Grossesse tardive

Entre joie et doutes

En France, l’annonce la semaine dernière de la grossesse de la femme d’affaires Margarita Louis-Dreyfus, âgée de 53 ans, a fait de nombreuses vagues sur l’internet ; la présidente de Louis Dreyfus Commodities et actionnaire majoritaire de l’équipe de soccer l’Olympique de Marseille attend des jumelles pour le mois d’avril. Cette grossesse très tardive suscite de nombreuses questions et inquiétudes. Même si elles sont de plus en plus fréquentes après 40 ou 45 ans, ces grossesses comportent des risques. Quels sont-ils ?

En 2014, au Québec, 12 femmes âgées de plus de 50 ans ont donné la vie, alors qu’on a recensé 87 700 naissances. Les femmes âgées de 40 à 49 ans ont engendré 2838 naissances, un chiffre qui tend à augmenter, tout comme l’âge moyen de la maternité, qui est passé de 27,3 ans en 1976 à 30,4 ans en 2014.

Les grossesses de femmes de plus de 50 ans sont possibles grâce à la procréation assistée. Celle de Margarita Louis-Dreyfus aurait-elle été possible au Québec ? Oui, répond le Dr Jacques Kadoch, directeur médical de la clinique de procréation assistée du CHUM.

« En Amérique du Nord, les cliniques permettent le don d’ovules à des femmes jusqu’à l’âge moyen de la ménopause, qui est de cinquante-deux ans et demi. On évalue avant la patiente pour être bien certain qu’elle est en forme, mais évidemment, il y a des risques. »

— Le Dr Jacques Kadoch

Le Dr Kadoch précise qu’au Québec, on est contraint par la loi de ne transférer qu’un seul embryon, mais l’embryon unique peut se diviser.

Fausses couches, hypertension, diabète, les grossesses tardives sont plus surveillées médicalement que les autres parce qu’elles comportent des dangers. « Il y a des risques de prééclampsie, qui est une hypertension sévère pendant la grossesse, un risque de prématurité encore plus élevé, parce que c’est une grossesse gémellaire dans ce cas. Pour ce qui est des anomalies, puisque pour une femme de 53 ans, il est quasiment impossible que ce soient ses ovules qui aient été utilisés, les embryons doivent être issus d’une donneuse d’ovules qui doit être jeune, donc le risque d’anomalies est faible puisque lié à l’âge. Si les femmes âgées de 40 à 44 ans utilisent leurs propres ovules, elles sont exposées à des risques d’anomalies plus élevés liés à l’âge », explique le Dr Kadoch.

On peut ajouter qu’il est beaucoup plus épuisant d’être enceinte après 40 ans. « Imaginez à 53 ans ! Tout dépend de l’âge biologique – défini par le style de vie, qui dépend de la santé des tissus et des artères – dont on doit tenir compte, c’est une notion peu étudiée, mais à âge égal, l’âge biologique peut être très différent. Tout dépend de la condition physique de la femme », précise-t-il.

INJUSTICE NATURELLE

Le Dr Jacques Kadoch estime qu’il y a une injustice naturelle entre l’homme et la femme et que, grâce à la science, il est possible de la corriger. « Il faut encourager les femmes à avoir des enfants le plus tôt possible, car leurs chances d’être enceintes sont plus grandes, mais d’un autre côté, on a la possibilité de préserver leur fertilité. Par exemple, en mettant en banque des ovocytes ou des embryons. Si une femme fait prélever ses ovules à 33 ans, et qu’elle les utilise 10 ans plus tard, les ovules se figent dans le temps. Si elle les utilise à 43 ans, ses ovules auront toujours 33 ans. On commence à le faire sur une base presque routinière pour des raisons de préservation sociale de la fertilité. »

Il précise que la fertilité des femmes atteint son maximum alors qu’elles ont de 20 à 25 ans et après, elle ne fait que décliner.

Il faut savoir qu’une femme de 25 ans a 25 % de chances de devenir enceinte à chaque cycle, et cette probabilité baisse à 6 % pour une femme de 40 ans.

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