Dorian

Dur lendemain de tempête dans l’archipel

Cap-aux-Meules — Le réveil a été brutal, hier, pour les Madelinots. L’archipel a été malmené par Dorian pendant la nuit de samedi à hier. Balayés par des rafales soufflant à 150 km/h et des vagues qui pouvaient atteindre 10 mètres, de nombreux bateaux et chalets ont subi de lourds dommages. L’heure est maintenant au grand ménage.

« Je suis chanceux ! Mon bateau est probablement celui qui a le moins de dommages. Des éraflures sans plus », a confié, soulagé, Stanley Quinn, capitaine du Miss Aleesha B. La Presse l’a rencontré sur le quai de Cap-aux-Meules, alors qu’il venait constater les dégâts. Mais tous n’ont pas eu sa chance. Une quinzaine de bateaux de pêche ont été endommagés après qu’un quai flottant s’est détaché pendant la tempête. Certains d’entre eux sont toujours en fâcheuse position, comme le Captain Morgan, coincé entre l’enrochement et les vestiges de ce qui était son quai d’attache.

C’est une barge, déplacée en catastrophe durant la nuit de samedi à hier, qui a empêché les bateaux de s’entrechoquer davantage.

À la marina du Havre-Aubert, au site historique de La Grave, les voiliers semblent avoir été jetés sur la rive, presque pêle-mêle. 

« Ça fait six ans que je suis aux Îles et je n’ai jamais vu ça », a dit Étienne David-Bellemare, propriétaire d’un bateau endommagé.

Sur le chemin des Chalets, un chalet arraché à ses pilotis bloque la route. Un autre est maintenant de l’autre côté de l’étang, à demi submergé.

Des factures attendues

« Nous avons constaté beaucoup de dommages. Les gens sont très émotifs actuellement, la nuit a été courte, certains n’ont pas dormi. On voit des investissements, des objectifs, des rêves partir au vent… », a dit le maire Jonathan Lapierre lors d’une conférence de presse hier matin.

M. Lapierre dit avoir demandé une aide financière au gouvernement du Québec pour les sinistrés. Il espère qu’une annonce sera faite dans les prochains jours.

« Aujourd’hui, nous sommes encore en mode urgence, en mode tempête, on veut sécuriser notre territoire, nos gens, mais le beau temps va finir par arriver et les factures aussi. »

« Il est important que le gouvernement soit bien au fait […] et offre son soutien technique et financier. »

— Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine

« De plus, nous demandons une aide d’urgence afin de protéger les zones plus à risque contre l’érosion accélérée suite aux tempêtes », a précisé le maire Lapierre.

Sur Twitter, le premier ministre François Legault a écrit, hier après-midi : « Nos équipes sont au travail pour rétablir la situation. Nous serons aussi là après la tempête. »

Les visiteurs en sécurité

Des campeurs relocalisés pendant la tempête ont raconté leur expérience à La Presse.

« C’est ma deuxième visite en 40 ans, et j’y vis toujours de belles péripéties », a dit Louise Daoust. Son conjoint, Pierre Bujold, assure que tout s’est bien déroulé pour eux. « On nous a demandé de nous déplacer vers un lieu plus protégé par un boisé et tout s’est bien passé la nuit dernière. »

Autonomes dans leur caravane, les campeurs expérimentés Jacques Gravel et Élise Desbiens, originaires du Saguenay, ne se sont pas inquiétés outre mesure. « Nous n’avons pas été conscients de l’ampleur de la tempête. Il a venté fort, mais rien comparé à ce que les gens ont vécu sur le bord de l’eau. On n’est pas déçus de notre voyage et on ne repart que la semaine prochaine », a indiqué M. Gravel. Le couple en est à sa quatrième visite dans l’archipel.

Certains commerces étaient fermés hier, mais d’autres ont ouvert leurs portes afin d’accueillir les visiteurs et les Madelinots. C’est le cas de La Brûlerie de café des îles de la Madeleine, où la propriétaire Lucille Leblanc offrait gratuitement le café à tous les clients.

« À chaque événement catastrophique ou tempête, je trouve important d’offrir un petit réconfort aux Madelinots et visiteurs qui vivent ces moments difficilement. »

— Lucille Leblanc

Robert Saint-Onge et son fils, Hugo, ont passé la journée à s’occuper de l’auberge familiale, la Salicorne, à Grande Entrée, aux Îles-de-la-Madeleine. « Je n’ai jamais eu de dégâts comme ça en 25 ans », estime Robert Saint-Onge.

Le Madelinot s’estime tout de même chanceux. « L’auberge a bien tenu le coup. On a passé la journée à gérer la clientèle. Il y a les gens qui devaient partir qui ne partent pas et les gens qui devaient arriver n’arrivent pas. »

La tempête a occasionné des dégâts : la plateforme du quai de l’auberge a été arrachée, une partie des dunes s’est érodée et des arbres ont été déracinés.

L’auberge était alimentée en électricité grâce à une génératrice. « Mon plus gros stress, c’était de manquer de gaz », confie Robert Saint-Onge.

Le père et le fils sont heureux de voir la tempête s’éloigner des Îles. « Ça fait du bien que ça soit passé, avoue M. St-Onge. Maintenant, on va devoir voir ce qu’on garde et ce qu’on jette. »

Levée des mesures d’urgence

Les mesures d’urgence ont été levées vers 19 h 30, hier, dans la Municipalité des Îles. Toutes les routes ont été rouvertes à la circulation.

Du côté d’Hydro-Québec, des équipes supplémentaires étaient à pied d’œuvre pour rétablir les pannes isolées et remplacer un poteau cassé dans le secteur est des Îles. Quelque 2200 foyers étaient toujours privés d’électricité en début de soirée, mais Hydro-Québec prévoyait être en mesure de rétablir l’électricité avant la nuit pour la majorité des foyers.

Selon le maire Lapierre, la tempête Dorian est l’une des plus importantes vécues par les insulaires madelinots. « Cette tempête-ci a très certainement laissé beaucoup plus de dégâts que celle de novembre 2018, mais déjà, on peut dire en bon québécois qu’on y a goûté ! », conclut-il.

— Avec Thomas Dufour, La Presse

Au Nouveau-Brunswick, des pêcheurs de homard perdent leur gagne-pain

À Petit-Cap, au Nouveau-Brunswick, le passage de Dorian a été sans merci pour les pêcheurs. Au beau milieu de la saison de pêche au homard, cinq bateaux ont été détruits. Durant la tempête, les marins ont tout tenté pour sauver leur embarcation, sans succès. « La plus vieille partie du quai est tombée. Une couple de pêcheurs sont tombés à l’eau en essayant de rattacher les bateaux. Y’en a qui ont sauté à l’eau pour les sauver. Finalement, ils ont laissé les bateaux aller et sont partis à la dérive. Le bateau de mon beau-père est en mille morceaux. Les bateaux sont tous détruits », a raconté la Néo-Brunswickoise Renelle Leblanc, jointe par La Presse. Il reste encore quatre semaines à la saison de pêche au homard dans leur secteur. Sur Facebook, Mme Leblanc lançait un appel à l’aide pour que son beau-père ne perde pas ce précieux mois de travail. « On a peut-être trouvé un bateau. Si ça fonctionne, le père à mon homme pourra retourner en mer mardi ou mercredi », espère-t-elle. « Mais son bateau est irremplaçable. Ça faisait 30 ans qu’il avait son bateau. C’est un vrai deuil… C’est sentimental. C’est leur gagne-pain », exprime-t-elle, en poussant du même souffle un soupir de soulagement, puisque personne n’a été blessé lors de l’événement.

— Audrey Ruel-Manseau, La Presse

Dorian poursuit sa route vers Terre-Neuve-et-Labrador

Même si Dorian avait été rétrogradé en tempête post-tropicale au moment de toucher terre en Nouvelle-Écosse samedi soir, ce sont bien des vents de force d’ouragan qui se sont abattus sur les grilles électriques des trois provinces des Maritimes au cours du week-end. Des vents violents étaient toujours attendus sur la Basse-Côte-Nord, au Québec, en fin de journée hier, et des avertissements d’ouragan et de tempête tropicale demeuraient en vigueur pour une bonne partie des côtes ouest et nord de Terre-Neuve. De leur côté, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, balayés samedi par des vents soutenus de près de 150 km/h, commençaient à prendre la mesure des dommages, après que près d’un demi-million de résidences et de commerces eurent été privés d’électricité. Le nombre de clients touchés par ces pannes majeures avait considérablement diminué à travers les Maritimes hier après-midi. La capitale néo-écossaise semble avoir été la plus durement touchée par ce qui subsistait de l’ouragan meurtrier. Des images partagées sur les réseaux sociaux montrent notamment une imposante grue ayant basculé dans le centre-ville d’Halifax, une promenade riveraine gravement endommagée et un immeuble à logements au toit arraché, mais aucun blessé grave n’a été signalé. — La Presse canadienne

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.