Commission scolaire de Montréal

Malaise

Si la méconnaissance du rôle des élus scolaires est un fait, est-ce pour autant un problème ?

Faire la promotion du rôle de ses élus, est-ce vraiment ce qu’on attend d’une commission scolaire ? C’est en tout cas ce qu’a décidé de faire la CSDM en y consacrant quelque 50 000 $. Un choix de priorité difficilement défendable dans le contexte actuel.

À quoi sert un commissaire scolaire ?

Jugeant que la plupart des gens seraient bien en peine de répondre, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a décidé d’investir dans la production de vidéos illustrant comment l’intervention d’un commissaire peut faire une différence pour un enfant, une famille ou une école.

« Les gens ne savent pas ce que les élus scolaires font auprès des communautés », fait valoir la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon.

Le diagnostic est juste, mais est-ce à la CSDM de fournir le remède ?

Et si la méconnaissance du rôle des élus scolaires est un fait, est-ce pour autant un problème ?

On peut trouver dommage que la population en général, et même les parents, ne soient pas informés. Mais de là à dire qu’ils en souffrent…

Les seuls pour qui cette méconnaissance peut être problématique, ce sont les commissions elles-mêmes, qui voient leur existence remise en question périodiquement.

Montrer des cas vécus ayant bénéficié de l’intervention du commissaire local n’est donc pas une mauvaise stratégie en soi.

Si c’était la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) qui en avait pris l’initiative pour l’ensemble de la province, et assumé tous les coûts de cette opération d’autopromotion, ce serait compréhensible. Mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit.

C’est la CSDM qui a alloué quelque 50 000 $ de son budget de concertation régionale à six vidéos valorisant le travail des élus scolaires. Et dire que cet argent provient de la Fédération, comme Mme Harel Bourdon l’a fait cette semaine, n’est qu’une façon de brouiller les pistes.

Les commissions scolaires versent, à même leur budget, des cotisations à leur Fédération, qui leur en retourne une partie à des fins de « concertation régionale ». Il s’agit donc bel et bien de fonds publics.

Et s’il est vrai que cette enveloppe n’est pas destinée à financer les dépenses générales (des heures d’orthopédagogue dans une école, par exemple), les commissions scolaires sont censées en faire un usage utile pour leur milieu. La CSDM, comme plusieurs, s’en est notamment servie pour de la formation. Elle a aussi versé 17 000 $ de bourses l’an dernier.

La CSDM est cependant la seule à avoir consacré une partie importante de ce budget discrétionnaire à la défense et à l’illustration de cette structure politique qu’est la commission scolaire et sa brochette de commissaires – lesquels, rappelons-le, sont élus avec un taux de participation de moins de 5 % dans les commissions francophones. Malaise !

La vidéo mise en ligne cette semaine n’est pas une réponse à l’élection de la CAQ, soutient la présidente de la CSDM. On la croit : les budgets ont été engagés dès l’an dernier, et les premières capsules ont été lancées au début de 2018. Reste que ça tombe bien mal.

Le remplacement des commissions scolaires par des centres de services n’est vraiment pas une priorité immédiate en éducation, a indiqué le chef de la CAQ le lendemain de son élection. Bien vu. Si Québec avait avantage à jouer dans ces structures, ç’aurait été fait depuis longtemps. Mais les commissions scolaires, de leur côté, devraient se garder de trop insister sur le terme « élu scolaire », comme le fait lourdement la CSDM avec sa campagne.

Quand vous avez 95 % d’abstention, « élu » n’est vraiment pas l’attribut le plus emballant de vos commissaires ou de votre modèle. Vous auriez plutôt intérêt à vous concentrer sur la prestation de services que les parents et la population attendent de vous.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.