PATRIMOINE CULTUREL

Que contient la mémoire du Québec ?

Le 11 août dernier, le ministre de la Culture, Luc Fortin, a désigné la parution du livre L’avalée des avalés, de Réjean Ducharme, événement historique en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Figurant désormais au registre, l’œuvre (et son auteur) rejoint de nombreux artistes et éléments de notre patrimoine inscrits noir sur blanc dans notre mémoire collective. Mais quel est donc ce registre, que contient-il et qui décide de son contenu ?

Un nouveau cadre depuis 2012

En 2012, le gouvernement du Québec a remplacé sa Loi sur les biens culturels, vieille de dizaines d’années, par la Loi sur le patrimoine culturel du Québec. Dans cette nouvelle loi figurent de nouvelles catégories patrimoniales, comme le patrimoine immatériel, une innovation unique au Canada.

Un pouvoir ministériel

Le ministre de la Culture a le pouvoir discrétionnaire exclusif de désigner les éléments qui sont inscrits au registre du patrimoine. Avant de prendre une décision, il consulte deux entités distinctes : la Direction du patrimoine culturel, à même son ministère, et le Conseil du patrimoine culturel du Québec.

2000

C’est le nombre approximatif d’inscriptions comprises dans le registre. Chaque année, le ministère de la Culture reçoit près de 20 demandes d’ajout, qui sont étudiées par la Direction du patrimoine culturel. Environ le tiers obtient ensuite le feu vert.

Une reconnaissance, mais encore ?

Quand la parution du roman L’avalée des avalés, publié pour la première fois en 1966 chez Gallimard, a été désignée événement historique par le ministre de la Culture, une récompense pécuniaire a-t-elle été donnée à son auteur ? Aucunement. Une inscription au registre du patrimoine culturel du Québec est une distinction honorifique décernée par le gouvernement du Québec. Un certificat d’authentification est remis à l’artiste dont l’œuvre a marqué notre patrimoine.

Huit grandes catégories

1. Les personnages historiques (p. ex. : Félix Leclerc)

2. Les lieux et événements historiques (p. ex. : la fondation de Québec en 1608)

3. Les documents patrimoniaux (p. ex. : le Fonds Lionel-Groulx)

4. Les immeubles patrimoniaux (p. ex. : la bibliothèque Saint-Sulpice du Quartier latin de Montréal)

5. Les objets patrimoniaux (p. ex. : de nombreux calices et ciboires de différentes églises)

6. Les sites patrimoniaux (p. ex. : les quais de Kamouraska)

7. Les paysages (aucun paysage n’est pour l’instant inscrit au registre)

8. Le patrimoine immatériel (p. ex. : les ceintures fléchées)

Peut-on vraiment protéger un paysage ?

La réponse n’est ni oui ni non. En fait, si une municipalité ou une MRC souhaite qu’un paysage soit inscrit au registre du patrimoine culturel, il doit en faire la demande au ministère de la Culture, qui évaluera le sérieux de la démarche. Cette désignation ne peut protéger le paysage d’un futur lotissement immobilier. Il revient aux instances démocratiques locales de modifier leurs règles de zonage en conséquence. Par exemple, une percée visuelle d’une côte de Charlevoix pourrait être déclarée paysage patrimonial.

COMMENTAIRE DE LARRY TREMBLAY

« Je suis particulièrement heureux d’apprendre qu’un paysage peut être inscrit au registre du patrimoine culturel. Cela pourra constituer une arme contre la pollution visuelle grandissante ou mieux encadrer des projets de développement urbain et forestier. »

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