Confondre les sceptiques

Ce devait être une saison de transition, une campagne qui déboucherait possiblement sur une autre participation à la loterie pour le repêchage.

Les partisans et les experts n’entretenaient pas de grands espoirs pour les Canadiens cette saison. Chacun avait sa raison : le Tricolore venait de connaître une saison décevante qui s’est soldée par une récolte de 71 points, quatrième parmi les pires fiches du circuit au terme de la saison 2017-2018 et deuxième parmi les pires saisons du club depuis l’accession à un calendrier de 80 matchs en 1974-1975 (hormis, bien sûr, les saisons écourtées par les conflits de travail).

Les attentes étaient peu élevées, certes, mais les Canadiens ont passé la saison 2018-2019 à confondre les sceptiques tout en ayant beaucoup de plaisir en cours de route.

Tout a démarré au cours de la saison morte. Quelques semaines avant le repêchage de 2018, le directeur général Marc Bergevin a donné un coup de semonce en acquérant la jeune étoile Max Domi des Coyotes de l’Arizona en retour d’Alex Galchenyuk.

À Dallas, Bergevin a utilisé le troisième choix du tour initial pour réclamer Jesperi Kotkaniemi, un joueur de centre de 6-pieds-2 et 184 lb. À la veille du camp d’entraînement, le Tricolore a acquis l’attaquant Tomas Tatar et l’espoir Nick Suzuki en retour de Max Pacioretty.

Bien qu’ils aient démarré la saison sans leur nouveau capitaine Shea Weber, qui se remettait d’une chirurgie subie au cours de la saison morte, les Canadiens ont remporté cinq de leurs huit premiers matchs et ils ont bien su se défendre en son absence. Quand Weber est revenu au jeu à la fin novembre, ses coéquipiers avaient accumulé une fiche de 11-8-5 et s’étaient maintenus au plus fort de la course malgré l’absence de ce joueur six fois membre de l’équipe d’étoiles et double médaillé d’or olympique.

Au passage du Nouvel An, les Canadiens occupaient le 13e rang dans la LNH. Le retour de Weber, que ses coéquipiers surnomment affectueusement « Dad », a offert un gros coup de pouce à la troupe.

Personne n’a possiblement plus apprécié le retour du capitaine que son bon ami Carey Price, aussi originaire de la Colombie-Britannique. Le gardien du Tricolore affichait une moyenne de buts alloués de 3,17 et un pourcentage d’arrêt de.897 avant que Weber revienne au jeu, pour ensuite présenter une moyenne de buts alloués de 2,25 et un taux d’efficacité de.925 dans les 49 matchs suivant le retour au jeu du capitaine.

Ces deux piliers des Canadiens ne sont pas les seuls à avoir connu une saison 2018-2019 mémorable. Les nouveaux venus ont chacun joué un grand rôle dans les succès de l’équipe. Domi et Tatar figuraient aux premiers rangs des marqueurs de la formation tout au long de la saison et sont devenus la troisième paire de coéquipiers de l’histoire du club à prendre les deux premiers rangs des marqueurs de l’équipe à leur première saison à Montréal. Ils sont aussi la quatrième paire de coéquipiers à chacun inscrire 25 buts à leur première saison avec les Canadiens. Pour sa part, Kotkaniemi, le premier joueur né en 2000 à évoluer dans une des quatre ligues majeures de sport nord-américain, s’est établi comme un joueur de la LNH et s’est fait une niche comme régulier au sein de la formation au poste de centre.

Ce ne sont pas que les nouveaux qui ont brillé. Phillip Danault a démontré une belle aisance au sein du premier trio avec Tatar et Brendan Gallagher pour ainsi connaître sa meilleure saison en carrière. Gallagher a atteint le plateau des 30 buts pour une deuxième saison de suite. Jonathan Drouin a peut-être moins fait sentir sa présence sur la feuille de pointage en fin de campagne, mais il a quand même égalé son sommet pour le nombre de points en une saison et il a établi une marque personnelle pour les mentions d’aide.

Parlant de statistiques, il y a beaucoup à dire encore sur la saison 2018-2019. Les Canadiens ont terminé au deuxième rang dans la LNH avec 12 joueurs ayant inscrit 10 buts ou plus, devançant ainsi les puissantes équipes du Lightning de Tampa Bay et des Sharks de San Jose à ce chapitre. C’est la première fois depuis 1993-1994 que 12 joueurs des Canadiens passaient le cap des 10 buts par saison au terme d’une même campagne.

Les Canadiens ont aussi sept joueurs de 40 points et plus cette saison, à égalité au troisième rang dans la LNH à ce chapitre avec les Golden Knights de Vegas et les Blackhawks de Chicago. Les Sharks et le Lightning mènent cette catégorie statistique avec neuf joueurs chacun, devant les Capitals de Washington, les Maple Leafs de Toronto et les Sénateurs d’Ottawa avec huit marqueurs de 40 points. Question d’illustrer le travail d’équipe cette saison à Montréal, le Tricolore a conclu la saison à égalité au deuxième rang pour le plus grand nombre de marqueurs de 30 points dans le circuit.

Si le jeu de puissance avait besoin d’ajustements, l’attaque des Canadiens a été revigorée cette saison : Montréal occupait le 5e rang cette saison pour le plus grand nombre de filets inscrits à cinq contre cinq, soit 188 buts. Gallagher a été un élément important pour atteindre ce total. Grâce à ses 28 buts marqués à cinq contre cinq, il se retrouve au troisième rang de la LNH à égalité avec Alex Ovechkin et Leon Draisaitl à ce chapitre et devance ainsi des noms comme Nikita Kucherov, Auston Matthews, Steven Stamkos et Sidney Crosby.

Puis il y a eu toutes les réalisations individuelles, à commencer par celle de Carey Price, qui est devenu le gardien ayant remporté le plus grand nombre de matchs dans l’histoire du club, quand il a battu les Red Wings de Detroit à la mi-mars pour passer devant l’illustre Jacques Plante, membre du Temple de la Renommée.

Il n’y a pas suffisamment de place ici pour parler de tous les joueurs qui ont établi des marques personnelles cette saison, mais on peut quand même mentionner que pas moins de 10 joueurs en bleu, blanc et rouge ont amassé leur plus grand nombre de points en carrière, notamment Domi en tête de lice avec 72 points, et un aussi grand nombre a amassé son meilleur total de mentions d’aide. Huit des joueurs des Canadiens ont marqué leur plus grand nombre de buts en une saison en carrière, sept ont affiché leur meilleur différentiel de plus et moins et deux ont amassé leur plus grand nombre de buts vainqueurs. (La saison de Domi a été la cinquième plus productive dans l’histoire de l’équipe pour un joueur à sa première saison dans l’uniforme du Tricolore).

Le plus important dans tout cela, c’est qu’ils ont eu beaucoup de plaisir. Toute l’année, les joueurs ont parlé de comment ils se sont nourris de l’atmosphère dans le vestiaire, ce qui a certainement contribué aux succès de l’équipe sur la patinoire.

« Ce que vous avez vraiment besoin est d’avoir confiance à son vestiaire et dans notre cas, nous comptons sur les leaders nécessaires, un bon noyau de jeunes et le meilleur gardien au monde », racontait Domi en février. « Nous avons un groupe tissé serré hors de la patinoire et nous travaillons dur à l’entraînement chaque jour. Nous avons du plaisir, nous aimons venir à la patinoire et travailler les uns pour les autres. »

Malgré une amélioration de 25 points par rapport à la saison dernière, le troisième revirement le plus important dans l’histoire de l’équipe, les Canadiens ont tout juste raté les séries éliminatoires. Avec tout ce plaisir, les marques personnelles et l’optimisme, il est difficile de qualifier cette saison d’échec.

« Nous avons connu une saison amusante. Je crois que nos partisans doivent être fiers de notre équipe, de la façon dont nous avons joué cette année. Il y a toujours des hauts et des bas durant une saison, à moins d’être Tampa Bay cette saison », a souligné le directeur général Marc Bergevin dans une rencontre de presse après que le club se soit entendu avec les espoirs Ryan Poehling et Cayden Primeau qui ont signé leur premier contrat professionnel après avoir conclu leur parcours universitaire au mois mars. « Quand vous regardez le classement, vous réalisez à quel point c’est serré. Après 80 matchs et sept mois, deux victoires vous permettent de passer au-dessus de quatre ou cinq équipes. On parle ici d’un mauvais rebond ou d’une pénalité ici et là. Je crois globalement que nous avons connu une bonne saison. »

Évidemment, Poehling a provoqué l’hystérie au Centre Bell lorsqu’il a réussi un tour du chapeau en plus de marquer le but gagnant en tirs de barrage pour aider le Tricolore à vaincre les Maple Leafs de Toronto lors du 82e match de la saison.

Au lieu de lutter pour graver leur nom sur la coupe Stanley, les joueurs des Canadiens partiront en vacances un peu plus tôt qu’ils l’auraient désiré. Par contre, comme Poehling et d’autres joueurs l’ont souligné, la saison 2018-2019 devrait remplir les partisans de l’équipe d’espoir avec un avenir palpitant et prometteur qui se dessine.

Si les Canadiens nous ont enseigné quelque chose alors que nous tournons nos regards vers la prochaine saison est que la seule conclusion qu’on peut tirer est que tout est possible quand on y croit.

Un texte de Dan Braverman, traduit par Philippe Germain.

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