Décryptage

Le spectre du socialisme

New York — Les stratèges de la Maison-Blanche se frottent les mains. Ils sont convaincus que les démocrates sont en train d’assurer à Donald Trump un deuxième mandat en prônant des idées assimilables au « socialisme ».

Mardi soir dernier, lors du discours sur l’état de l’Union, le président a donné un avant-goût de sa campagne de réélection en comparant les politiques « socialistes » du Venezuela à celles que préconise l’aile progressiste du Parti démocrate.

« Nous sommes alarmés par de nouveaux appels à adopter le socialisme dans notre pays », a-t-il déclaré avant de s’engager à mener le combat contre cette idéologie. « Ce soir, nous renouvelons notre détermination à ce que l’Amérique ne soit jamais un pays socialiste. »

Le lendemain, des élus républicains ont noté avec un malin plaisir que plusieurs démocrates, dont la nouvelle coqueluche des progressistes, Alexandria Ocasio-Cortez, ne s’étaient pas levés pour applaudir avec eux la promesse de Donald Trump et scander « USA ! USA ! USA ! »

Le surlendemain, la jeune représentante démocrate de New York a ajouté au bonheur de la Maison-Blanche et de ses alliés républicains en devenant le visage du Green New Deal. S’il doit voir le jour, ce projet de transition énergétique extrêmement ambitieux nécessiterait une intervention massive du gouvernement.

« Tous les républicains devraient se mettre à genoux et remercier Alexandria Ocasio-Cortez », a déclaré Andy Surabian, ancien responsable de la Maison-Blanche, au site Axios.

Le sénateur républicain du Wyoming John Barrasso a qualifié de son côté le Green New Deal de « manifeste socialiste ».

En octobre dernier, le très sérieux Conseil des conseillers économiques a publié une étude sur les affres du socialisme, non seulement dans des pays comme le Venezuela et Cuba, mais également dans la Chine maoïste et l’ex-URSS.

La peur du socialisme aura-t-elle le même effet en 2020 sur l’électorat américain qu’a eu en 2016 la hantise de l’immigration illégale ? La Maison-Blanche semble entretenir cet espoir depuis quelque temps déjà. 

« En coïncidence avec le 200e anniversaire de la naissance de Karl Marx, le socialisme effectue un retour dans le discours politique américain, peut-on lire dans le préambule de l’étude. Des propositions détaillées de socialistes autoproclamés gagnent des appuis au Congrès et au sein de l’électorat. »

Surréelle par grands bouts, l’étude a été publiée avant l’élection d’Alexandria Ocasio-Cortez, qui se présente comme « socialiste démocrate », tout comme son modèle, Bernie Sanders. Les deux préconisent des idées qui sont devenues incontournables pour la plupart des candidats présidentiels du parti : l’assurance maladie publique pour tous ; la gratuité des universités publiques ; l’imposition des plus riches. Idées auxquelles s’ajoute désormais ce Green New Deal qui vise à rendre les États-Unis neutres en carbone d’ici 2030.

Une stratégie à double tranchant

Les électeurs américains les plus jeunes n’ont pas peur de ces idées et encore moins du « socialisme », un système qu’ils préfèrent en fait au capitalisme, selon les sondages. Mais Donald Trump ne sortira-t-il pas quand même gagnant d’une bataille où il brandira le spectre du socialisme devant l’ensemble de l’électorat américain ?

Michael Kazin, professeur d’histoire à l’Université de Georgetown et membre des Socialistes démocrates d’Amérique, parti auquel appartient également Alexandria Ocasio-Cortez, a répondu à cette question dans un courriel à La Presse.

« Ce sera une stratégie qui aura du succès si Donald Trump et compagnie sont capables de cibler des idées avec lesquelles la plupart des électeurs sont en désaccord : l’augmentation générale des impôts ou l’élimination de l’assurance maladie privée, par exemple. Mais si les démocrates mettent l’accent sur des aspects de leur programme qui sont très populaires – l’expansion de Medicare [programme d’assurance maladie public], l’imposition des très riches et la construction d’une infrastructure “verte” –, alors cette stratégie échouera. »

Comme c’est toujours le cas en politique, l’issue du combat dépendra de la crédibilité du message et du messager, selon Michael Kazin.

« Il sera peut-être difficile pour Trump d’utiliser cette tactique, car il vante le dictateur communiste de la Corée du Nord et est incapable de critiquer Poutine, qui a commencé sa carrière dans le KGB et n’a jamais renié ce passé. Mais nous verrons ! », a ajouté l’historien, dont le livre le plus récent, War Against War, porte sur le mouvement pacifiste américain durant la Première Guerre mondiale.

Les États-Unis n’en seront évidemment pas à leur première campagne où les républicains accusent les démocrates d’être trop « radicaux » ou même « anti-américains ». Dans les années 50, le sénateur Joe McCarthy a mené la chasse aux communistes, appuyé par Richard Nixon, qui allait plus tard reprocher à George McGovern, son adversaire lors de l’élection présidentielle de 1972, d’être un extrémiste redevable aux pro-communistes et aux radicaux noirs.

Mais ce sera la première fois qu’une telle bataille se déploiera également sur Twitter, réseau de tous les dérapages, comme l’a illustré la semaine dernière le sénateur républicain d’Arkansas Tom Cotton avec ce gazouillis : « Le Green New Deal des démocrates rappelle l’idée de Churchill : le socialisme commence peut-être avec les meilleures intentions, mais il finit toujours avec la Gestapo. »

Ô, ironie ! Winston Churchill doit en partie sa défaite électorale de 1945 à cette allusion douteuse, voire odieuse, à la Gestapo pour dénigrer le programme du Parti travailliste de Clement Attlee.

États-Unis

Vers un nouveau shutdown ?

La Maison-Blanche n’a pas écarté hier la possibilité d’un nouveau shutdown si aucun accord n’était trouvé d’ici au 15 février avec les démocrates sur le financement du mur que le président républicain Donald Trump souhaite ériger à la frontière avec le Mexique. « Nous ne voulons pas en arriver là, mais cette option est toujours ouverte pour le président et le restera », a déclaré sur Fox News le chef de cabinet de Trump par intérim, Mick Mulvaney. Un accord avait été trouvé le 25 janvier pour mettre fin à la paralysie partielle des administrations américaines après 35 jours de blocage, un record dans l’histoire des États-Unis.

— Agence France-Presse

États-Unis

Amy Klobuchar candidate à la présidentielle

La sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar a rejoint hier la cohorte de candidats démocrates qui se presse déjà sur la ligne de départ pour tenter de battre le président Donald Trump à la présidentielle de 2020. Sous la neige, la sénatrice du Minnesota a lancé sa candidature sur un message optimiste de rassemblement, au-delà des lignes partisanes. Amy Klobuchar n’a néanmoins pas hésité pour autant à lancer un plaidoyer sur des sujets polarisants aux États-Unis, de la lutte contre les changements climatiques à la réforme de l’immigration en passant par les tragédies « honteuses » causées par un système d’assurance maladie inégalitaire.

— Agence France-Presse

Donald Trump assure travailler dur

Donald Trump a riposté hier aux allégations selon lesquelles il passe la plupart de son temps de travail à se la couler douce, alors que la Maison-Blanche poursuit l’enquête pour déterminer l’origine de la fuite embarrassante de l’emploi du temps du président. Selon ces documents, publiés le week-end dernier par Axios, les cinq premières heures de la journée de M. Trump sont généralement placées sous le signe de l’« executive time », une formule vague qui laisse place à de nombreuses interprétations. Le président a réagi en assurant que ce temps libre doit être perçu comme un signe « positif, pas négatif ». « Quand on utilise la formule Executive Time, généralement je travaille, je ne me repose pas », a tweeté M. Trump.

— Agence France-Presse

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