IMMOBILIER

Un million en commissions impayées pour 60 courtiers

Une soixantaine de courtiers immobiliers attendent 1 million en commissions impayées, à cause de la débâcle financière de quatre bureaux de Via Capitale Harmonie, appartenant au courtier franchisé Marco Melfi.

Les sommes impayées depuis juin dépassent 50 000 $ pour certains agents très actifs, selon les documents du syndic responsable du dossier. 

Patrick Lauzon, par exemple, attend plus de 80 000 $. « J’étais le numéro un du bureau, alors c’est certain qu’ils m’en doivent plus, explique le courtier, qui a rejoint depuis un autre bureau de Via Capitale. C’est très difficile à vivre. Plusieurs dizaines de familles sont touchées, mais on a très peu d’informations sur les démarches qui sont faites pour récupérer cet argent. »

Deux bureaux de Via Capitale Harmonie (Pointe-aux-Trembles et centre-ville) ont fermé leurs portes, tandis que les deux autres (Ahuntsic et Anjou) ont été repris par la direction du réseau Via Capitale, qui affirme faire tout son possible pour permettre aux courtiers lésés de récupérer leur dû. La direction de la chaîne n’a cependant pas la responsabilité de dédommager les agents.

« C’est la première fois qu’une telle situation se produit dans notre réseau et c’est vraiment déplorable. Le fondement de notre industrie est la collaboration, alors on ne souhaite jamais que cela arrive, ni à nous ni aux compétiteurs. »

— David Martin, président et chef de la direction de Via Capitale

En effet, Via Capitale Harmonie doit de l’argent à ses propres courtiers, mais aussi aux courtiers d’autres agences, qui représentent les acheteurs lors d’une transaction. La somme de la commission sur le prix de vente, souvent partagée entre deux agents, transite par le bureau de l’agence immobilière, avant d’être remise aux agents.

Personne ne sait ce qu’il est advenu de l’argent des commissions, qui ne faisait que transiter par l’agence de Marco Melfi. Le courtier n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue. « Nous enquêtons toujours sur les causes », indique David Martin.

RESPONSABLE PERSONNELLEMENT

L’entreprise de M. Melfi, Comel courtage immobilier, a déposé le 8 septembre un avis d’intention de faire une proposition à ses créanciers, par l’intermédiaire du syndic en insolvabilité Raymond Chabot. Ses dettes totalisent 1,7 million.

La Presse a aussi obtenu une lettre envoyée par Marco Melfi à tous les courtiers impayés, le 1er septembre, dans laquelle il s’engage personnellement à les rembourser, même si c’est son entreprise, Comel, qui est responsable des dettes. Il indique avoir réhypothéqué certaines de ses propriétés et en avoir mis une autre en vente, ce qui lui permet de dégager une somme de 262 000 $ pour régler une partie de ses dettes.

« Je me porte caution personnelle envers tous et chacun d’entre vous de la créance qui vous est due par Via Capitale Harmonie. Je requiers de vous un peu de patience afin que la structure de paiement mise en place soit effective et efficace. »

— Extrait d'une lettre que Marco Melfi a envoyée à tous les courtiers impayés

Selon des documents publics consultés par La Presse, deux autres propriétés de Marco Melfi, à Terrebonne et dans les Laurentides, se sont retrouvées ces derniers mois sur la liste des propriétés à vendre aux enchères pour défaut de paiement de taxes foncières.

Plusieurs courtiers rattachés à Via Capitale Harmonie ont changé de réseau au cours des dernières semaines. « Après plusieurs semaines de retard dans le paiement de nos commissions, on a reçu des chèques qui ont rebondi », raconte le courtier Serge Bissonnette, maintenant affilié à Sutton.

« L’argent qu’il me doit représente un an de travail pour la vente d’une propriété », dénonce Giovanni Delfino, qui est aussi passé au réseau Sutton et qui attend 10 000 $ de Marco Melfi. « Pour d’autres qui sont plus serrés financièrement, c’est catastrophique. »

Les clients qui faisaient affaire avec Via Capitale Harmonie n’auraient pas été touchés par ces problèmes financiers. Lorsque les courtiers changent de réseau, les clients suivent généralement, puisque leur contrat est conclu avec le courtier.

Pour les vendeurs ayant reçu une promesse d’achat qui s’apprêtaient à passer chez le notaire pour conclure la vente, les sommes négociées sont protégées par la loi depuis le début des démarches auprès du syndic en insolvabilité.

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