TARGA NEWFOUNDLAND

Course pour tous sur le Rocher

C’est une épreuve unique en Amérique, dans un genre qui n’en compte que deux autres, en Australie et en Tasmanie. Mais comme nul n’est prophète en son pays, le Targa Newfoundland est à peu près inconnu chez nous. 

Pourtant, Terre-Neuve vient d’accueillir son 15e Targa, épreuve de sept jours qui s’adresse autant aux professionnels qu’aux amateurs, aux gentlemen drivers ou aux conducteurs du dimanche en quête d’émotions fortes.

Le Targa Newfoundland est devenu la plus importante manifestation de sport automobile à Terre-Neuve, mais l’idée a surgi en 2001 à quelque 18 000 km de là. Le collaborateur automobile du Toronto Star Jim Kenzie rentrait du rallye Targa de Tasmanie quand il s’est laissé aller à imaginer si une course du genre pouvait être organisée en Amérique du Nord.

« Sur le traversier en direction de l’Australie, j’ai demandé à mon copilote Doug Mepham si on pouvait trouver chez nous une île comme la Tasmanie, avec des gens accueillants qui pourraient apprécier un coup de pouce touristique, nous a raconté le chroniqueur, quelques minutes avant de prendre le volant pour le prologue de son 15e Targa terre-neuvien. À la blague, j’ai aussitôt mentionné Terre-Neuve. Doug a réfléchi un moment avant de me dire que son vieil ami Roger Giannou pourrait peut-être organiser tout ça. » L’idée a rondement suivi son cours, si bien qu’un an et demi plus tard, les premiers bolides se massaient sur la ligne de départ du Targa Newfoundland.

Pour la 15e présentation, ce sont plus de 1660 km de route qui ont été survolés par la soixantaine d’inscrits, dont plus de 440 km de spéciales chronométrées se déroulant sur des routes publiques asphaltées temporairement fermées à la circulation.

C’est une formule unique sur le continent.

« Des rallyes sur asphalte, il y en a tous les week-ends en Europe. On peut donc vivre une expérience semblable sans avoir à nous rendre en Europe. Et Comme ça dure sept jours, ça s’apparente aux rallyes-raids comme le Dakar, c’est comme un marathon de course auto ; ça prend une voiture très bien préparée. »

— Jean-Luc Bergeron, vainqueur l’an dernier en Targa Open

LIMITES DE VITESSE

Contrairement aux rallyes traditionnels, les courses de type Targa ont la particularité de récompenser la précision du pilotage. En catégorie Targa, les équipages doivent respecter un chrono cible lors des spéciales, et sont punis s’ils mettent trop de temps à franchir la distance donnée. Ils peuvent aller plus vite, mais il est formellement interdit de franchir la barre des 200 km/h, alors que leur vitesse moyenne ne peut être supérieure à 140 km/h. Bref, pas question de mettre la pédale au plancher pour rattraper le temps perdu. Et plus le rallye avance, plus les chronos ciblés sont difficiles à atteindre. Les erreurs ne pardonnent pas.

Le plateau en catégorie Targa est donc relevé. Cette année, en plus de Jean-Luc Bergeron, on a vu le retour d’Andrew Comrie-Picard, champion nord-américain de rallye en 2009 et médaillé des X-Games. Quant aux équipages québécois de Frank, Larissa, Ludovic et Lauriane Lognay, ils ont terminé sur le podium à de multiples reprises en Championnat québécois de rallye.

DU RALLYE POUR TOUS

L’autre particularité du Targa Newfoundland est qu’on peut y participer avec sa propre voiture. Mis à part en catégorie Targa, pas besoin de cage de sécurité, de ceintures six points ou de licence de pilote. En catégorie Grand Touring, le chrono ciblé fait foi de tout. C’est l’équipage qui s’en approche le plus qui remporte la course. Ici, la vitesse maximale autorisée est de 150 km/h. En Fast Tour et en Quick Tour, pas de chronos, les amateurs sont ici pour le plaisir ; on suit une voiture de tête en convoi – il ne doit pas y avoir plus de 10 secondes entre chaque auto – et la vitesse maximale est fixée à 130 km/h. Une rare occasion pour les participants de voir ce que leur bagnole a dans le ventre. Tout ça sous l’œil bienveillant des autorités !

« Ça a commencé par une farce, et c’est encore incroyable de voir qu’on s’en tire encore aujourd’hui, a avoué Jim Kenzie en rigolant. Après tout, ces gens-là donnent leurs routes à des fous de la vitesse ! »

2 %

C’est la proportion d’accidents survenus au Targa Newfoundland de 2013 à 2015. La proportion avait atteint 18 % en 2006, mais une formation de pilotage obligatoire mettant l’accent sur les aptitudes de navigation a permis d’assurer la sécurité des participants et des spectateurs.

2000

C’est le nombre de bénévoles qui participent annuellement à l’organisation du Targa Newfoundland.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.