Critique resto

MAMAN !

Maman
1524, rue Notre-Dame Ouest
Montréal
514 933-1412

Confession : je n’écris pas sur tous les cafés et restaurants que je visite. Si l’on me conseille chaudement de découvrir un petit boui-boui perdu, sympa et délicieux, et que je ne tripe pas, je ne vous en parle pas.

À quoi cela servirait-il ?

« Vous savez, le troquet perdu dont vous n’avez jamais entendu parler ? Eh bien, il est ordinaire. »

Quel serait l’intérêt ?

Quand je suis sortie du nouveau café Maman, dans Griffintown, après un repas banal, la possibilité de ne rien en dire m’a solidement effleuré l’esprit.

Et puis une autre idée s’est imposée : celle de dire que la métropole n’a pas besoin d’une chaîne venue de New York proposant aux Montréalais du café, des croissants, des sandwichs et des salades. On en a déjà abondamment. Et certains le font d’excellente façon, comme le maître du genre, Olive + Gourmando, qui lançait cette semaine son nouveau livre de recettes.

Et pour les sandwichs avec trop de pain, pas nécessairement moelleux, et du gâteau sec, on est capable de faire ça tout seul.

Maman, vous l’aurez compris, ne m’a pas impressionnée.

Sur le site web de la chaîne, on apprend que la première succursale a ouvert en octobre 2014 à Soho, rue Centre. Ont suivi d’autres adresses, à Brooklyn, près de Madison Park, et Tribeca notamment. En tout, il y a maintenant neuf Maman, incluant un à Toronto. Et celui de Montréal ouvert cet été dans Griffintown.

Qu’ont-ils de spécial, ces cafés ? Difficile à dire.

D’abord, l’aménagement a l’air sorti tout droit d’un compte Instagram ou Pinterest de 2011. Tout est d’un look vieillot façon décor de théâtre, tendance crème pâle, avec vaisselle de faïence blanc et bleu et verre taillé, des fleurs séchées aussi, des tables de bois dont la peinture s’est volontairement éteinte, pas nécessairement avec le temps.

La dernière fois qu’on a été impressionné par ce genre d’atmosphère, c’est quand l’ABC Kitchen a ouvert, à New York justement, en 2010.

Au menu, on est aussi bien calé dans cette époque. Toast à l’avocat, salade de quinoa avec haloumi grillé, un cocktail sans alcool au jus de tomate qu’on appelle MILF.

Rien de cela n’est révolutionnaire ou éblouissant, mais tout peut être bon, et le midi, on peut manger mille fois le même sandwich cubain, sur 20 ans, et être quand même heureux.

Malheureusement, ce n’est pas le cas chez Maman.

J’ai de la difficulté à trouver les mots pour dire à quel point l’amertume sèche et fade du mélange de ricotta au kale qu’on tartine sur le pain – plutôt dense et sec – du sandwich « bibiane » m’a déplu. On nous promettait aussi des « petits pois de printemps » dans cette combinaison en plein mois d’octobre, agrémentée de dinde et de cheddar. S’il y avait quelque chose de doux et de moelleux pour équilibrer le caractère bien maigre de l’ensemble, je ne l’ai jamais trouvé.

Heureusement, la ratatouille aux œufs avec aubergine, courgettes et tomates s’est avérée plus savoureuse et juteuse. Et bonne idée d’y ajouter un œuf. Mais était-ce aussi réconfortant et satisfaisant qu’une vraie tchoutchouka, bien faite, aromatisée aux épices marocaines, où l’on combine ainsi un mijoté serré de poivrons et de tomates avec un œuf cuit dans la chaleur du bouillon ? Je vous laisse répondre.

Pour le dessert, on nous a chaleureusement recommandé un gâteau aux épices et noix avec glaçage au fromage blanc qui souffrait du problème assez généralisé de sécheresse et fadeur.

On s’est réfugiée en partant dans un biscuit au chocolat et aux noisettes, un favori d’Oprah, nous dit le site web de la chaîne. Une chance qu’il était croquant et bien beurré. Et bien accompagné par un allongé très correct.

Autres points d’inaptitude pour le froid qui régnait dans la salle, le genre qui nécessite de remettre son manteau. Et pour la lenteur du service.

On y retourne ? Je ne crois pas.

Notre verdict

On paie : Plats sucrés et salés, pour le lunch et le brunch, entre 12 $ et 17 $.

On boit : Surtout du café, du jus, et des cocktails en fin d’après-midi, mais il y a aussi du vin et de la bière.

On se sent : Lors de notre passage, la salle était bien remplie, mais il faisait froid et le service était lent. Déco postromantique avec beaucoup de blanc et de vaisselle en faïence bleu et blanc à motifs fleuris.

On aime : Le café et le biscuit aux noisettes et chocolat.

On aime moins : La qualité de la nourriture et le sentiment de se faire proposer quelque chose de dépassé.

On y retourne ? Non.

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