Vers la Floride

Délices de stations-service

Sur la route vers la Floride, il est étonnamment possible de faire le plein d’essence et de bien manger à la même adresse. Voici notre guide des meilleurs endroits où se ravitailler en Caroline du Nord, à mi-chemin entre Montréal et les vacances. UN DOSSIER D’ÉMILIE BILODEAU

Bien manger à la station-service, vraiment ?

Caroline du Nord — « Dans la région, c’est souvent dans les stations-service qu’on mange le mieux », déclare Ashby Brame, sur le ton le plus normal du monde. Devant notre air stupéfait, elle se met à énumérer des adresses à la dizaine.

« C’est vraiment quelque chose qui n’est pas étrange, ici. En fait, c’est plutôt dans la norme », précise celle qui est née et a grandi dans le comté de Johnston, territoire traversé par l’Interstate 95, en Caroline du Nord.

Responsable des relations publiques au bureau de tourisme, Ashby explique que la région a longtemps été reconnue pour ses champs de tabac. Avec la baisse de popularité de la nicotine, les fermiers se sont toutefois tournés vers d’autres cultures comme la patate douce et le soya. Ils élèvent aussi des porcs.

La région a une longue histoire agricole et les « moms and pops stores » qui vendent sous un même toit de l’essence, de la nourriture, des vêtements et de l’équipement agricole font toujours partie de la culture des gens qui habitent le comté, affirme Ashby.

« Le coin a été longtemps si rural, et il l’est encore, qu’on dirait qu’on ne s’est jamais complètement débarrassés du concept de magasin général », affirme la trentenaire, attablée devant une assiette de côtes levées, servie dans le restaurant d’une station-service à l’enseigne de la British Petroleum (BP).

Selon Ashby, les partenariats entre stations d’essence et restaurants présentent un intérêt pour les deux types de commerces. Les clients qui ont besoin d’essence risquent de prendre une bouchée ; ceux qui veulent manger risquent de remplir le réservoir de leur véhicule. On est à l’ère de l’optimisation de son temps, quoi !

Ashby explique également que son district ne compte pas une tonne de locaux ayant du potentiel pour les restaurateurs. La région commence à peine à voir de nouveaux projets commerciaux et immobiliers.

« Plusieurs restaurateurs de la région n’ont pas les fonds nécessaires pour ouvrir leur commerce. Mais il y a ces stations d’essence qui ont de petits espaces à louer, à des prix raisonnables. Pour les gens qui se lancent en affaires, c’est souvent une occasion, une manière de commencer petit et de voir si leur commerce va fonctionner. »

— Ashby Brame, responsable des relations publiques au bureau de tourisme

Restos à succès

Commencer petit. C’était en quelque sorte l’idée de Jerry Stephenson Jr lorsqu’il a décidé d’ouvrir The Redneck BBQ Lab. Ce concurrent aguerri de concours de barbecue cherchait un local dans la municipalité de Benson lorsqu’il est tombé sur un espace laissé vacant par un Dairy Queen, dans une station BP.

« Je cherchais un local pour mon service de traiteur, mais comme il y avait une fenêtre pour le take-out, je me suis dit qu’on cuisinerait pour les gens qui veulent ramasser un sandwich ou un repas pour leur famille. Je ne pensais jamais que les gens viendraient s’asseoir ici pour manger », raconte Jerry, dans son restaurant où il expose ses dizaines et ses dizaines de trophées.

Non seulement les clients mangent sur place, mais ils font même la file jusqu’à l’entrée pour goûter au porc effiloché ou aux burnt ends, bouts de viande un peu trop cuits, qui sont souvent écoulés avant la fin de la journée (voir autre texte).

À quelque 30 km de là, Jerry Fitzgerald a quant à lui cédé à la pression des habitants de Clayton qui lui demandait d’ouvrir un restaurant dans son dépanneur.

« On avait des trucs comme des saucissons séchés et des sardines, mais les gens voulaient un restaurant. Je n’avais pas beaucoup d’argent, alors je me suis mis à réfléchir à des hot dogs. Tout ce que ça me prenait, c’est un cuiseur à la vapeur pour les pains et les saucisses, puis une mijoteuse pour le chili. »

Trente-six ans après avoir ajouté un petit comptoir de restauration et deux tables à son dépanneur The Grocery Bag, Jerry affirme qu’il a vendu six millions et demi de red dogs, chiens chauds contenant une saucisse rouge vif, un classique de cette région des États-Unis.

Pas si mal pour un homme qui hésitait à ouvrir un resto !

L’après-Florence ?

L’ouragan Florence qui a balayé la Caroline du Nord à la mi-septembre n’a pas épargné le comté de Johnston. La région a subi des inondations et des glissements de terrain. Un mois après la violente tempête, les infrastructures qui accueillent les touristes dans Johnston ont cependant toutes rouvert leurs portes. L’Interstate 95, qui a été fermée près de la frontière de la Caroline du Sud, a elle aussi été rouverte. Il est donc possible de traverser l’État et de s’y arrêter pour manger sans problème.

Quatre endroits pour faire une pause

Les meilleurs arrêts à faire en Caroline du Nord, près de l’Interstate 95 (I-95), pour se ravitailler en essence et en nourriture.

— Émilie Bilodeau, La Presse

The Redneck BBQ Lab

Jerry Stephenson Jr est l’un des meilleurs pitmasters des États-Unis. Il est arrivé deuxième lors de l’American Royal, la plus importante compétition de barbecue du monde, l’année dernière. Dans son petit restaurant collé à une station d’essence BP, il prépare exactement les mêmes recettes que celles qu’il présente aux juges de concours. Porc effiloché, brisket (poitrine de bœuf), côtes levées… ses viandes sont fumées pendant la nuit avant d’être servies à ses nombreux clients. Pour être sûr de goûter au burnt ends, ces bouts de viande un peu trop cuits, on peut appeler jusqu’à un an d’avance pour réserver une portion. Bref, le petit détour vers le Redneck BBQ Lab vaut amplement la peine.

Adresse : 12 101 North Carolina Route 210, Benson

À 16 kilomètres de l’I-95

Heures d’ouverture : 

tous les jours de 11 h à 19 h

The Chicken Barn

La station d’essence ressemble à n’importe quelle autre et le restaurant adjacent est plutôt quelconque. Mais il ne faut pas se fier aux apparences si l’on veut déguster du poulet frit typique du sud des États-Unis. La panure est croustillante et la viande est juteuse et goûteuse. Pour faire comme les habitants qui chérissent ce restaurant depuis 40 ans, on opte pour des accompagnements de grits (une bouillie de maïs) et d’okra.

Adresse : 703 East Market Street, Smithfield

À 2 kilomètres de l’I-95

Heures d’ouverture :  du lundi au vendredi de 6 h 30 à 21 h ; samedi de 7 h 30 à 21 h ; fermé le dimanche

C.E. Barnes Store

Cette petite station-service indépendante, construite en 1927, semble figée dans le temps. Le bâtiment blanc d’aspect rural sert de magasin général pour la communauté de Clayton et de boutique de souvenirs pour les touristes. Devant, il n’y a que deux pompes à essence, toutes simples, sans publicités criardes. Le C.E. Barnes Store n’abrite pas de restaurant, mais les jeudis et vendredis soir ainsi que les samedis jusqu’à 14 h, des camions de cuisine de rue servent des tacos, burgers, beignets et glaces, selon l’horaire. Ici, on s’installe à une table à pique-nique et on profite d’une petite pause au cœur de la campagne.

Adresse : 13 726 Buffalo Road, Clayton

À 20 kilomètres de l’I-95

Heures d’ouverture :  lundi, mardi, jeudi et vendredi de 6 h 30 à 18 h 30 ; mercredi de 6 h 30 à 18 h ;  samedi de 7 h à 16 h ; fermé le dimanche

The Grocery Bag

Les résidants du comté de Johnston ne mangent pas de hot dogs, mais bien des red dogs. C’est que la saucisse de porc et de bœuf est rouge. Très rouge. Les red dogs sont garnis de moutarde, d’oignons et de chili. Mais soyons francs, à part la couleur différente, ces chiens chauds goûtent sensiblement la même chose que ceux à la maison. Fait intéressant : avant d’être reprise par le propriétaire actuel, la bâtisse appartenait à Percy Flowers, le plus important fabricant d’alcool de contrebande de la Caroline du Nord pendant la prohibition. Il aurait même caché de l’eau-de-vie dans ce qui est aujourd’hui The Grocery Bag.

Adresse : 4879 North Carolina Highway 42 East, Clayton 

À 16 kilomètres de l’I-95 

Heures d’ouverture : tous les jours de 6 h à 20 h

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