Nick Suzuki comparé à Ryan O’Reilly

« Ces gars-là sont difficiles à affronter », dit l’entraîneur André Tourigny

André Tourigny reconnaissait le talent de Nick Suzuki avant de l’affronter en finale de la Ligue junior de l’Ontario. Mais jamais ne le croyait-il capable de dominer ainsi.

« Tu le vois jouer contre les autres clubs et tu penses savoir à quel point il est bon, m’a confié au téléphone l’entraîneur-chef des 67 d’Ottawa. Tu te dis : “D’accord, il est fort, mais ça risque d’être différent contre ton défenseur de 6 pi 6 po et 236 lb Kevin Bahl.” C’est un autre animal, quand même, Bahler. Mais tu l’affrontes et tu réalises qu’il est capable de faire les mêmes choses contre Bahler… »

Tourigny digérait encore l’élimination de son club.

Les 67 ont subi seulement 12 défaites en temps réglementaire cette saison. Ils n’avaient perdu aucun match de séries éliminatoires et menaient 2-0 en finale lorsque l’espoir du Canadien s’est mis en marche une fois de plus dans un moment de haute tension pour le Storm de Guelph.

Suzuki a obtenu 11 points dans les 4 derniers matchs de la série pour permettre au Storm de vaincre Ottawa en 6 matchs et ainsi accéder à la Coupe Memorial.

Le jeune centre de 19 ans, obtenu dans l’échange de Max Pacioretty l’été précédent, avait amassé 17 points en 7 matchs dans les 2 rondes précédentes dans les rencontres où Guelph faisait face à l’élimination.

Ce choix de premier tour (13e au total) des Golden Knights de Vegas en 2017 a amassé 42 points en 24 matchs de séries éliminatoires, le plus haut total du hockey junior canadien.

« Je le trouvais très bon, très intelligent, je trouvais qu’il faisait plein de bonnes choses sur la glace, mais en l’affrontant, tout s’est amplifié. C’est son intelligence dans les mises en jeu, sa façon d’absorber les mises en échec, sa façon de protéger sa rondelle, plein de choses qui en font un joueur très difficile à contrer. Je le savais, mais je ne savais pas à quel point. »

Au minimum dans le deuxième trio

André Tourigny a dirigé de jeunes phénomènes au cours de sa carrière. Nikita Kucherov a joué pour lui à Rouyn-Noranda, idem pour Nico Hischier à Halifax. Il a travaillé auprès de Matt Duchene, Nathan MacKinnon, Ryan O’Reilly et Gabriel Landeskog pendant quelques hivers à titre d’adjoint à Patrick Roy chez l’Avalanche du Colorado. Aucun doute dans son esprit : Suzuki deviendra un très bon joueur pour le Canadien.

« Il va jouer pro, mais je connais le monde de Montréal, ce n’est pas un McDavid, un MacKinnon ou un Guy Lafleur qui va transporter les foules. Ça va être un très, très bon joueur de hockey. Il va aider son club à gagner, son coach va l’adorer et le faire jouer beaucoup, mais il n’est pas électrisant. »

— André Tourigny

Tourigny n’est pas prêt encore à le placer dans la même catégorie que Nico Hischier. Celui-ci, le premier choix au total de la cuvée 2017, était déjà au centre du premier trio des Devils du New Jersey à 18 ans.

« Il sera au minimum un gars de deuxième trio, un attaquant du top 6. Il me fait beaucoup penser à Ryan O’Reilly [qui lance de la gauche, cependant, contrairement à Suzuki]. Comme pour Suzuki, il faut affronter ou diriger O’Reilly pour réaliser à quel point il est meilleur que ce qu’on croit. Il fait plein de choses : il lit le jeu, il coupe les passes, il ne fait pas beaucoup d’erreurs. Ces gars-là sont difficiles à affronter. »

Le compliment est de taille. O’Reilly, 28 ans, est le premier centre des Blues de St. Louis, vainqueurs des Sharks de San Jose lundi soir au deuxième match de la finale de l’Association de l’Ouest. Il vient de connaître une saison de 77 points en 82 matchs avec les Blues. « Je ne suis pas gêné de les comparer, ça va être dans cette catégorie-là », confirme Tourigny.

Des offres de la LNH ?

L’entraîneur des 67 a évidemment suivi le parcours en séries éliminatoires de son ancienne équipe, l’Avalanche, menée par sa grande vedette Nathan MacKinnon. Celui-ci a été repêché au premier rang par le Colorado en 2013 sous l’insistance de Tourigny et de Patrick Roy.

« Il y avait un débat à l’interne avec Seth Jones et [Aleksander] Barkov, avec raison. Pour nous, c’était impensable de repêcher quelqu’un d’autre. Ça a piqué la curiosité des recruteurs de l’équipe. »

« Je l’avais coaché avec l’équipe canadienne junior, je l’avais dirigé à la série Subway, je le connaissais bien. Patrick venait lui aussi de perdre en séries contre MacKinnon. Pour nous, MacKinnon nous avait fait tellement mal, c’était lui et personne d’autre. »

« Je savais qu’il deviendrait un centre numéro un, mais aujourd’hui, c’est plus que ça encore, c’est l’un des deux meilleurs joueurs au monde. »

— André Tourigny au sujet de Nathan MacKinnon

Tourigny laisse maintenant la poussière retomber. Il dit ne pas encore avoir été sondé par une équipe de la LNH pour un poste d’entraîneur-chef. Des postes sont à pourvoir à Ottawa, Edmonton et Anaheim.

« Tout le monde savait que j’étais en séries éliminatoires de toute façon. Je n’ai pas trop porté attention non plus. J’ai aussi environ 60 messages auxquels je n’ai pas encore répondu. »

Notre homme dit ne pas être scotché à son appareil. « Je suis heureux ici, je suis bien où je suis, mes gars sont à l’université ici, à Ottawa, ma fille a encore deux ans à faire au secondaire et je suis avec une organisation fantastique. Je ne suis pas à la recherche d’un emploi. »

Un appel des Sénateurs lui éviterait un déménagement. Voyons voir si le directeur général Pierre Dorion songera à lui…

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.