Série

Quand les lieux réinventent la ville

Une flopée de lieux d’un nouveau genre, innovants et fédérateurs, réinventent Montréal et redynamisent le quartier où ils s’installent. La Presse+ dresse cet été un petit état des lieux non exhaustif…

Lieux urbains

La vie de couvent

Retourner à l’école ? C’est ce qu’on souhaite en visitant l’ancien couvent des Sœurs grises, converti en résidences étudiantes de l’Université Concordia. Un secret bien gardé.

Petit rappel des faits : en 2005, l’Université Concordia a proposé aux Sœurs grises d’acheter leur maison construite à partir de 1869, à l’angle de la rue Guy et du boulevard René-Lévesque. Le but ? « Assurer le développement futur de l’université, dont la clientèle a doublé en 20 ans », explique Martine Lehoux, architecte en chef de Concordia.

En 2007, l’Université a acheté l’ensemble du domaine de plus de 3 hectares avec un accord de prise de possession graduelle, pour permettre aux religieuses de continuer à habiter au couvent jusqu’en 2022. Ces dernières sont toutefois parties plus vite que prévu, en 2014, dans une résidence construite pour elles.

Concordia a évalué différentes possibilités de conversion avant d’opter pour une résidence étudiante, une garderie et une salle de lecture. « On avait besoin de chambres, dit Mme Lehoux. Au pavillon Loyola, on possède 54 chambres. Au complexe Hingston, 170. Ici, au total, on en a 601. »

La transformation du bâtiment a été réalisée par le cabinet d’architectes Lapointe, Magne & Associés. « Le principe qui a guidé le projet, c’est le minimalisme, affirme Mme Lehoux. On a essayé de tout conserver ce qu’on pouvait. Et quand on a fait des interventions, on l’a fait de façon contemporaine. » La main courante ajoutée à cet escalier en bois en est un parfait exemple.

Les plafonds de 5 mètres de haut ont été peints en vert pomme, jaune ou orange, selon les ailes, pour aider les étudiants à se repérer dans l’ancien couvent. Les architectes ont aussi modernisé l’éclairage et les toilettes où cela était nécessaire. « Des étudiants qui jouent au football, c’est plus rough que de petites religieuses », souligne Mme Lehoux.

La chapelle, classée monument historique dès 1974, a été transformée en salle de lecture de 300 places. Le lieu est absolument spectaculaire. « Encore une fois, on a fait des interventions minimales, glisse l’architecte en chef. On a enlevé tous les bancs, repeint les murs et refait un peu le plancher. »

Le chœur rouge est un clin d’œil aux toges des cardinaux. « L’idée, c’est aussi d’aller s’asseoir dans un lieu où les gens, habituellement, ne peuvent pas aller, dit Martine Lehoux. On voulait s’approprier un endroit à connotation religieuse. C’est possible parce que la chapelle a été désacralisée. »

Les confessionnaux de la sacristie ont été conservés, de même que les meubles d’origine. D’un côté, on a fait une salle de lecture avec fauteuils confortables. De l’autre, une salle de travail dotée d’un éclairage contemporain. « C’est toujours très sobre. C’est ça, le message », insiste l’architecte.

La crypte des Sœurs grises est restée la propriété de la congrégation religieuse. Pour assurer la préservation des sépultures, les croix ont été enlevées et numérotées. Une dalle de béton a été coulée sur la terre. Puis, tout a été remis en place. « Rien ne paraît, mais c’est maintenant sécurisé », précise Mme Lehoux.

La cuisine du couvent est restée telle quelle, mais le régime alimentaire a changé pour tenir compte des goûts et des besoins de la clientèle étudiante : avec ou sans viande, sans gluten ou sans produits laitiers. On a ajouté des aires de service dans la cafétéria et disposé quelques bancs d’église pour rappeler le passé du lieu.

La résidence compte 355 chambres individuelles et partagées, des aires communes et des salles de travail. Durant l’année scolaire, les portes sont fermées et l’accès est réservé aux étudiants. Mais l’été, il est possible de louer une chambre : le prix varie de 31 $ à 124 $ la nuit, en fonction du nombre de personnes et du jour de la semaine.

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