Opinion 

Tuerie d’El Paso
Le premier message qu’il faut retenir

Deux tueries de masse en deux jours, trois en moins d’une semaine et 251 depuis le début de l’année 2019, soit en un peu plus de sept mois. Du jamais-vu et un record appelé à être battu d’ici peu. Les Américains sont au pied du mur ! Et c’est loin d’être terminé…

Motif évoqué cette fois-ci par Trump : les immigrants, les jeux vidéo violents et la maladie mentale ! Motifs évoqués d’autre part par les médias, les démocrates et la gauche vertueuse et sans frontière : les armes à feu, le racisme, la xénophobie et, le pire de tous, l’inénarrable Trump, ce galeux, ce méchant qui, il est vrai, n’en perd jamais une pour s’illustrer dans l’expression des sophismes ! Mais même placés bout à bout, la somme de ces motifs allégués de part et d’autre nous met cependant loin du compte et nous éloigne d’une saine et constructive analyse qui pourrait éventuellement nous permettre de comprendre ce mal qui ronge non seulement les États-Unis, mais aussi notre époque.

Évitons de regarder simplement dans la direction où les médias veulent bien qu’on regarde avec des œillères. Le système qui nous régit mondialement, et auquel souscrivent tous les pays associés à l’ONU, est rendu à bout de souffle et l’état actuel du monde apporte la preuve qu’il est irréformable. 

Ce système planétaire dans lequel nous sommes emprisonnés ne répond plus aux espérances qu’il avait suscitées quand il a été créé. Il est en train d’imploser comme un sous-marin rouillé qui persiste à plonger au-delà du supportable et en dépit des crépitements qui présagent de son inévitable fin.

Aujourd’hui les États-Unis, ce soir l’Europe, demain le Canada et peut-être même certaines dictatures qu’on croit bien à tort à l’abri de tout mouvement de révolte. Vous croyez que j’en mets beaucoup ? Regardez ce qui se passe actuellement à Hong Kong ! Plus de 1 million de manifestants dans les rues depuis un mois pour s’opposer à la toute-puissance de la Chine impériale, ce n’est pas rien. Certes, si les États-Unis ont une longueur d’avance sur tout autre, il n’est pas dit que les autres vont être épargnés pour autant. Le scénario est écrit et les conditions sont maintenant réunies. Prenez votre mal en patience, avec la porosité de nos frontières, l’inconscience de nos dirigeants politiques, l’autoritarisme grandissant dans les dictatures, le dévoiement de nos propres démocraties et l’exacerbation des tensions au sein des sociétés d’accueil des masses de demandeurs d’asile, nul n’est à l’abri d’un éclatement et d’un débordement de violence au sein des États.

Ne pas confondre symptômes et raison

Comme beaucoup, j’ai pris connaissance des commentaires de Trump à la suite de ces dernières tueries qui affligent cruellement les États-Unis. Il est dommage que les médias traditionnels ne voient que du mal en lui. Oui, il dit régulièrement des conneries et il doit, lui aussi, porter une part du blâme… comme les présidents qui l’ont précédé d’ailleurs ! Mais ce qu’il a dit dans les heures qui ont suivi n’est tout de même pas totalement dénué de bon sens. Dans son discours, il a notamment montré du doigt les médias qui, il est vrai, devraient s’interroger sur leur propre comportement et auraient grandement intérêt à pousser beaucoup plus loin leurs analyses plutôt que de simplement commenter les faits, décrier les objets par lesquels ils se manifestent, s’unir au spectacle pour en tirer profit et montrer d’un doigt accusateur les dirigeants d’État qu’ils aimeraient bien voir déchoir.

Comme beaucoup, j’ai également lu tous les textes publiés dans les journaux et écouté toutes les émissions d’informations portant sur la question au cours des trois jours ayant suivi cette tuerie. Et, encore une fois, je n’y ai trouvé aucune substance susceptible de nous délivrer de cette rhétorique manichéenne dans laquelle nous sommes enlisés. Pourtant, ces médias disposent de larges moyens pour pousser au-delà du superficiel leurs interventions qui, hélas, prennent toute la place dans le débat et interdisent à quiconque ne pensant pas comme eux de venir exposer leur point de vue. 

On ne commente que ce qui est apparent. On s’attaque à Trump qui, pour tous ces commentateurs, ne peut être que l’ennemi. On fustige les pro-armes à feu et la NRA qui, il est vrai, n’aident pas à alimenter sainement le débat. 

Mais personne, aucun média traditionnel n’ose remettre en question les fondements de ces manifestations et la racine du mal qui sont : la société, la crise de civilisation planétaire, les mouvements massifs de populations des pays pauvres vers les pays riches, le communautarisme, l’écart sans cesse croissant des inégalités, les injustices et, surtout, l’éclatement des valeurs morales partout à travers la planète, une perte de sens qui coïncide du reste avec la montée de l’islamisme, du racisme et de l’extrémisme.

Cette violence, elle a un historique et une culture. Évidemment, cela ne fait pas l’affaire des médias de se faire montrer ainsi du doigt, mais, ne leur en déplaise, ils n’en font pas moins partie du problème parce qu’ils sont incapables de se libérer de leur rhétorique anti-armes à feu et anti-Trump, parce qu’ils se refusent obstinément de creuser la question au-delà des apparences et parce qu’ils ont l’impérieux souci de défendre d’abord et avant tout leurs propres intérêts pécuniaires, idéologiques, politiques et corporatifs.

Le contrôle des armes à feu aux États-Unis

Parlons-en puisqu’il faut bien en parler. À ce sujet, pas demain la veille ! La violence, comme le suicide, la pauvreté et la maladie, est un fait de société. Et tant qu’on va persister à entretenir l’idée que les armes à feu en sont la cause principale sinon l’unique, ce qui est une aberration, on s’éloignera de la solution. Comprenons bien : les Américains ne sont pas violents parce qu’ils sont hyperarmés ; ils sont hyperarmés parce que la violence est en eux ! C’est un choix de société lourdement ancré dans leur histoire, dans leurs mythes fondateurs, dans leur culture et dans leur esprit, un choix sociétal qui se vérifie et se confirme dans leurs comportements.

Montesquieu le rappelle fort bien dans son Esprit des lois, l’établissement des lois doit tenir compte de la géographie, de la culture, de la société et de l’histoire d’ycelles. Établir un contrôle en Australie, au Japon, en Nouvelle-Zélande et en Grande-Bretagne profite bien de l’insularité géographique de ces pays pour y arriver. Ce qui n’est manifestement pas le cas du Canada, du Mexique et des États-Unis qui partagent une histoire, un continent et une culture commune. Dans le principe, trop de lois restrictives n’est pas mieux que pas assez. Comme en toute chose, il faut un juste équilibre et tenir compte du caractère et des spécificités propres à chaque société. Ce qui est bon pour les États-Unis n’est pas nécessairement bon pour le Canada, et ce qui est bon pour le Canada n’est pas nécessairement bon pour la France, l’Allemagne ou Monaco.

La réponse que nous sommes en droit d’avoir se trouve en dessous de l’épiderme. Dans l’esprit, la culture, l’histoire, la politique, l’économie de la démesure et la mentalité de tout un peuple, bref dans le système qui crée un tel ensemble. Et tant qu’on va persister à instrumentaliser le débat de part et d’autre, tant qu’on va s’évertuer à écarter de la solution les pro-armes à feu, on s’écarte à la fois de la réponse et de la solution. Il est là, le fond du problème.

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