Explosion à la raffinerie d’Irving Oil à saint John

« Il y a eu toute une onde de choc »

L’importante explosion qui a provoqué un incendie hier à la raffinerie d’Irving Oil à Saint John, au Nouveau-Brunswick, n’a causé que des blessures mineures à quatre personnes. Mais l’accident, dont l'origine demeure pour l'instant nébuleuse, aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus graves. Explications.

Blessés en fuyant

L’explosion a eu lieu peu après 10 h hier matin, selon des témoins, et a engendré de grandes flammes et un imposant panache de fumée noire. La majorité des blessés sont des entrepreneurs contractuels qui travaillaient à la relance de l’usine, dont la majorité des installations étaient fermées en raison de travaux. Un employé, qui ne voulait pas être identifié, a raconté avoir été renversé par le souffle de l’explosion initiale. « Il y a eu toute une onde de choc quand l’explosion s’est produite », a-t-il confié au moment de quitter les lieux en compagnie d’autres collègues, quelques heures après l’événement. Irving Oil a confirmé sur Twitter à 14 h, heure locale, que tous ses employés se trouvaient en lieu sûr. Robert Duguay, porte-parole de l’Organisation des mesures d’urgence du Nouveau-Brunswick, a indiqué à La Presse canadienne que les personnes blessées l’avaient été en fuyant les lieux.

Opérations risquées

En date d’hier, la raffinerie comptait quelque 3000 travailleurs, mais la plupart des installations étaient fermées pour d’importants travaux d’entretien. Le responsable des approvisionnements et du raffinage chez Irving Oil, Kevin Scott, a révélé qu’il y avait eu un dysfonctionnement dans l’unité de traitement du diesel, où le soufre est extrait du carburant. « Lors d’une mise hors service, lorsqu’on arrête une unité ou la raffinerie au complet, c’est peut-être une des périodes les plus critiques », commente Luc Bertrand, membre citoyen du Comité mixte municipalités-industries (CMMI) de l’est de Montréal, un organisme promouvant la gestion des risques d’accidents industriels majeurs. En entrevue téléphonique avec La Presse, M. Bertrand explique « qu’il faut être encore plus prudents, surveiller toutes les sources d’ignition » durant ces opérations.

Puissante détonation

Litsa Daeres, qui vit à proximité de la raffinerie, a confié avoir entendu une puissante détonation alors qu’elle préparait le repas de l’Action de grâce. « Toute ma maison a tremblé, a rapporté la femme de 34 ans. Je pensais que mon fourneau avait explosé. » Un autre résidant de Saint John, Michael Steeves, a raconté qu’il était au volant de son véhicule lorsqu’il a remarqué l’épaisse fumée qui s’élevait au-dessus des installations, à environ un kilomètre. « D’où j’étais, je pouvais voir les flammes. Je dirais qu’elles étaient à environ une centaine de pieds dans les airs. Et il y avait ce gigantesque panache de fumée noire », a-t-il indiqué, évoquant au passage le souvenir d’une explosion selon lui similaire survenue à la même raffinerie dans les années 90 et durant laquelle une personne avait perdu la vie. Des centaines de témoins observaient la scène au loin, a ajouté M. Steeves.

Inquiétude dans les environs

À 16 h, on demandait encore aux résidants de demeurer à l’intérieur et les rues avoisinantes étaient toujours fermées. Le chef de district du service d’incendie, Mike Carr, a cependant assuré qu’il n’y avait aucun danger sur le plan de la qualité de l’air, mis à part la fumée. « En ce moment, l’incident est stabilisé », a confirmé M. Carr. Gordon Dalzell, qui vit dans le quartier voisin de Chaplain Heights, s’est inquiété de l’épaisse fumée noire, mais surtout du danger représenté par les polluants qu’on ne peut ni voir ni sentir. Président de la Coalition citoyenne pour un air pur à Saint John, M. Dalzell a affirmé que la raffinerie rejetait déjà de nombreux « composés organiques volatils » dans l’air qui pouvaient présenter des risques pour la santé humaine. La raffinerie est située près de plusieurs quartiers résidentiels et à environ cinq kilomètres du centre-ville.

La sécurité à revoir ?

Pour Sean Tucker, professeur agrégé à l’Université de Regina, en Saskatchewan, spécialisé en santé et sécurité au travail, le transport du pétrole suscite beaucoup d’inquiétudes au Canada, mais les raffineries ne font pas l’objet d’une grande attention. « Il faut porter plus d’attention aux raffineries, et cela va entraîner une meilleure sécurité à proximité des quartiers résidentiels », dit-il. « Ce qui est problématique, c’est que les raffineries vont continuer de croître avec le temps et que les quartiers résidentiels vont demeurer là. » Selon le professeur Tucker, l’un des problèmes est que ces puissantes entreprises sont souvent implantées dans des plus modestes juridictions comme la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador. Shafik Bhalloo, avocat et professeur à l’Université Simon Fraser, avance quant à lui que toute personne touchée par une explosion dans une raffinerie peut potentiellement déposer une poursuite civile contre l’entreprise responsable, si elle peut prouver le dommage.

Plus de peur que de mal

En conférence de presse après l’incendie, Kevin Scott a affirmé que l’entreprise était très reconnaissante de la tournure des événements. Les autorités ont avoué être soulagées de ne pas avoir à annoncer un bilan plus lourd. « Ce genre d’incendie est bien sûr particulièrement dangereux », a commenté Luc Bertrand. L’expert a précisé que l’aspect spectaculaire d’un tel incendie n’est pas nécessairement révélateur de la gravité de la situation. « Ça a l’air bien impressionnant, ces immenses flammes, mais c’est parce qu’on doit les laisser brûler », a-t-il expliqué. En effet, la « dernière chose » à faire lorsqu’un tel incendie survient est « d’enlever la flamme », a ajouté M. Bertrand. « Sans la flamme, le gaz s’accumule et ça pourrait créer une explosion encore plus forte. »

— Avec La Presse canadienne

Au Québec

Deux raffineries pétrolières sont actives au Québec, soit à Montréal et à Lévis. Selon le Comité mixte municipalités-industries (CCMI) de l’est de Montréal, aucun accident industriel majeur n’est survenu depuis le début de l’industrialisation de l’est de l’île. L’an dernier, une fournaise de la raffinerie montréalaise avait explosé à la suite d’une panne de courant. L'incendie avait été rapidement maîtrisé et n'avait pas fait de blessés. En 2017 également, la raffinerie d’Énergie Valero de Lévis a plaidé coupable à six chefs d’accusation pour le déversement de 200 000 litres de mazout sur son terrain. Deux incendies simultanés s'y étaient déclarés en 2010, sans conséquences majeures.

— Marissa Groguhé, La Presse

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