Comme larrons en foire

Jonathan Drouin et Max Domi ont uni leurs efforts pour permettre au Tricolore de récolter une victoire facile.

Analyse

Canaliser l’énergie

On disait plus tôt cette saison que le Canadien avait les défauts de ses qualités, par exemple quand cette équipe composée principalement de petits patineurs rapides manquait d’air contre des formations plus costaudes.

Cette expression s’applique aussi à merveille à Max Domi. Sa qualité : une énergie et une intensité débordantes, cette capacité de jouer sur la limite. Ses défauts : un trop-plein de combativité, une tendance à justement dépasser cette limite. Cette indiscipline lui avait fait, rappelons-le, rater le calendrier préparatoire en raison d’une suspension.

Hier, cette capacité qu’a Domi de canaliser son énergie à la limite sautait aux yeux. Le Canadien l’a emporté facilement 5-2 sur les Sénateurs d’Ottawa, et c’est lui qui accordait l’entrevue sur la patinoire à Marc Denis, en vertu de sa performance de trois points.

Pourtant, s’il était tombé sur un arbitre zélé, il aurait très bien pu ne pas se rendre à la fin du match, tant son geste sur Drake Batherson rappelait ce qu’il avait fait à Aaron Ekblad au camp : laisser tomber les gants contre un adversaire qui garde les siens.

Mais même dans le vestiaire des Sénateurs, on s’est incliné devant le caractère de Domi, plutôt que de l’accuser.

« Il s’est porté à la défense de son coéquipier, qui s’est fait accrocher dans une bataille pour la rondelle, il a jugé qu’il devait le défendre. C’est parfait, c’est beau à voir, nous aussi, nous le faisons. Ryan Dzingel l’a fait en troisième période, ça montre une belle camaraderie. Domi est un bon joueur, il nous a fait payer [hier] soir », a résumé le gardien Craig Anderson.

« On a des gars qui se tiennent ensemble et ça devient automatique, a fait valoir l’entraîneur-chef Claude Julien. Derrière le banc, je n’ai pas un crochet assez long pour dire : toi vas-y, pas toi. On laisse les choses aller et on apprécie le bon côté d’un coéquipier qui en défend un autre. Tu ne veux pas voir un gars comme Domi se blesser ou se faire suspendre, mais [hier] soir, il a fait ce qu’il avait à faire. »

Un surnom qui restera

Avec sa double mineure et ses deux buts hier, Domi a repris seul le premier rang de deux colonnes de statistiques chez le Canadien : les minutes de pénalité (31) et les buts (13).

Ce qui nous mène à notre deuxième point. La robustesse de Domi, on la connaissait. La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, et il suffit d’avoir vu le paternel jouer pour le comprendre.

On savait aussi Max Domi nettement plus talentueux offensivement que Tie Domi, mais on ne le soupçonnait pas d’être un si habile marqueur. À ses quatre saisons dans les rangs juniors, il a toujours obtenu plus de passes que de buts. À sa dernière année à London : 32 buts, 70 aides. Sa fiche en trois ans en Arizona : 36 buts, 99 aides.

Or, voilà qu’il ne lui manque que cinq buts pour égaler son sommet personnel dans la LNH, avec 54 matchs à jouer à la saison ! Et ses buts hier étaient ceux d’un vrai bon tireur.

« On est les deux dans le même bateau. On va laisser passer des tirs et regarder pour la passe de plus. On en a parlé, on est capables de marquer, les deux », a rappelé Jonathan Drouin, qui a préparé les deux buts du numéro 13.

« On a de bons tirs, il faut s’en servir quand c’est le temps. Des fois, c’est plus facile de tirer que de chercher le jeu parfait. »

— Jonathan Drouin

Curieusement, cette performance survient le soir où un surnom qu’on ne lui connaissait pas a été dévoilé au grand jour. Ses coéquipiers le surnomment souvent Domer lorsqu’ils parlent de lui en entrevue (un classique des surnoms de joueurs. Ajoutez « er » à la fin du nom, et le tour est joué).

Hier, les joueurs du Tricolore portaient exceptionnellement leur surnom dans le dos, et sur le chandail de Domi, on lisait « Shootsy ». On apprendra par la suite que c’était une blague avec Jason Demers, quand les deux jouaient avec les Coyotes de l’Arizona. Demers a ensuite joué avec Jordie Benn à Dallas, Demers a appris à Benn l’existence du surnom, et les deux se taquinent avec ça.

Voilà que Domi produit à un rythme qui lui permet d’espérer une saison de 35 buts. S’il maintient le cap, on a comme l’impression que « Shootsy » lui collera à la peau.

Prochain match : Canadien c. Sénateurs, demain soir (19 h 30) à Ottawa

« Il a fait des replis très importants »

« Quand tu fais des jeux et que tu joues bien sans la rondelle, tu es récompensé. Je ne sais pas si les gens ont remarqué, mais il a fait des replis très importants. Quand il fait ça, on a une chance de gagner tous les soirs. »

— Max Domi, à propos de Jonathan Drouin

« Ça ne se fait pas avec une seule personne. Mais sa présence nous a aidés défensivement. Ça fait un effet domino, car des joueurs ont moins de temps de glace dans certaines situations. »

— Claude Julien, au sujet du resserrement défensif depuis le retour de Shea Weber

« Je ne vois pas ce qui peut être différent entre jouer à l’étranger et à domicile, à part le droit au dernier changement. Je m’explique mal nos insuccès à l’extérieur, c’est un amphithéâtre où on devrait avoir de l’énergie. »

— Craig Anderson

« On a généré beaucoup de chances en première moitié de match, la victoire était à notre portée avec cinq minutes à écouler en deuxième, mais on n’a pas joué de façon très intelligente. Si au moins on avait pu s’en tirer avec une égalité de 1-1 après la deuxième… »

— Mark Stone

« Dès qu’on accorde un but, on cherche à répliquer tout de suite, notre défenseur est imprudent et ça donne ces résultats. Manque de patience, manque de maturité. On sait pourtant qu’on peut marquer des buts à la tonne. On aurait dû être plus patients. »

— Guy Boucher

Propos recueillis par Mathias Brunet et Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Des changements opportuns

Claude Julien gère généralement son banc de façon mesurée, un peu comme Jacques Martin avait l’habitude de le faire à Montréal. Son prédécesseur Michel Therrien avait la réputation d’être beaucoup plus rapide sur la gâchette. Hier, toutefois, Julien a dérogé à sa règle même si le score était encore égal en deuxième période. Il a muté Andrew Shaw au sein du trio de Jesperi Kotkaniemi et d’Artturi Lehkonen, tandis que Paul Byron s’est retrouvé avec Max Domi et Jonathan Drouin. Les résultats n’ont pas tardé. Byron a effectué une belle sortie de zone sur le deuxième but du match de Domi, tandis que Shaw a fait une superbe passe soulevée à Kotkaniemi après une belle entrée de zone, pour mener au quatrième but de l’équipe, celui de Lehkonen. « Ça s’appelle du coaching, a lancé l’entraîneur avec le sourire après la rencontre. Je voyais certaines choses, [Shaw] n’était pas autant un fit qu’il ne l’était d’autres soirs. Et ce n’est pas permanent pour autant. J’ai mis un gars [Byron] qui avait de bonnes jambes sur ce trio. Ironiquement, les deux ont bien cadré sur leur nouveau trio. »

Julien a-t-il trouvé son quatrième trio ?

Pour la première fois depuis son retour au jeu, il y a 20 matchs, Nicolas Deslauriers a été rayé de la formation contre les Sénateurs d’Ottawa. On l’a remplacé par Matthew Peca, dans le but évident d’ajouter de la vitesse à la formation contre les rapides Sénateurs. Peca a été employé à l’aile, ce qui n’était pas une mauvaise décision dans les circonstances, compte tenu de ses carences au centre en début de saison. Peca a d’abord obtenu l’une des premières chances de marquer de son équipe en première période après avoir reçu une belle passe de Mike Reilly. Peca, malheureusement, a opté pour la passe plutôt que le tir sur le jeu. Quelques présences plus tard, son acharnement le long de la bande en zone défensive a permis une sortie de zone de Max Domi, qui a ensuite produit le premier but du match, celui de Drouin. Peca a semblé se démarquer davantage à l’aile. Devant l’efficacité de Michael Chaput au centre, lui a-t-on trouvé une nouvelle position ? Le brio des trois hommes a permis à Claude Julien d’utiliser les membres de son quatrième trio entre 12 et 13 minutes, un fait rare cette saison.

Les deux joyaux s’affrontent

Les premiers choix du Canadien et des Sénateurs en juin, Jesperi Kotkaniemi (3e au total) et Brady Tkachuk (4e au total), s’affrontaient pour la deuxième fois de leur jeune carrière hier. Les deux offrent des styles complètement différents. Kotkaniemi est un centre plutôt cérébral, Tkachuk est un ailier de puissance qui ne fait pas dans la dentelle. Le jeune Finlandais a ajouté une aide à sa fiche avec une jolie passe sur le but de Lehkonen en fin de deuxième période. Il a joué 11 min 22 s et obtenu un tir au but. Tkachuk n’a pas obtenu de point, mais sa robustesse a été remarquée. Il faut garder la tête haute quand il est sur la glace. Sans nécessairement offrir une mauvaise performance, il a terminé la rencontre avec une fiche de - 3. Après 17 matchs, Tkachuk a 16 points, dont 9 buts. En 29 matchs, Kotkaniemi a maintenant 14 points, dont 3 buts. Tkachuk est l’aîné de Kotkaniemi de presque 10 mois, faut-il préciser.

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