugales, l’ex-idole déguste son pain noir. Vanessa rayonne. 

Passé un certain âge, mariage rime avec bagage. Benchetrit a déjà été marié dans sa jeunesse, avec Marie Trintignant. Écrivain prometteur, il avait dirigé la comédienne dans son premier long-métrage, Janis et John, avant qu’elle ne meure, la même année, sous les coups de son compagnon Bertrand Cantat. Lorsqu’il a connu l’actrice Anna Mouglalis, mère de sa fille Saül, Samuel l’a aussi mise en scène dans un film noir et drôle, J’ai toujours rêvé d’être un gangster. 

Vanessa n’échappe pas à la règle. L’un et l’autre ont besoin de partager le quotidien d’un artiste à impressionner, à séduire… L’amour fait pousser des ailes. Pour Vanessa, Samuel a vaincu sa peur de l’avion. Il l’accompagne sans trembler à Los Angeles, où elle réside la moitié de l’année, et s’occupe de ses grands enfants, Lily-Rose et Jack. 

Leur Chien est un film dérangeant, bizarre, une fable triste où elle interprète avec une justesse folle une femme allergique à son mari. Succès critique, échec public. Peu importe. Vanessa tend vers ce genre d’expériences radicales depuis qu’elle a inspiré le réalisateur lituanien Sharunas Bartas pour le film Frost, où elle incarne un reporter de guerre. 

Il n’y a pas chez elle de désir de réussite, de plan de carrière hollywoodien machiavélique. Seule la magie des rencontres fait office de boussole, ce qui explique quelques égarements de filmographie. En témoigne Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, sorti fin juin, où Vanessa est incroyable en productrice de porno gay alcoolique et à la dérive. Elle sait que les entrées n’atteindront pas celles d’un Dany Boon, mais la tentation de se surprendre l’attire. 

Un nouvel amour, pour Vanessa, signifie souvent un nouvel album. Du temps de sa romance avec Benjamin Biolay, le compositeur de Villefranche-sur-Saône lui avait écrit quelques chansons superbes. Samuel s’est fendu de plusieurs titres, disponibles à l’automne. Mais l’été se profile avec les vacances et la lune de miel, à l’île de Ré ou ailleurs, pour M. et Mme Benchetrit qui, promis, laisseront désormais leurs amis regarder les matchs de l’équipe de France. 

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.