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MarieChantal Chassé a quitté hier ses fonctions de ministre de l’Environnement à la demande du premier ministre. François Legault l’a remplacée par Benoit Charette.

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Chassé exclue du Conseil des ministres

Québec — MarieChantal Chassé n’aura été ministre de l’Environnement que 83 jours. Le premier ministre François Legault lui a montré la porte de son cabinet, hier, et l’a remplacée par le député Benoit Charette.

Le premier ministre a cité les échanges pénibles de Mme Chassé avec les médias pour expliquer sa décision.

« On va avoir une rentrée parlementaire au mois de février, le mois prochain, a-t-il expliqué. J’ai jugé, en discutant avec MarieChantal, que ce serait difficile en février, ce serait difficile au cours des prochains mois, et je pense que c’était souhaitable de faire un changement maintenant. »

Baptême du feu ardu

Fondatrice d’une société d’aéronautique, Mme Chassé a vécu un baptême du feu ardu après sa prestation de serment. Lors d’un point de presse à la fin du mois d’octobre, elle a réagi péniblement à une annonce fédérale sur la taxation du carbone.

Elle a été ciblée dès la rentrée parlementaire par les partis de l’opposition, qui l’ont maintes fois questionnée sur les objectifs climatiques du Québec.

Puis, tout juste avant la pause des Fêtes, elle a trébuché en expliquant aux journalistes le contenu d’un rapport du Conseil de gestion du Fonds vert. Ce document dressait pourtant un bilan critique d’une batterie de programmes lancés par le précédent gouvernement libéral.

« MarieChantal commençait à bien comprendre ses dossiers, c’est une ingénieure, une femme d’affaires. Mais la partie communication avec les journalistes, c’était difficile. »

— François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault a rappelé qu’à l’exception de Marguerite Blais et de lui-même, tous les membres de son cabinet en sont à leur première expérience à la tête d’un ministère. Il s’est dit très satisfait de la performance d’ensemble de son équipe, mais a admis qu’il entretenait des « doutes » au sujet de Mme Chassé.

La décision de l’expulser du cabinet est survenue au terme d’une rencontre lundi.

« On a convenu ensemble que c’était mieux, et pour elle, et pour le gouvernement, qu’elle cède ses responsabilités à quelqu’un d’autre », a relaté M. Legault.

Il reste convaincu que Mme Chassé est une gestionnaire compétente et il n’a pas exclu de la réintégrer au Conseil des ministres un jour.

La principale intéressée a, pour sa part, affirmé, dans un message publié sur sa page Facebook, qu’elle quittait ses fonctions de ministre de l’Environnement « la tête haute, fière du travail accompli », et ce, après une décision prise « avec maturité ».

« Malgré la perception donnée par la lorgnette médiatique, les affaires avancent bien au ministère de l’Environnement et je laisse une organisation bien en selle, ainsi qu’un plan clair pour que mon successeur puisse relever les défis qui sont les nôtres. Il pourra compter sur une passation des pouvoirs digne et ouverte », a écrit Mme Chassé, quelques heures après l’annonce du premier ministre.

Député d’expérience

En Benoit Charette, François Legault a choisi un politicien expérimenté pour diriger le ministère de l’Environnement. Élu pour la première fois sous la bannière du Parti québécois en 2008, le député de Deux-Montagnes a été l’un des premiers à rejoindre la Coalition avenir Québec en 2011.

Battu en 2012, puis élu en 2014 et en 2018, M. Charette était porte-parole caquiste en matière de transports sous le gouvernement Couillard. Ce rôle l’a préparé à ses nouvelles fonctions, selon le premier ministre. Car le secteur des transports est justement le plus important émetteur de gaz à effet de serre de la province.

« Benoit a une grande expérience politique. Ça va le servir pour faire face, entre autres, aux journalistes lors des points de presse. »

— François Legault

« C’est un beau privilège que d’avoir l’occasion de s’attaquer à ces défis environnementaux. On l’a vu au cours des dernières semaines, des derniers mois, notamment pendant la campagne électorale, les Québécois sont de plus en plus soucieux des questions environnementales. Donc c’est un très beau défi », a dit pour sa part le nouveau ministre.

« Sincère préoccupation »

L’environnement est un dossier délicat pour le gouvernement caquiste. En campagne électorale, François Legault a été critiqué pour la faiblesse de ses engagements verts. Après son élection, il a vite cherché à corriger le tir en promettant une « sincère préoccupation » pour la question climatique.

Depuis, M. Legault a tenu des rencontres avec des environnementalistes, entre autres l’instigateur du « Pacte » Dominic Champagne. Il a provoqué une levée de boucliers en Alberta lorsqu’il a décrit le pétrole qui y est produit comme de « l’énergie sale ». Il a également confirmé son appui à la cible de réduction de gaz à effet de serre (GES) pour 2030 que le précédent gouvernement avait adoptée avant la Conférence de Paris sur le climat.

L’opposition réagit

L’opposition n’a pas tardé à réagir à la suite de l’annonce du premier ministre. « Un remaniement moins de 100 jours après l’élection, on remarque encore une fois l’improvisation du gouvernement de François Legault. C’est le premier ministre qui porte le poids de cet échec aujourd’hui ». a dit Marie Montpetit, députée du Parti libéral

La députée de Québec solidaire Ruba Ghazal a quant à elle dit souhaiter que la lutte contre les changements climatiques « ne se résume pas à des opérations de communication. Ce n’est pas seulement le fait d’être un bon communicateur qui fera de M. Charette un bon ministre de l’Environnement ». 

« Félicitations à Benoit Charette qui devient ministre de l’Environnement, a de son côté commenté Sylvain Gaudreault, du Parti québécois. Le gouvernement de François Legault a l’occasion de donner un sérieux coup de barre sur ses politiques quant à la crise climatique. Va-t-il proposer une loi anti-déficit climatique ? »

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MarieChantal Chassé a quitté hier ses fonctions de ministre de l’Environnement à la demande du premier ministre. François Legault l’a remplacée par Benoit Charette.

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Un remplacement vu d’un bon œil

Le remplacement de la ministre québécoise de l’Environnement MarieChantal Chassé par le député de Deux-Montagnes Benoit Charette est bien accueilli dans le milieu environnementaliste.

« Le fait qu’il a de l’expérience politique, c’est une bonne nouvelle », souligne le cofondateur et directeur général d’Équiterre, Sidney Ribaux, qui croit que le nouveau ministre est « quelqu’un qui a la capacité de faire le travail ».

Il voit aussi d’un bon œil que ce remplacement intervienne en début d’année, avant la rentrée parlementaire, plutôt qu’« au milieu d’une consultation, de l’étude d’un projet de loi ».

Greenpeace Canada salue aussi la rapidité avec laquelle le premier ministre Legault « corrige le tir ».

« [C’est le] signe positif que l’environnement et la lutte contre les changements climatiques sont des priorités pour ce gouvernement qui reconnaît maintenant qu’il y a urgence climatique. »

— Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie chez Greenpeace Canada

« La dernière chose qu’il aurait fallu, c’est qu’on ait une ministre qui n’ait plus la confiance du premier ministre et qui reste en poste ; on aurait été paralysés dans plein de dossiers », ajoute Karel Mayrand, directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki.

L’écologiste affirme qu’il était « évident » que MarieChantal Chassé « maîtrisait mieux ses dossiers en privé que devant les journalistes », mais que « la job de ministre, c’est aussi une job de communication », ce qui rendait son départ prévisible.

« Poste prestigieux »

Karel Mayrand rappelle que les cinq derniers titulaires du poste ont tous connu des « problèmes » à divers degrés.

« C’est une des jobs les plus difficiles du gouvernement », croit-il, évoquant les attentes élevées, la grande visibilité et le « peu de moyens ».

Plutôt que de s’en désoler, il estime que « c’est symptomatique d’un ministère qui est en train de devenir un ministère majeur ».

L’importance des enjeux environnementaux aux yeux de la population fait selon lui en sorte que « dans le passé, ce n’était pas un poste prestigieux, mais c’est en train de le devenir de plus en plus ».

« [Il est] très important que le nouveau ministre développe des liens de confiance avec les acteurs du monde environnemental. »

— Karel Mayrand, directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki

« C’est ce qui a fait le succès de ministres comme Pierre Arcand, Isabelle Melançon et Lyne Beauchamp », estime-t-il.

Patrick Bonin ajoute que le nouveau ministre pourra compter sur l’appui de Greenpeace Canada « s’il se montre déterminé dans ses nouvelles fonctions ».

le Troisième lien

Le milieu environnementaliste ne fait pas de cas de l’appui au troisième lien entre Québec et Lévis réitéré par Benoit Charette, qui a dit durant son allocution n’y voir « aucune contradiction » avec la protection de l’environnement.

« Ça ne m’est jamais arrivé d’être d’accord avec tout ce que dit un ministre de l’Environnement », relativise Sidney Ribaux, qui croit que « ce n’est pas parce qu’il dit [cela] que tout ce qu’il dit d’autre est mauvais ».

« On sait que le gouvernement a fait son lit pour un troisième lien », ajoute Karel Mayrand, qui ne s’attendait pas à un changement de ton sur le sujet.

Le nouveau ministre aura cependant « des choix difficiles » à faire, prévient-il, car « si tu mets 4 milliards sur un pont à Québec, c’est 4 milliards que tu n’as plus » pour d’autres infrastructures ailleurs dans la province.

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