Analyse

Rosemont : le bûcher des vanités

QUÉBEC — Il y a quelques semaines à peine, le chef péquiste Jean-François Lisée espérait tirer un trait sur une période sombre pour son parti avec une trouvaille : Véronique Hivon devenait vice-cheffe du PQ ! Il y a quelques jours, Québec solidaire rêvait d’une nouvelle impulsion dans l’opinion publique avec l’arrivée d’une vedette aussi inattendue qu’inespérée : Vincent Marissal.

Mais le sondage Léger diffusé mardi par LCN paraît avoir envoyé à la casse les espoirs des uns et des autres. Devant des résultats décevants pour la CAQ, le PQ et QS, tous les partis d’opposition se sont agrippés hier comme à une bouée de sauvetage à la controverse du jour, le « testament politique » de Jacques Daoust, qui confirmait l’opposition du regretté ministre à la vente du bloc d’actions de Rona que possédait Investissement Québec. Dans son dernier tour de piste en politique, Daoust n’avait pas caché sa position – Paul Arcand rediffusait d’ailleurs une entrevue du ministre qui allait dans le même sens. 

De la même manière, avant de partir, M. Daoust disait à qui voulait l’entendre qu’il était opposé à l’arrivée d’Uber, et que le cabinet de Philippe Couillard l’avait forcé à accepter la mise sur pied d’un « projet pilote » pour le nouveau système.

La mise en valeur de Véronique Hivon, jusqu’à prendre la place du chef à l’Assemblée nationale, le retour des Camil Bouchard et Lisette Lapointe comme conseillers et la rentrée au bercail de Jean-Martin Aussant : autant de cartes abattues par Lisée au cours des dernières semaines. Le chef péquiste a aussi joué gros quand il a promis de stopper le REM, dont les travaux seront inaugurés aujourd’hui, si son parti prenait le pouvoir. Le « Grand Déblocage » visait à séduire les électeurs du 450, dans une douzaine de comtés que détient ou convoite le PQ.

Or, si on en croit le sondage, ç’a été peine perdue, l’aiguille n’a même pas frémi au tableau de bord. 

Le PQ récolte 21 % des intentions de vote, près de son creux historique – un point de moins qu’au précédent sondage, une différence trop ténue pour être significative. Jean-François Lisée est encore considéré comme le « meilleur chef » par seulement 11 % de la population – c’est dire qu’il fait du surplace depuis le début de l’année. Philippe Couillard n’est pas loin devant, avec l’appui de seulement 16 % de la population, selon le sondage.

Plus récemment, Lisée a paru obsédé par la rivalité avec Québec solidaire. Ainsi, il a misé sur ce qui distingue son parti de Québec solidaire, la question identitaire, une question susceptible de provoquer un clivage dans l’est de Montréal, mais nulle part ailleurs. La position de la CAQ est très proche de celle du PQ. Seule différence, Lisée tient à ce que les employés, les enseignants ou les éducateurs en garderie aient le droit de conserver leurs signes religieux s’ils sont embauchés avant l’instauration d’un nouveau régime.

Aussi, contrairement à ce qu’il a toujours recommandé aux chefs qu’il conseillait, il est monté personnellement dans l’arène pour attaquer le nouveau candidat de Québec solidaire dans Rosemont, Vincent Marissal. 

À l’époque de Jacques Parizeau ou de Lucien Bouchard, le conseiller Lisée aurait suggéré qu’on envoie un second couteau à l’attaque. Sa vive réaction a prouvé que l’arrivée du nouveau venu l’avait atteint au vif.

Mais les constats du dernier sondage n’étaient pas meilleurs pour Vincent Marissal. L’enquête menée une semaine après qu’il a fait le saut en politique montre que cette recrue n’a pas amélioré la cote de Québec solidaire, toujours à 9 % dans les intentions de vote. Bien sûr, il est probablement trop tôt pour tirer des conclusions, mais l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois à QS au début de 2017 avait fait passer la cote du parti de 9 à 14 % en un mois. Au début de l’été, QS atteignait 18 % d’intentions de vote.

Il faut dire que l’adversaire de Jean-François Lisée dans Rosemont a fait l’objet d’un tir de barrage ahurissant de la part des commentateurs des journaux de Québecor. Des articles ou des blogues relayés constamment par des sympathisants du PQ dans les médias sociaux. Résultat net : l’ancien chroniqueur politique qui venait de passer à Tout le monde en parle avait, la semaine dernière, un taux de notoriété de 35 %, 10 points de plus que Pascal Bérubé, pourtant député péquiste depuis plus de 10 ans, et joueur d’avant pour son parti à l’Assemblée nationale. La notoriété est un ingrédient important, mais la perception l’est probablement tout autant. Chez les Québécois qui se prononcent, 21 % ont une opinion défavorable du nouveau candidat de Québec solidaire, 14 % sont d’avis contraire. Ni Lisée ni Marissal, deux des candidats qui s’affronteront dans Rosemont, le 1er octobre, ne sont sortis indemnes du dernier sondage.

« Testament politique » de Jacques Daoust

Couillard nie s’être ingéré dans la vente de Rona

Québec — Philippe Couillard affirme que son cabinet et lui-même n’ont pas été impliqués dans la vente de Rona à des intérêts américains, et ce, même si l’ancien ministre de l’Économie Jacques Daoust, mort en août dernier, aurait écrit qu’on lui a demandé de dire qu’il était d’accord avec cette transaction, alors qu’il ne l’était pas.

Selon un document que M. Daoust aurait rédigé avant sa mort, obtenu par les médias de Québecor, ce dernier aurait écrit qu’il était furieux qu’on lui demande, au gouvernement, de dire qu’il était d’accord avec la vente des actions de Rona à des intérêts américains par Investissement Québec, alors qu’il ne l’était pas.

M. Daoust aurait écrit qu’il s’est senti sous forte pression pour qu’il assume cette décision qui, selon ses dires, aurait été prise dans son dos. Dans ce document, il affirmerait également s’être fait piéger par un jeu de coulisses entre son directeur de cabinet, Pierre Ouellet, et une personne ayant plus d’autorité qu’un ministre comme lui. Le texte pointe à ce moment en direction de l’ancien chef de cabinet du premier ministre Philippe Couillard.

« C’est clairement établi, tout ça a été vérifié, que personne à mon cabinet, ni bien sûr moi, n’étions au courant de cette transaction. On en a parlé déjà, on a tout fait ces débats-là, il y a eu une commission parlementaire, il y a eu le rapport de la vérificatrice générale », a affirmé hier Philippe Couillard lors de la période des questions.

Les partis de l’opposition jugent de leur côté que le premier ministre Philippe Couillard a fait preuve de « lâcheté » en inventant un « millefeuille de mensonges » pour que le défunt ministre de l’Économie dise qu’il était favorable à la vente des actions de Rona.

« C’est comme ça que ça fonctionne, un gouvernement libéral. [On] essaie d’imposer des décisions à un ministre [en passant] par son chef de cabinet pour dire à Investissement Québec ce que le ministre ne voulait pas dire », a affirmé hier le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée.

« On avait un ministre de l’Économie très imparfait, […] mais ce qu’on apprend dans son testament politique, c’est qu’il [était opposé] à la vente d’un siège social aussi important que Rona. » — Jean-François Lisée

« Le premier ministre n’est pas crédible quand il dit que cette vente n’a pas été approuvée par son bureau », a pour sa part tranché le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault.

« C’est un manque de courage de la part du premier ministre et de son cabinet. Je dirais même de la lâcheté ! On a [demandé à un ministre] de mentir pour essayer de vendre leur décision de vendre les actions d’Investissement Québec [dans Rona]. C’est odieux », a poursuivi le leader parlementaire caquiste François Bonnardel.

Du côté de Québec solidaire (QS), on s’est questionné hier pour savoir « combien d’autres mensonges le bureau du premier ministre a fait avaler à d’autres ministres ».

« C’est un terrible désaveu et ça montre tous les problèmes d’un gouvernement où les décisions sont concentrées dans le bureau de Philippe Couillard », a affirmé Amir Khadir.

« je ne peux pas lui parler »

L’actuelle ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a pour sa part rappelé que la transaction entre Rona et l’acheteur américain était « consensuelle ».

« C’est vraiment difficile pour moi de répondre. M. Daoust est décédé aujourd’hui. Je ne peux pas lui parler et lui poser des questions », a-t-elle affirmé.

« Ça fait deux ans et demi que je suis en politique et jamais, jamais, quelqu’un n’est venu me dire –  ni le chef de cabinet, ni le premier ministre, ni mon équipe – que peut-être qu’on devrait dire ça si ce n’est pas la vérité. Jamais, ça ne m’est jamais arrivé. »

— La ministre Dominique Anglade

Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, hier, le ministre Robert Poëti a fustigé les journalistes qui ont insisté pour obtenir sa réaction sur cet enjeu. Il a dit qu’il ne commenterait pas les propos d’une personne décédée qui a connu des difficultés à la fin de sa carrière politique.

Sébastien Daoust, l’un des fils de l’ancien ministre, a affirmé hier au 98,5 FM que certains des passages du document publié par les médias de Québecor allaient bel et bien dans le sens de ce que son père lui avait communiqué. Il a ajouté qu’il parlait de politique chaque jour avec son père, mais que l’ex-ministre n’aimait pas revenir sur le dossier de la vente de Rona.

En mars 2016, les actionnaires de Rona ont approuvé, dans une large majorité, la vente du quincaillier à la chaîne américaine de rénovation Lowe’s, dans le cadre d’une transaction amicale de 3,2 milliards annoncée deux mois plus tôt.

Jacques Daoust a été élu député de Verdun aux élections d’avril 2014. Le banquier de carrière avait précédemment été président et chef de la direction d’Investissement Québec de 2006 à 2013.

Il est mort en août dernier à l’âge de 69 ans.

— Avec La Presse canadienne et Martin Croteau, La Presse

Discussions avec le PLC

Vincent Marissal fait son mea culpa

Le candidat à l’investiture de Québec solidaire dans la circonscription montréalaise de Rosemont, Vincent Marissal, fait son mea culpa. Il avoue avoir menti sur son flirt avec le Parti libéral du Canada (PLC) lorsqu’il a annoncé sa candidature.

« J’ai manqué de clarté, j’ai certainement manqué de clarté. Sur le coup, j’ai très mal réagi, je n’ai pas employé les bons mots, j’aurais dû être beaucoup plus transparent là-dessus », a réagi Vincent Marissal hier, en marge du rassemblement partisan organisé par Québec solidaire à Québec.

« Sur le coup, oui, je n’ai pas dit la vérité, et ne pas dire la vérité, c’est mentir. J’en fais mon mea culpa », a poursuivi M. Marissal. C’est la « surprise » et la « rapidité des attaques » qui l’auraient poussé à voiler ainsi la vérité, selon son analyse.

L’ancien chroniqueur à La Presse avait affirmé, au moment d’annoncer sa candidature, qu’il n’avait pas sondé les libéraux de Justin Trudeau en vue de se présenter sous la bannière du PLC. Vincent Marissal avait d’abord nié avoir flirté avec le Parti libéral du Canada, pour finalement admettre qu’il était bel et bien entré en contact avec l’entourage du premier ministre.

« Je demande maintenant qu’on passe à autre chose », a laissé tomber M. Marissal. « Ça fait presque deux semaines que je suis en politique et je n’ai pas encore débattu d’un enjeu de fond », a-t-il souligné.

Pour le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, les discussions entre Vincent Marissal et le Parti libéral du Canada ne changent rien à ses convictions.

« J’ai été convaincu par sa décision, pas par le processus. L’important, c’est où il est aujourd’hui. Si Vincent avait voulu prendre la voie facile vers le pouvoir, il ne serait pas venu à Québec solidaire. Ça m’informe assez sur la solidité de ses convictions », a plaidé M. Nadeau-Dubois avant le rassemblement.

« Je suis très fier d’être dans un parti politique où on ne rallie pas seulement des indépendantistes purs et durs, mais aussi des gens qui se posent des questions et qui doutent. »

— Gabriel Nadeau-Dubois

Alors qu’on lui demandait s’il y avait de la place à Québec solidaire pour un ancien député libéral fédéral qui souhaiterait porter les couleurs du parti à l’Assemblée nationale, le co-porte-parole a dit souhaiter que la démarche vers l’indépendance proposée par son parti rassemble le plus grand nombre de personnes possible.

S’il a répondu du tac au tac qu’il serait impossible pour lui de flirter avec les libéraux fédéraux, le candidat solidaire dans Jean-Lesage et ancien chef d’Option nationale Sol Zanetti a soutenu que s’il fallait juger Vincent Marissal en fonction de ses hésitations, « il faudrait que l'on condamne plus de la moitié du mouvement souverainiste » au Québec.

Accueil chaleureux

Les 800 militants rassemblés à l’Impérial de Québec hier soir ont réservé un accueil chaleureux à « quelqu’un dans les derniers jours qui a fait face à des attaques incessantes de la part de ses adversaires ». Vincent Marissal a été applaudi chaudement lors du discours de Gabriel Nadeau-Dubois, qui lui a souhaité la bienvenue dans les rangs du parti.

« C’est toute une démonstration de force qu’on fait ce soir », a lancé le co-porte-parole en début d’allocution. Les solidaires espèrent faire des gains dans la région de Québec lors des élections, notamment dans les circonscriptions de Jean-Lesage et de Taschereau.

Dans son discours, le député de Gouin n’a pas épargné le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, qu’il accuse d’être le « poulain d’une vieille gang ». « S’il donne l’impression d’avoir parfois de nouvelles idées, c’est parce qu’il change constamment d’idée », a-t-il déclaré, sous les applaudissements nourris de la foule.

Il s’agissait du premier rassemblement partisan de Québec solidaire dans la région de Québec. La circonscription de Taschereau, au centre-ville, est celle dans la province où le nombre de membres du parti est le plus élevé.

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