Boxe

La retraite attendra

C’est fascinant parfois d’établir la genèse d’un combat.

Pourquoi Jean Pascal laisse-t-il de côté la piscine et le pina colada de la retraite, comme il l’a imagé, pour aller s’enfermer au sous-sol du centre Claude-Robillard tout l’été ?

« J’ai encore le temps pour m’asseoir dans ma cour avec mon pina colada, a-t-il répondu. J’ai juste 35 ans. »

« Quand je vais avoir 50 ans, je vais profiter de ma cour. Pour le moment, c’est le temps de retourner au travail. »

— Jean Pascal

De l’autre côté, pourquoi Steve Bossé, homme d’affaires prospère qui n’a disputé que deux rounds de boxe dans sa vie, veut-il enfiler les gants pour affronter un ancien champion du monde ?

Pour essayer de comprendre, il faut remonter au mois de novembre. Steve Bossé est pratiquement tombé du ciel pour Yvon Michel. L’ancien homme fort au hockey, devenu combattant en arts martiaux mixtes, voulait boxer. Mais pas contre n’importe qui. Il voulait Jean Pascal.

« Je carbure à ce qui se passe en ce moment, a expliqué Bossé. Je voulais terminer ma carrière en boxe, c’était important pour moi. Quand j’ai rencontré Yvon, j’avais Jean Pascal dans la ligne de mire. On est deux bons showmen, deux guerriers, les fans vont être grands gagnants. Je l’ai choisi pour son style. Jean va tomber dans les échanges et on va donner un bon spectacle. Je crois fermement que je vais être le premier à avoir mis K.-O. Jean Pascal dans le ring. »

Il restait à convaincre Jean Pascal, qui avait annoncé que son combat en Floride contre Ahmed Elbiali en décembre serait son dernier. Steve Bossé s’est mis à piquer son orgueil sur les réseaux sociaux. Jean Pascal a été intrigué.

« Jean est orgueilleux, il n’a refusé personne. Il veut plaire à ses fans, a expliqué le Boss. Ce n’est pas mon habitude d’utiliser les réseaux sociaux, mais j’ai touché son ego pour qu’il accepte ce combat. Jean livre la marchandise et il a accepté. »

C’est dans une longue soirée de discussion avec Yvon Michel, en Russie, que Jean Pascal a pris sa décision. Les deux hommes étaient invités en mars dernier à Sotchi par la Fédération internationale pour un panel sur l’avenir de la boxe mondiale. Michel comme promoteur influent, Pascal comme ex-champion.

Un jour que les activités s’étaient terminées en après-midi, le boxeur et le promoteur ont jasé jusqu’à minuit, de tout et de rien. De boxe, beaucoup. Steve Bossé s’est imposé dans la discussion. Jean Pascal voulait l’assurance que celui qui le défiait était sérieux dans sa démarche. Il a conclu : si l’offre était intéressante, il accepterait le combat. D’autant plus, comme il l’a admis ce soir-là, qu’il rêvait d’imiter son idole de jeunesse Roy Jones en terminant sa carrière chez les poids lourds.

De retour au Québec, une fois écartée la possibilité d’un combat revanche entre Pascal et Elbiali le 19 mai, Yvon Michel a tourné son attention vers l’organisation d’un gala le 29 juin. Et c’est là où nous en sommes.

Tout à perdre

« Ce gala va être un charme à organiser, avec deux gars très populaires, très généreux de leur temps, très conscients de la promotion, a expliqué Yvon Michel, bien loin du stress que lui a procuré le gala du 19 mai. Ce ne sont pas seulement des stars de leur sport, ce sont des célébrités. »

La conférence de presse officielle du combat, hier, n’a pas viré à la foire. Steve Bossé a été humble. Jean Pascal a attendu son tour et s’est avancé, debout, devant les tables pour parler directement aux caméras.

Il a souligné que son adversaire portait un parfum à l’odeur agréable, qu’il ne sentait pas « la poule mouillée », ciblant au passage d’autres boxeurs du Québec. Il a vanté, à sa manière, la taille des « couilles » de Bossé. Il a reformulé une question en remplaçant « si tu gagnes » par « quand je vais gagner ». L’extravagance s’est arrêtée là. On a vu pire.

Bossé a lancé son jab le plus senti après la conférence de presse. « Oui, Pascal a affronté les gros noms, mais il n’a pas gagné non plus. » Avant de changer immédiatement de registre et de souligner le courage de son rival et d’admettre qu’il avait toujours aimé le voir se battre.

Il y a eu ceci aussi : « Une défaite contre moi, on ne se souviendra même plus qu’il a été champion du monde. On va juste se rappeler qu’il a été knocké par Steve Bossé, un gars qui avait un combat en boxe professionnelle. »

Cela amène une autre question, fort intrigante : pourquoi Jean Pascal accepte-t-il un combat où il a tout à perdre ? En bref, il voit Steve Bossé comme une incursion chez les poids lourds qu’il juge moins dangereuse.

« Je vais tester l’eau, voir si je peux absorber les coups d’un poids lourd. Un combat cobaye pour voir si je suis à l’aise de me battre dans cette catégorie. Quand le résultat va être positif, il va y avoir de belles options pour moi. Je regrettais d’avoir pris ma retraite avant d’avoir fait le saut chez les poids lourds. Avec le recul, je me suis dit : Jean, tu as encore du gaz dans le réservoir. Pourquoi arrêter ? »

C’est ainsi que Pascal a annoncé que la retraite allait devoir attendre plus qu’un combat. Celle-là, on ne l’avait pas vue venir.

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