Dominique Michel au Bye bye 2018

La comédienne et humoriste fera une apparition au Bye bye, populaire revue de fin d’année diffusée le 31 décembre à 23 h. Radio-Canada a dévoilé la nouvelle de façon oblique hier dans un communiqué au sujet des invités de Tout le monde en parle de demain, qui accueille les principaux artisans du Bye bye. Des invités spéciaux se grefferont à ce Bye bye qui célèbre cette année son 50anniversaire. « Le bruit court à l’effet que Dominique Michel n’en était peut-être pas à son dernier Bye bye, finalement… », lit-on. En octobre dernier, alors qu’on inaugurait sa statue au musée Grévin Montréal, Dodo, 86 ans, avait d’ailleurs dit être ouverte à l’idée de participer à l’émission, même si elle se remet d’un malaise cardiaque survenu l’été dernier. — André Duchesne, La Presse

Chronique

Ces femmes qui nous font rire

Longtemps, on a cru que les femmes ne pouvaient pas être drôles ou n’avaient pas d’affaire à l’être. Longtemps, on a vu l’humour comme un territoire uniquement masculin où les rares femmes à vouloir s’y aventurer le faisaient à leurs risques et périls. Les temps ont changé. Les femmes qui nous font rire sont désormais légion. Au Canada anglais, on peut notamment les retrouver sur les ondes de la CBC où elles distillent un humour qui leur est propre dans des émissions qu’elles ont parfois elles-mêmes créées. C’est le cas par exemple de Workin’ Moms, sitcom sur une mère indigne écrite et interprétée par Catherine Reitman.

Le cas aussi de Carolyn Taylor, improvisatrice, stand-up comic et auteure qui pilote le Baroness von Sketch Show, une émission d’humour décapante et déjantée écrite par une équipe entièrement féminine.

J’ai découvert l’existence de ces femmes dernièrement lors d’une célébration de l’humour au féminin organisée à Ottawa, à la demande de Catherine Tait, la nouvelle présidente de CBC/Radio-Canada.

Chantal Lamarre, Édith Cochrane et Marie-Andrée Labbé, l’auteure de Trop, avaient elles aussi été invitées à titre de représentantes francophones de l’humour au féminin. Questionnées à tour de rôle par Rebecca Makonnen, les filles ont raconté leur parcours, évoqué leurs mentors et parlé de leur modus operandi actuel. Et je comprends mes camarades québécoises d’avoir été vertes de jalousie en comparant leur situation avec celle de leurs collègues de CBC.

À CBC, l’humour au féminin est poussé, encouragé et bénéficie de fonds importants. Et cette différence d’approche avec le réseau français est d’abord structurelle. Les filles drôles de la CBC relèvent d’un vrai service entièrement voué à l’humour, là où Radio-Canada lui préfère un service des variétés, souvent plus porté sur la musique que sur l’humour.

De cette première différence découle tout le reste. Comme plus d’argent est alloué à l’humour, ces fonds génèrent plus d’embauches du côté des auteurs et, au bout du compte, plus de jours de tournage. En humour comme ailleurs, le temps, c’est de l’argent.

C’est ainsi que pas moins de huit auteures collaborent au Baroness von Sketch Show, une émission hebdomadaire de 30 minutes.

La seule fois dans l’année où Radio-Canada fait travailler huit auteurs sur une émission à sketches, c’est pour le Bye bye. C’est l’exception qui confirme la règle. Avec le Baroness von Sketch Show, l’exception EST la règle.

Le budget de Baroness lui garantit non seulement une abondance et une diversité d’auteurs, mais cinq jours de tournage par émission. Or cinq jours de tournage, c’est quatre jours de plus que n’importe quelle émission d’humour québécoise. J’exclus évidemment des comédies comme Trop ou Les Simone qui relèvent du service des dramatiques.

La dernière grande différence, cette fois en faveur du réseau français, c’est la portée et le rayonnement.

Dire que les cotes d’écoute de CBC sont modestes est un euphémisme. En réalité, pour la population visée, elles sont faméliques. 

Avec deux fois moins de budget et seulement 8 millions de téléspectateurs potentiels sur 35 millions, les émissions de Radio-Canada obtiennent des cotes d’écoute trois fois plus élevées. Le Baroness von Sketch Show a beau jouir d’une belle réputation, l’émission intéresse seulement 300 000 Canadiens – même si l’émission se rattrape sur Facebook où ses sketchs sont visionnés des millions de fois.

Bref, je comprends les Québécoises de se demander pourquoi elles n’ont pas les mêmes conditions que leurs camarades de la CBC, même s’il s’agit d’un vieux contentieux qui sévit au réseau public depuis des lustres.

Reste que, finalement, l’important, c’est la qualité de l’humour. Or, à ce chapitre, ce sont deux formes d’humour qui se déploient sur le réseau public, chacun avec ses particularités et ses points forts.

L’humour des anglos est beaucoup plus cru, plus direct et n’hésite jamais à verser dans la vulgarité et l’outrance. Dans Workin’ Moms, les mères indignes s’envoient en l’air, négligent leurs enfants, ne pensent qu’à retourner au boulot et, n’y arrivant pas, cuvent leur déception en picolant à toute heure du jour.

Dans le Baroness von Sketch Show, il y a d’ailleurs un sketch à ce sujet qui a fait fureur sur le web et a obtenu des millions de vues. Le sketch se déroule dans une épicerie où une dame installée à un kiosque propose un produit pour conserver le vin une fois que la bouteille est ouverte. Or la cliente (interprétée par Caroline Taylor) ne comprend pas l’utilité du produit, puisque chaque fois qu’elle ouvre une bouteille, elle la boit au complet.

La transgression est un thème de prédilection chez les humoristes anglophones. Du côté des Québécoises, on est dans un humour plus léger, plus féminin et plus clownesque. Même quand les personnages de Trop tombent dans l’excès et l’exagération, elles ne le font jamais avec la lourdeur de leurs camarades canadiennes-anglaises.

Mais anglo ou franco, l’important, en fin de compte, c’est que toutes ces femmes se sont donné le droit de nous faire rire et, en prime, de rire d’elles-mêmes au passage. Bravo, mesdames, et surtout ne lâchez pas !

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.