100 idées pour améliorer le Québec Aider les familles

Et si on s’occupait vraiment des familles ?

Les familles, surtout quand vient le temps d’une campagne électorale, figurent bien haut dans le rang des priorités des politiciens qui veulent obtenir leurs votes.

Celle qui s’amorce au Québec ne fait pas exception. Au cours des prochaines semaines, le thème des familles sera brandi très fréquemment et les politiciens nous diront que toutes leurs promesses visent, justement, à améliorer leur bien-être.

Pourtant, dans nos politiques publiques, les familles n’existent pas véritablement. Certes, il y a de nombreux services destinés aux familles. Le Québec est même un des endroits dans le monde où il y en a le plus, et parmi les meilleurs qui soient. Mais ceux-ci s’adressent aux tout-petits, aux mères, aux adolescents, aux aînés, aux pères… rarement la famille elle-même.

Détail, direz-vous ? Oui et non. Car les familles ont des besoins qui leur sont propres. Qui dépassent la simple addition de ceux des individus qui les composent. 

Presque toutes les décisions importantes que nous prenons dans notre vie sont des décisions familiales et non individuelles. 

Qu’on pense par exemple aux décisions concernant l’éducation des enfants, au choix d’une maison, d’un quartier, à la plupart de nos choix de consommation, même à l’acceptation d’un emploi ou d’une promotion, toutes ces décisions sont prises, la plupart du temps, en fonction des besoins de la famille.

Trouver des solutions

C’est avec l’objectif de trouver des solutions concrètes pour mieux soutenir les familles que se sont réunies à Saint-Hyacinthe en mai dernier, à l’occasion du premier grand Sommet de la famille, près de 400 personnes représentant des organisations impliquées directement dans les services aux familles (maisons des familles, centres de la petite enfance, services de garde scolaires, commissions scolaires, municipalités, organismes communautaires, centres de ressources périnatales, etc.).

Leurs grands constats : il faut mieux reconnaître le rôle et l’importance des familles et bâtir nos politiques et nos programmes en fonction de leurs besoins réels. La famille est l’acteur économique le plus important. Elle est aussi un acteur social de premier plan, que ce soit en matière d’éducation, de santé, d’entraide, de loisirs, de culture. Elle agit comme principal relayeur pour un grand nombre de services publics adressés aux citoyens.

Les politiques publiques et les programmes gouvernementaux et communautaires doivent être organisés pour permettre aux familles de jouer pleinement leur rôle.

Dans le cadre de ce sommet de deux jours, les participants ont formulé tout près de 400 résolutions qui se traduisent en 78 propositions concrètes pour permettre à chaque famille d’avoir une vie plus équilibrée, mieux soutenir celles qui ont des besoins particuliers, bref, mieux coordonner et bonifier les efforts en faveur des familles aux différents âges de la vie.

Quelques propositions urgentes

La mise en place de mécanismes qui permettent de briser les silos ministériels

Les programmes gouvernementaux sont organisés par des ministères qui ne se parlent pas beaucoup. La vie familiale, c’est pourtant le contraire d’un silo. Tout s’enchevêtre à vitesse grand V. Le travail, l’éducation, le loisir, la santé, la vie de couple, la vie sociale, tout cela, c’est le quotidien des familles. Chaque année, des millions sont investis pour répondre aux besoins, mais le manque de coordination rend souvent l’accès difficile et confus.

La nécessité d’assurer un continuum de services à travers tous les âges de la vie

La vie n’est pas un collage de situations diverses. La vie est un parcours et les besoins évoluent à chaque étape de ce parcours. L’enfant qui entre à l’école est le même enfant que celui qui se trouvait au CPE quelques semaines plus tôt ! Il faut concevoir les services de manière à pouvoir accompagner les familles tout au long de ce parcours et assurer des transitions harmonieuses entre les différents services.

L’importance de valoriser le secteur communautaire

Le secteur communautaire est un joyau du filet social québécois. Les années d’austérité budgétaire ont touché directement la capacité des organismes communautaires à remplir leur mission auprès de toutes les familles, avec un financement public orienté de plus en plus vers des projets particuliers visant les clientèles plus vulnérables. Bien sûr, ces dernières ont toujours été au cœur des priorités, mais les activités de soutien offertes par ces organismes doivent pouvoir bénéficier à un nombre beaucoup plus grand de familles.

Un secteur communautaire fort contribue à diminuer la pression sur les services gouvernementaux, tout en offrant une réponse adéquate aux besoins des familles. Nous devons reconnaître l’apport essentiel du milieu communautaire à l’amélioration des conditions de vie des familles, mais pour ce faire, il faut qu’on lui assure un financement suffisant.

Développer des services de proximité

Les parents qui ont été invités à participer au Sommet de la famille à titre d’observateurs étaient unanimes : il est très difficile de connaître l’ensemble des services disponibles, ceux-ci étant éparpillés dans une structure bureaucratique trop complexe. Les familles gagneraient grandement à ce qu’on leur offre un accès centralisé dans leur communauté à tous les services.

Les municipalités, que la loi a récemment transformées en gouvernements de proximité, peuvent jouer un rôle beaucoup plus grand dans l’offre de services à la famille. Mais, là également, il faut repenser la fiscalité pour donner aux municipalités les moyens d’intervenir sur ces enjeux qui autrefois ne les concernaient pas.

Accélérer la mise en place de mesures pour favoriser la conciliation travail-famille.

Le temps est l’ingrédient qui manque le plus aux familles. Les entreprises, encouragées par la difficulté à attirer et retenir la main-d’œuvre dans un contexte de rareté, sont de plus en plus ouvertes à la conciliation. Mais elles ont besoin d’être accompagnées pour mettre en place les meilleures pratiques. Il faut aussi concevoir l’enjeu du temps comme relevant d’une responsabilité collective. Si on organise nos communautés en tenant compte des horaires des familles, on peut aussi beaucoup contribuer à réduire la pression qu’elles subissent. Ce n’est pas qu’une affaire de relations de travail, mais bien un enjeu qui concerne tout le monde.

Pour les participants au Sommet de la famille, le moment est venu de nous doter d’une véritable stratégie de soutien aux responsabilités familiales, qui propose une vision globale de l’aide à accorder aux familles à tous les âges de la vie, avec un plan d’action concret qui implique tous les ministères. Une stratégie qui crée toutes les conditions pour que chaque famille puisse jouer pleinement son rôle. Bref, une stratégie qui fait de nous un véritable Québec Famille.

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