PORT DU HIJAB

Legault est prêt à rencontrer l’aspirante policière

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, se dit prêt à aller dire dans le blanc des yeux à une élève en techniques policières qu’elle ne pourra réaliser son rêve sous un gouvernement caquiste si elle continue de porter le hijab. Il répond ainsi au premier ministre Philippe Couillard, qui l’a mis au défi, jeudi, de rencontrer la jeune Sondos Lamrhari, élève au collège Ahuntsic qui porte fièrement le hijab et qui rêve de faire carrière dans la police. — La Presse canadienne

ANALYSE

Les squelettes, les oublis et les faux pas des candidats

QUÉBEC — Les candidats qui se lancent en politique s’aperçoivent souvent que la piste d’atterrissage est bien courte. Ce n’est pas un écrasement pour tous, mais plusieurs sont condamnés à finir leur trajectoire dans le gravier. Cette semaine, Vincent Marissal, nouveau candidat, admettait avoir menti quant à ses rapports avec le Parti libéral du Canada (PLC) quelques semaines à peine avant de faire le saut avec Québec solidaire (QS). L’histoire politique récente offre de nombreux exemples de ces atterrissages en catastrophe.

Curieusement, André Bachand, ancien député conservateur, s’est sorti facilement d’un piège identique. Annonçant il y a quelques semaines sa candidature pour la Coalition avenir Québec (CAQ), il a avoué dès le début avoir discuté avec les libéraux pour une élection complémentaire, il y a deux ans.

Un autre cas récent, lui, a tourné à la catastrophe. Le candidat libéral Éric Tétrault avait dû se retirer de l’élection complémentaire dans Louis-Hébert pour des allégations sur sa conduite quand il était cadre chez Arcelor Mittal. Dommage collatéral : celui qui avait poussé pour cette candidature, le chef de cabinet de Philippe Couillard, Jean-Louis Dufresne, quitta son poste peu de temps après.

Une bavure dans une première campagne ne laisse pas nécessairement présager un parcours problématique.

Ruth Ellen Brosseau avait eu une notoriété nationale. La candidate du Nouveau Parti démocratique (NPD) dans la circonscription rurale de Berthier peinait à parler français. Au surplus, elle avait passé une partie de la campagne en vacances aux États-Unis. Cela ne l’a pas empêchée de devenir une vedette pour son parti aux Communes.

LES SQUELETTES OUBLIÉS

Les enquêtes des partis sur les candidats sont beaucoup plus méticuleuses que par le passé. Claude Ryan se vantait d’avoir des candidats irréprochables, un « petit catéchisme » auquel bien de ses députés n’adhéraient pas. Un de ses candidats a pourtant dû se désister en douce – le parti avait reçu des photos de son poulain en compagnie de chefs mafieux lors de vacances dans le Sud.

En 2003, celui que Mario Dumont avait chargé de passer au crible les candidatures à l’Action démocratique (ADQ) se retrouva dans l’embarras quand il devint connu qu’adolescent, il avait lui-même fait un hold-up dans un dépanneur.

Aux élections suivantes, l’ADQ a eu des problèmes avec un autre candidat, Jean-François Plante, qui dut déclarer forfait en pleine campagne pour des propos controversés sur son site internet. Durant la même campagne, en 2007, le Parti québécois (PQ) se trouva dans l’embarras à cause de la prise de position de son candidat Robin Philpot, qui avait nié l’existence d’un génocide au Rwanda. En 1989, Jacques Parizeau était intervenu en amont et avait refusé la candidature de Claude Jasmin pour des écrits ambigus sur les juifs. Richard Le Hir était candidat-vedette du PQ en 1994 – il fit tellement de déclarations saugrenues qu’on lui nomma un « tuteur », Guy Chevrette.

En 2001, dans une élection complémentaire dans Mercier, le candidat péquiste Claudel Toussaint s’était retrouvé dans l’embarras pour des allégations de violence familiale – aucune plainte n’avait été déposée, mais ce fut suffisant pour faire gagner Nathalie Rochefort, la libérale, du jamais vu dans Mercier.

En 2014, François Legault congédia son candidat de Rimouski ; le jeune Steven Fleurant s’était fait photographier, nu, sur une cuvette de toilette. Plus encore, tout était sur le Net.

Marie Malavoy avait fait une campagne sans faux pas en 1994. Parizeau dut la congédier de son Conseil des ministres : elle avait voté au référendum de 1980 sans avoir la citoyenneté canadienne. Un autre cas de passeport : en 1970, Omer Dionne est candidat pour le Parti libéral du Québec (PLQ) dans Mégantic-Compton, jusqu’au moment où on se rend compte que, né dans le Maine, l’aspirant député n’est même pas citoyen canadien. L’affaire se régularisa vite, et en douce, et il fut élu. 

Au PLQ encore, on appuya sur le bouton de panique pour bloquer la candidature de Me Frank Shoofey, avocat connu à Montréal qui avait défendu des membres du crime organisé et qui était sûr de remporter l’investiture dans Saint-Jacques. Les membres recrutés par Shoofey n’ont jamais pu voter, une panne d’électricité frappa ce soir-là l’édifice où l’assemblée devait avoir lieu. Un autre candidat fut choisi par le chef. (Shoofey fut assassiné en 1985.)

Une autre difficulté d’atterrissage : le curriculum. Le candidat libéral Éric Dorion a été forcé de se retirer de la course d’une élection partielle dans Portneuf, en 1992, pour avoir inventé plusieurs éléments de son curriculum vitæ. Sur le même thème, Éric Caire s’était fait canarder en pleine campagne par son adversaire Gilles Taillon dans la course à la direction de l’ADQ. M. Caire laissait croire dans son CV qu’il avait une formation en communications de l’Université Laval – en fait, il n’avait suivi qu’une seule session en 1993. Aujourd’hui, sur le site de l’Assemblée nationale, on parle plus humblement de « formation en informatique » dans un institut privé.

Tous ces candidats semblaient avoir regardé au plafond quand les organisateurs avaient posé la dernière question, classique : « Y a-t-il quelque chose qu’on devrait savoir ? »

LES FAUX PAS

D’autres candidatures ont été inaugurées par des faux pas. C’est Pierre Karl Péladeau qui lève le poing au début d’une campagne où Pauline Marois ne souhaite pas mettre la souveraineté au premier plan. Ici aussi, les exemples sont nombreux. Bill Cosgrove, candidat-vedette de Robert Bourassa qui voulait bloquer Égalité Québec dans Westmount en 1989, arrivait d’un long séjour à Washington. Il ne savait pas que la loi 101 assurait des services en anglais à la minorité – il fut tourné en ridicule, et William Holden, d’Égalité, remporta Westmount. Aux élections fédérales de 1984, Raymond Garneau surprit son chef John Turner dès l’annonce de sa candidature : candidat-vedette, l’ancien ministre de Bourassa promettait de récupérer le droit de veto du Québec !

Bien sûr, l’histoire fourmille de bavures survenues dans les réunions fébriles où les candidats prennent place sur la ligne de départ. Aspirant maire de Montréal, Conrad Sauvé avait perdu connaissance au moment de l’annonce de sa candidature en 1998. Il s’est rapidement retiré.

Pour la même campagne, Jacques Duchesneau, qui briguait aussi la mairie, s’était fait entarter. Pierre Bourque fut élu. La même année, Jean Charest, solennel au lutrin pour annoncer devant les caméras qu’il voulait être chef du PLQ, entendait ses affiches tomber derrière lui.

Au-delà de l’atterrissage en catastrophe, plus rare, on observe les « trous d’air », une situation où plusieurs candidats impuissants doivent retenir leur souffle. Dans un français laborieux, le chef du PLC, John Turner, présentait ses candidats du Saguenay devant plusieurs centaines de personnes durant la campagne de 1984. Il connaissait l’un d’eux, Gilles Marceau, un vétéran dans Jonquière.

L’intervention de Turner passera aux annales : « Marceau, je le connais bien… Quant aux autres, ce sont des arrivistes ! »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.