Vincent Cassel

Portrait d’artiste

Il ne connaissait pas du tout le réalisateur du film ni même l’œuvre de Paul Gauguin à vrai dire. Vincent Cassel a pourtant accepté d’incarner le peintre qui, à la fin du XXe siècle, a quitté l’Europe civilisée pour vivre de façon plus libre à Tahiti, et, du coup, prendre l’inspiration pour ses toiles les plus célèbres. 

Avant Gauguin – Voyage de Tahiti, Édouard Deluc n’avait réalisé qu’un seul autre long métrage, Mariage à Mendoza. Comment procédez-vous quand arrive une proposition faite par un cinéaste que vous connaissez peu ?

Je rencontre d’abord le mec et je vois si, déjà, au bout d’un quart d’heure, je m’ennuie. Ce ne fut pas le cas avec Édouard Deluc. J’ai pu me rendre compte à quel point il était passionné par son sujet, et je sentais surtout qu’il avait l’étoffe pour pouvoir en parler. Il a trouvé un lien entre sa propre vie et ce qu’il voulait raconter, et cela donne toujours un truc intéressant. Il y a aussi qu’on peut voir là le film qui amènera un cinéaste ailleurs, au stade supérieur. De faire partie d’une telle aventure est toujours intéressant pour un acteur. Miser sur un cinéaste établi et reconnu, c’est simple !

Que connaissiez-vous de Gauguin auparavant ? Avez-vous accepté le rôle d’emblée ?

Pour être totalement honnête, j’ai connu la période tahitienne de Gauguin grâce à une série de pubs très célèbres en France. Il est d’ailleurs marrant de constater comment la culture, peut-être encore plus pour les nouvelles générations, passe par là. Les jeunes ont conscience des images d’Épinal parce qu’elles sont recyclées dans des clips, dans des pubs ou dans des films. On en vient cependant à ne plus savoir à qui revient la paternité de ces images, mais elles vous frappent quand même. Alors, quand on m’a dit Gauguin, ces images me sont revenues en tête. Évidemment, j’avais vu des choses de lui bien avant, mais dans un contexte qui n’avait rien à voir avec l’art, en fait. J’avais aussi envie de le faire, car je n’avais jamais joué le rôle d’un artiste encore. Je me suis dit que dans une carrière d’acteur, il s’agit peut-être d’un truc qu’il fallait faire.

Les portraits d’artistes sont déjà nombreux au cinéma. Comment vous y êtes-vous pris pour apporter une touche différente ?

J’ai surtout vu les écueils qu’il fallait éviter. Je ne voulais pas d’un mec qui souffre devant son art. Je souhaitais plutôt une approche qui s’incarne dans quelque chose de plus accessible. À mes yeux, le script a pris son envol quand on a cristallisé le récit autour d’une histoire d’amour impossible, en fait. C’est là que je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à défendre.

En Gauguin, il existe ce mélange d’égoïsme terrible et de courage fou. Quand il quitte la France, il est quand même le seul à croire en lui et à penser qu’il est le plus grand peintre de son époque, même s’il n’avait pas de quoi manger et plus de quoi peindre. Il a eu raison. Son talent n’est pas tant dans le dessin que dans cette capacité à retranscrire une émotion, complètement en désaccord avec les peintres de son époque, dont l’approche était beaucoup plus réaliste. Son attitude, sa façon de croire en lui envers et contre tout me plaisait bien.

Avez-vous l’impression d’avoir joué dans un biopic ?

Pour moi, un biopic est un film sur quelqu’un dont on posséderait des images. Ce n’est pas le cas ici. J’ai inventé mon Gauguin pour qu’il fonctionne dans la réalité du film, dont le scénario est inspiré de Noa Noa, le carnet de voyage qu’il a écrit après son premier séjour à Tahiti. Dans ses écrits, Gauguin invente aussi des aspects de sa vie. Il s’est métissé alors qu’il ne l’était pas dans la vie. J’ai pu obtenir une version de Noa Noa écrite à la main, avec des croquis. Il s’agit d’un très bel objet. On trouve ce qu’il écrit, mais aussi la manière dont tout est agencé. L’objet devient ainsi très vivant et révèle autant que ce qu’il écrit. J’ai aussi appris à peindre avec un coach. Mais je n’ai pas poursuivi après le film.

Depuis Gauguin, vous avez enchaîné les tournages et les projets se font tout aussi nombreux au cours des prochains mois. On vous verra notamment dans Fleuve noir, une adaptation du roman de Dror Mishani, par Érick Zonca.

Dans le roman, il y a des choses très sombres qui passent mieux à l’écrit qu’à l’écran. En cours de route, j’ai dit au cinéaste qu’il fallait alléger le tout parce que ça donne quelque chose de vraiment trop lourd à l’image. Ça devient trop graphique sur le plan visuel. L’important, c’est d’en garder l’esprit et c’est ce que nous avons fait. Nous avons quand même tourné des scènes dont je savais pertinemment, en les fabriquant, qu’elles ne se retrouveraient pas dans le film. Quand je ressens un sentiment très fort comme ça, j’en parle au metteur en scène, mais si je suis obligé de tourner la scène quand même, je ne me gêne pas pour dire ma façon de penser plus tard. 

Sur un plateau, êtes-vous en mesure d’évaluer si le film que vous êtes en train de tourner sera réussi ?

Oui. Quand on est porté par quelque chose, on le ressent très bien. On se rend compte aussi à quel point le cinéaste a quelque chose à dire ou pas. Gauguin – Voyage de Tahiti correspond à l’image que je m’en étais faite.

Gauguin – Voyage de Tahiti prendra l’affiche le 25 mai.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.

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