Dominique Fils-Aimé à Paris

Chanter avec amour

Le public parisien a découvert la chanteuse québécoise le temps d’une soirée au festival Aurores Montréal

Alors que son album Stay Tuned ! vient de sortir en France, la chanteuse Dominique Fils-Aimé donnait son premier concert à Paris, vendredi, dans le cadre du festival Aurores Montréal. Elle se produira aussi lundi et mardi au club de jazz Duc des Lombards, pour continuer de propager l’amour et l’empathie.

Pour son tout premier concert parisien, vendredi, Dominique Fils-Aimé était comme à la maison au Centre culturel canadien. Incorporée à l’ambassade érigée depuis deux ans dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré, cette enclave programme des expositions (en ce moment, la Montréalaise Dominique Blain), du théâtre, du cinéma, des rencontres littéraires… mais aussi des concerts, dont une soirée de la septième édition du festival Aurores Montréal, qui se déroule du 28 novembre au 5 décembre. 

Vendredi, Dominique Fils-Aimé en était donc l’invitée, introduite par la directrice Caitlin Workman, pour qui l’artiste « de parents haïtiens, Montréalaise francophone, qui chante en anglais » est emblématique du mélange des cultures prôné par l’établissement.

Une première

Deuxième volet d’une trilogie introduite par Nameless, Stay Tuned ! est aussi le premier album de Dominique Fils-Aimé bénéficiant d’une sortie française. Si elle espère séduire ce nouveau public, c’est maintenant. 

Outre aux Aurores Montréal, devant 250 invités, elle se sait très attendue au Duc des Lombards, le prestigieux club de jazz de la rue des Lombards, où elle se produit lundi et mardi. Pas de pression excessive : la jeune femme gère sa carrière par cercles concentriques – le Québec, puis le Canada, les États-Unis et maintenant l’Europe. « Il s’agit moins de conquérir des territoires que de propager l’amour, l’empathie et l’ouverture d’esprit au moyen de la musique », dit-elle en introduction, avant de monter sur scène. 

C’est le sens de son répertoire, enraciné dans le jazz de Nina Simone ou de Billie Holiday réclamant le droit des Afro-Américains à vivre libres et égaux. « Cette mémoire collective résonne en moi », souligne-t-elle tout en expliquant que, élevée dans un Montréal cosmopolite, elle a été relativement abritée du racisme systémique. 

« C’est sans doute ce qui me permet de chanter avec amour, alors que Nina Simone le faisait avec colère, au point que des portes se sont fermées sur elle. La colère est essentielle, mais c’est la combinaison des expressions qui permet de faire évoluer les choses. »

— Dominique Fils-Aimé

Son nom de famille renvoie à de lointains ancêtres français, à l’esclavage en Haïti et à la difficulté de se construire une identité sur une telle histoire. Justement, Stay Tuned ! a été notamment nourri par la polémique autour de SLĀV, le spectacle de Betty Bonifassi mis en scène par Robert Lepage, taxé d’appropriation culturelle et déprogrammé au Festival international de jazz de Montréal juste avant sa présentation, en 2018. 

« Ouvrir le sujet »

« Je chantais au festival le soir même de cette annulation et j’étais attristée par la manière dont les gens se parlaient, même si ça a eu le mérite d’ouvrir le sujet », raconte Dominique Fils-Aimé en déplorant que Robert Lepage ait réitéré cette approche au détriment des Autochtones au moment de monter Kanata, finalement créé à Paris en décembre 2018. « Ce sont des questions qui occuperont encore plusieurs générations, l’important étant que nous puissions discuter de façon saine et non violente. »

Alors que l’obsession identitaire empoisonne le débat politique de part et d’autre de l’Atlantique, Dominique Fils-Aimé oppose la douceur à l’animosité. « Ma famille est chrétienne, mais je suis bouddhiste et je pense que l’on récolte ce que l’on sème. » Sa mère encourageait son indépendance d’esprit quand elle lui disait : « Ta maison, c’est où tes pieds sont. » 

À Montréal, à Paris et partout ailleurs, la chanteuse déploie donc le même charisme qui lui a attiré une ovation après sa première apparition française, conclue en rappel sur Ensorcelée, de Daniel Bélanger. 

Après une séance d’autographes, Dominique Fils-Aimé a regagné le quartier Belleville, où elle loge, pour préparer la suite : de nouveaux concerts, au cours desquels elle déposera son baume sur des sujets douloureux.

Festival Aurores Montréal, du 28 novembre au 5 décembre, dans différents lieux parisiens

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