LE PORTEFEUILLE FICTIF 2019 DE LA PRESSE

Optimisme prudent après la correction

Après la pire fin d’année en Bourse en une décennie, que nous réserve le début d’année 2019 ? Tour d’horizon avec les experts du portefeuille fictif de La Presse.

UN DOSSIER DE MARTIN VALLIÈRES

Une conjoncture encore favorable

Chaque trimestre, La Presse demande à quatre experts d’analyser la conjoncture pour faire fructifier ou protéger le capital initial de 100 000 $ d’un REER autogéré. Dans ce premier rendez-vous en 2019, ils reviennent brièvement sur le quatrième trimestre en 2018. Ils calibrent leur répartition pour lancer le premier trimestre de l’année. Leurs recommandations sont fondées sur les indices de référence. Il n’y a ni choix de titres ni possibilité de modifier la répartition en cours de trimestre. Les rendements indiqués ne tiennent pas compte des frais de gestion.

La correction de fin d’année à la Bourse a fait glisser en zone négative le rendement annuel des participants au portefeuille fictif de La Presse.

N’empêche, du point de vue de ces participants, la correction boursière de fin d’année, bien qu’un peu prévisible, s’avère exagérée en regard d’une conjoncture économique en légère perte de souffle, certes, mais encore favorable.

Par conséquent, les participants au portefeuille fictif de La Presse amorcent l’année 2019 avec un certain optimisme. Mais non sans prudence face aux préoccupations croissantes en approche de fin de cycle.

Quel constat faites-vous du quatrième trimestre de l’année 2018 ?

François Bourdon, chef des placements global, Fiera Capital

« Ç’a été un quatrième trimestre très difficile dans les marchés financiers et sur lequel nous étions impatients de "fermer les livres" en fin d’année.

« Cela dit, j’ai été surpris par l’amplitude de la correction durant le trimestre, alors que les fondamentaux de l’économie et des résultats d’entreprises demeurent relativement stables. Ça me suggère que le sentiment dans les marchés est passé soudainement d’un optimisme débordant, avec l’effet des baisses d’impôt aux États-Unis, vers un pessimisme exagéré en réaction au moindre indice de ralentissement de la croissance et d’une politique monétaire un peu moins accommodante. »

Vincent Delisle, cochef des placements, Hexavest

« Le quatrième trimestre très difficile en Bourse signalait un retour de la volatilité qui était prévisible, compte tenu du ralentissement que l’on observait dans les principales économies du monde, mais pas encore aux États-Unis, où l’optimisme prévalait sur les marchés.

« Par conséquent, ce qui se passe depuis quelques semaines, c’est surtout que la Bourse américaine a cassé pour s’aligner sur la correction qui était en cours depuis plusieurs mois dans les autres principales Bourses du monde, en particulier en Europe, en Chine et même au Canada. »

Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Valeurs mobilières Desjardins

« Les marchés financiers recherchaient des motifs d’inquiétude depuis un certain temps, et ils en ont trouvé soudainement plusieurs en fin d’année. Les marchés se sont trop distanciés des fondamentaux dans l’économie, encore bons malgré un ralentissement prévisible, pour s’embourber dans un surplus de bruits et d’émotions.

« Oui, la croissance ralentit dans les principales économies du monde (États-Unis, Europe, Chine), mais c’est après des années fortes et encore bien loin d’une prochaine récession. Et, oui, les taux d’intérêt remontent. Mais ils sont encore en normalisation autour de 3 % après des années de taux très, très bas, auxquels les investisseurs et les consommateurs s’étaient un peu trop habitués. »

Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

« Ce qui m’a le plus surpris en fin d’année 2018, c’est les commentaires un peu nonchalants de la Réserve fédérale américaine (Fed) concernant les répercussions éventuelles aux États-Unis du ralentissement de l’économie mondiale.

« Les marchés financiers y ont vu une relative indifférence de la Fed face aux préoccupations grandissantes envers les perspectives économiques hors des États-Unis, et leur impact sur les prochains résultats des entreprises.

« C’est ce qui a fait déborder le vase en Bourse en décembre, provoquant une correction d’une ampleur exagérée alors que les marchés financiers étaient déjà en phase de repli relativement bien contrôlé. »

Quelles sont vos perspectives en ce début d’année 2019 ?

François Bourdon, chef des placements global, Fiera Capital

« J’estime que les marchés boursiers ne traversent qu’un mauvais moment d’ajustement des valeurs – un peu brutal – avant le rebond final de ce cycle favorable en Bourse.

« Certes, les principaux indices boursiers ont subi des dommages ces derniers mois et ne pourront sans doute pas établir de nouveaux sommets pour ce cycle boursier.

« En contrepartie, les fondamentaux de l’économie et la politique monétaire demeurent favorables [taux d’intérêt et soutien des marchés obligataires]. Aussi, les évaluations dans les marchés les plus éprouvés en 2018, notamment au Canada et dans les marchés émergents, sont redevenues attrayantes en vue d’une dernière poussée de fin de cycle. »

Vincent Delisle, cochef des placements, Hexavest

« Je demeure prudent malgré le rebond récent de la Bourse américaine après les creux atteints en décembre, et qu’elle risque encore de "revisiter" durant la première moitié de 2019.

« D’une part, je m’attends à un ralentissement plus marqué que celui auquel s’attendent les marchés financiers dans les principaux indicateurs de croissance économique aux États-Unis, en reflet de ce qui passe ailleurs dans le monde depuis quelques mois.

« D’autre part, en conséquence de ce ralentissement, je m’attends dès les premiers mois de 2019 à une multiplication des baisses de prévisions de résultats parmi les entreprises influentes en Bourse. Et ça risque encore d’inquiéter les marchés, comme on l’a vu récemment avec Apple et FedEx. »

Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Valeurs mobilières Desjardins 

« Je suis demeuré positif l’an dernier malgré la volatilité extrême à certaines périodes. Et je le demeure en ce début d’année 2019 parce qu’il n’y a pas encore de récession à l’horizon, aux États-Unis comme ailleurs dans le monde.

« Ce qui se produit pour le moment, c’est un ralentissement prévisible de la croissance de l’économie et, du coup, des attentes de bénéfices des entreprises.

« Cela dit, les marchés financiers continuent de se rapprocher d’une fin de cycle. Par conséquent, les investisseurs devraient rehausser leur degré d’agilité en portefeuille afin d’être préparés à tirer parti de la volatilité accrue en Bourse, qui est typique d’une fin de cycle. »

Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

« Après le repli un peu trop exagéré de décembre – le pire depuis les années 30, malgré les indicateurs économiques encore au vert –, je m’attends à un rebond des marchés boursiers durant le premier trimestre.

« Même ralenties, les perspectives économiques demeurent favorables en dépit des vives tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis.

« Aussi, la Réserve fédérale américaine (Fed) semble mieux disposée à reporter de quelques mois ses prochaines hausses de taux d’intérêt.

« Pendant ce temps, le sentiment des investisseurs est excessivement pessimiste. Ce qui augure habituellement un bon potentiel de rebond en Bourse au cours du trimestre suivant. »

Où en est votre répartition d’actifs en portefeuille ?

François Bourdon, chef des placements global, Fiera Capital

« Après cette récente correction, je renoue avec un certain optimisme de rebond haussier dans les marchés financiers au cours des prochains trimestres.

« Par conséquent, je rehausse ma répartition en actions (de 55 % à 60 %). Et surtout en actions américaines (de 10 à 13 %) parce que l’économie et les résultats des entreprises aux États-Unis s’annoncent encore bons pour l’avenir prévisible.

« Je rehausse aussi un peu la répartition en actions internationales (Europe, Asie et Extrême-Orient, de 5 à 7 %) parce que je m’attends à ce que ces marchés profitent de la resynchronisation de la croissance de l’économie mondiale au cours des prochains mois, quoique dans une mesure un peu moindre qu’auparavant. »

Vincent Delisle, cochef des placements, Hexavest

« Malgré la correction survenue en fin d’année 2018, les actions américaines se négocient encore à une prime de valeur excessive en comparaison du reste du monde, dont le Canada, l’Europe et les marchés émergents.

« Par conséquent, la Bourse américaine pourrait décevoir en 2019 par rapport à ces autres marchés boursiers, où les évaluations sont plus attrayantes après plusieurs mois de repli.

« Dans ce contexte, je rehausse légèrement ma répartition en actions (de 52 % à 54 %) en réduisant l’encaisse. Mais ça se limite prudemment à saupoudrer des ajouts minimes (+ 1 %) à ma répartition en actions internationales (Europe, Asie, Extrême-Orient) et en actions des marchés émergents. » 

Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Valeurs mobilières Desjardins 

« Pour ce début d’année 2019, je demeure surpondéré en actions (75 % du portefeuille) et dans le marché américain (35 %). Parce que l’économie américaine demeure forte, même en croissance ralentie, et que je m’attends à ce que le dollar américain demeure fort.

« En contrepartie, je réduis un peu ma pondération sur la Bourse canadienne (de 27 % à 22 %) en raison de l’impact négatif sur ses plus gros secteurs (finances, énergie, matériaux) de certains éléments de fin de cycle, comme la hausse des taux d’intérêt et la baisse des prix du pétrole et des matières premières. » 

Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

« Je diminue la part en obligations (de 28 à 22 %) en faveur d’une hausse prudente de l’encaisse (de 7 à 10 %), tout en rehaussant légèrement la part en actions hors du Canada et des marchés émergents, où le positionnement est suffisant.

« D’une part, je rehausse d’un point (à 23 %) la répartition en actions américaines parce que c’est aux États-Unis que la croissance demeurera la plus forte et que le cycle favorable en Bourse n’y est pas encore terminé.

« D’autre part, je rehausse de deux points (à 10 %) la part en actions internationales (Europe, Asie, Extrême-Orient) avec un intérêt particulier envers l’Europe, où les marchés ont déjà été très affectés par des indicateurs économiques moins favorables. Entre temps, des surprises positives sont encore possibles en Europe, surtout dans le secteur industriel. Et je doute que la Banque centrale européenne (BCE) augmente ses taux, comme plusieurs l’anticipent. »

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